Mercredi, l'Elysée s'est félicité d'une commande d'un paquebot de croisière au constructeur public STX. «
La commande de ce nouveau paquebot fournira 5 millions d'heures de travail à STX France» a sobrement commenté Nicolas Sarkozy sur son site internet. Le Monarque créé des emplois jusqu'en Poitou-Charentes. Des emplois,
la France en a besoin. Le chômage a encore progressé en janvier. Les commentaires mensuels de ces envolées finissent par être lassants. Le 25 janvier dernier, Nicolas Sarkozy promettait à la télévision que le chômage allait baisser.
On a vu. Sur les 4,4 millions de chômeurs que comptent le pays, quelques 323 000 sont les fameux Dispensés de Recherche d'Emploi. Ces derniers ont eu chaud.
Laurent Wauquiez vient d'annoncer que Nicolas Sarkozy, dans sa grande clémence (ou sa grande prudence ?) avait décidé de
«reconduire exceptionnellement l'allocation équivalent retraite» qui est versée aux seniors au chômage qui ne peuvent pas partir en retraite malgré tous leurs trimestres de cotisation, parce qu'ils n'ont pas encore 60 ans. Mais il y a mieux, ... ou pire : Wauquiez, cette semaine, a dû reconnaître que le chômage n'avait pas baissé en décembre. C'est la faute aux corrections des variations saisonnières.
En mars 2009 déjà, le gouvernement avait changé de méthode de comptabilisation des chômeurs, et dissimulé ainsi quelques dizaines de milliers de demandeurs d'emploi. Nicolas Sarkozy s'est abrité derrière la baisse du chômage comme seule et unique réponse aux angoisses professionnelles et sociales des quelques témoins rassemblés par TF1 un soir de janvier. Un mois plus tard, on ne peut qu'être agacé, énervé, déçu par ce story-telling présidentiel permanent qui croit dompter la réalité. En décembre, le chômage a bel et bien augmenté.
Du coup, pour se racheter, Laurent Wauquiez a lâché que l'Etat co-financerait pour plusieurs centaines de millions d'euros des aides aux chômeurs en fin de droits. Une promesse qu'il était incapable d'annoncer voici encore 10 jours. Lors du sommet social du 14 février, Sarkozy avait pourtant prévenu qu'il attendrait le diagnostic, en avril, avant de décider quoique ce soit. La Sarkofrance paniquerait-elle ?
La Sarkofrance a peur pour sa crédibilité. L'exemple grec d'un Etat secoué par la spéculation mondiale pour cause de surendettement a marqué les esprits. Là encore, Sarkozy a joué les donneurs de leçons. Depuis 18 mois, il s'est fait le chantre de la
régulation de la finance mondiale sur toutes les tribunes mondiales. Tout en protégeant son bouclier fiscal et les autres baisses d'impôts, qui bénéficient en premier lieu aux spéculateurs en tous genres. La France n'est pas mieux lotie que la Grèce. Le gouvernement français escamote comme il peut le dérapage de sa dette publique. Pour défendre son grand emprunt, il se paye des pages de publicité dans tous les journaux du pays figurant une Marianne enceinte souriant à l'horizon. Mieux, il cache dans la CADES, la Caisse d'amortissement de la dette sociale créée par Alain Juppé premier ministre en 1995, quelques 93 milliards d'euros de dettes depuis sa création. Comme la Cades est un organisme juridiquement indépendant, sa dette n'est pas consolidée dans les comptes de la Nation. Et hop !
En 2009, Eric Woerth a innové : il a fait émettre par l'ACOSS, la caisse centrale des URSSAF quelques 65 milliards d'euros de billets de trésorerie pour financer son propre déficit de financement.
Jeudi, Nicolas Sarkozy a révélé combien il était à cours d'idées. Il a demandé à Jacques Attali de reconstituer sa commission de 40 experts pour proposer dès la mi-mai
« des réformes nouvelles pour accroître le potentiel de croissance de notre pays dans les domaines de la création d'emplois et de la réforme du marché des biens et services pour augmenter le pouvoir d'achat et pour simplifier les procédures qui pèsent sur l'activité économique ». Habiller l'action politique par la création de commissions aussi vite oubliées est une autre forme de boulimie sarkozyenne.