Une bulle d’oxygène à portée du périph’
Et pourtant, malgré le décalage, l’engouement est incontestable. Chaque année, la recette fonctionne. Le salon de l’agriculture répond à un besoin et c’est cela qui intéresse Rémy Artiges. Le besoin de l’urbain de croire que « la campagne est verte et saine car cela le sort de la réalité », de voir « le mec qui vend des saucissons comme, forcément, un producteur alors que c’est juste un stand sur une foire… ». Celui d’imaginer « un autre possible idéalisé ».
Le salon de l’agriculture est donc un moyen de « ramener le visiteur au « terroir », à des racines imaginaires basées sur un monde rural, identitaire et patrimonial alors que, concrètement, les agriculteurs sont aujourd’hui des chefs d’entreprises aux portes du monde industriel ». Le mot est lancé : l’identité. Celle de la France agricole mais aussi la vision que l’on peut donner de l’identité d’une région. Ainsi, une de ses photographies représente un soldat…présent sur une pancarte du stand de la Lorraine : « c’est étonnant de voir que, ce jour là, la Lorraine est liée à son passé de la guerre de 1914 ». Une construction intellectuelle du retour identitaire à la Terre, sur-utilisée par la pub et complètement décalée par rapport à la réalité, qui est mise en évidence par le photographe.