Swansea et Severn : les premiers lagons hydroliens du monde

Source : Le Lot en Action n°95 (novembre 2015), par Éric Albert, mis en ligne le 27 novembre

Alternatives swansea et severn barrage vue aerienneLe littoral britannique ne se résume pas à des plages sans soleil où les mouettes viennent vous chiper vos fish & chips si vous n’y prenez pas garde. C’est aussi l’une des principales sources d’énergie inexploitées dans le monde.

Par son statut de nation insulaire, le Royaume-Uni dispose d’une source d’énergie au potentiel immense. Avec une amplitude comprise entre sept et douze mètres, le marnage sur le littoral qui monte et descend deux fois par jour peut être transformé en une source d’électricité renouvelable, inépuisable…

Ce vieil espoir semble enfin devenir un projet sérieux. Mais plutôt que d’y faire une usine marémotrice traditionnelle, comme le barrage de la Rance, construit en Bretagne dans les années 1960, l’idée développée par l’entreprise galloise Tidal Lagoon Power est de créer un énorme lagon artificiel autour de Cardiff, la capitale galloise. Le projet, qui a lancé son étude d’impact environnemental en mars dernier, consiste à construire dans la mer un pharaonique barrage de 22 kilomètres de long, qui formerait un vaste « U » entre l’est et l’ouest de Cardiff. Cela créerait un lagon artificiel de 70 km2.

 

Mise en service en 2023

Alternatives swansea et severn turbines 2La technologie est ensuite basée sur le vieux principe des écluses. À marée montante, une fois le niveau de la mer plus élevé que l’intérieur du lagon, les turbines situées dans le barrage sont ouvertes, permettant à l’eau de s’engouffrer et de générer de l’électricité. À marée descendante, le phénomène inverse a lieu.

L’entreprise prévoit d’installer entre 60 et 90 turbines. De quoi produire entre 1 800 et 2 800 mégawatts (en comparaison, l’usine de la Rance a une capacité de 240 mégawatts), suffisamment d’électricité pour alimenter un million et demi de foyers, soit plus que la totalité des habitants du pays de Galles. Tidal Lagoon Power espère obtenir le permis de construire en 2018, pour une mise en service en 2023.

Une telle technologie n’a jamais été testée à grande échelle, mais Tidal Lagoon Power a tout parié dessus. Elle a déjà un premier projet très avancé, dans la baie de Swansea, à une soixantaine de kilomètres à l’ouest de Cardiff. Si sa taille est plus réduite (26 turbines pour un total de 60 MW), le mur d’enceinte du lagon qui doit frôler les 10 kilomètres en fait malgré tout un chantier ambitieux qui a déjà démarré.

L’immense avantage de cette technologie, par rapport à l’éolien et au solaire, est sa fiabilité. Quelle que soit la météo, il y a chaque jour deux marées, pouvant produire quatorze heures d’électricité quotidienne. Le projet est aussi prévu pour le très long terme : une fois construit, sa durée de vie est estimée à 120 ans.

Le coût, en revanche, a longtemps constitué le point de blocage. Mais Tidal Lagoon Power affirme qu’à grande échelle son concept de lagon est compétitif. L’investissement de six milliards de livres (8,3 milliards d’euros) nécessaire à son projet autour de Cardiff reviendrait à une électricité de 95 livres par mégawatt/heure (MWh). Le nucléaire et l’éolien terrestre sont environ au même prix, tandis que l’éolien en mer atteint 150 livres par MWh.

 

Impact environnemental

Alternatives swansea et severn barrage vue artisteUn projet de cette taille pose cependant de sérieuses questions sur l’impact environnemental du barrage. Les courants marins naturels vont être bloqués, de même que le flux des poissons. Tout l’écosystème pourrait s’en trouver perturbé. Les pêcheurs en rivière (qui représentent une grosse industrie, liée au tourisme) ont d’ailleurs fait connaître leurs inquiétudes.

Pour répondre à ces questions, l’entreprise va entreprendre deux années d’études scientifiques. Mais elle rappelle les conclusions rassurantes de son premier projet, mené dans la baie de Swansea. Le lagon n’y bloque l’embouchure d’aucune rivière, permettant la remontée normale des poissons. Des vannes sont aussi prévues dans le barrage pour laisser passer la faune. De plus, la faible vitesse de rotation des turbines n’entraîne pas de courants trop violents.

Dans l’ensemble, ces arguments semblent convaincre l’association Friends of the Earth, globalement favorable au projet. « Ce n’est pas une approbation absolue, précise cependant Gareth Clubb, son directeur pour le pays de Galles. Nous voulons être sûrs que tous les impacts environnementaux pourront être contrôlés. »

Tidal Lagoon Power a également lancé les études préliminaires pour quatre autres projets de lagons artificiels. Au total, les six constructions pourraient fournir jusqu’à 8 % de l’électricité du Royaume-Uni. Et un porte-parole de l’entreprise de conclure, le regard déjà tourné vers l’exportation : « La France aurait de nombreux emplacements potentiels pour cette technologie. »

 

Les centrales marémotrices dans le monde

Alternatives swansea et severn turbinesSept centrales marémotrices sont actuellement en service dans le monde :

France : centrale de la Rance (240 MW)

Royaume-Uni : Strangford (1,2 MW)

Canada : Annapolis Royal (20 MW)

Russie : Kislaya Guba (1.7 MW)

Chine : Jiangxia (3,2 MW)

Corée du Sud : Sihwa (254 MW) et Uldolmok (1.5MW)

La Corée du Sud construit actuellement une centrale marémotrice à Incheon, de 818 MW.

Plusieurs projets sont à l'étude en Corée du Sud, en Inde, aux Philippines, en Russie et au Royaume-Unis avec Swansea et Severn. Les trois projets russes sont gigantesques, avec 3 640, 12 000 et… 87 000 MW (respectivement à Tougour, la baie de Mezen et la baie de Penjine).

 

 

Pour en savoir plus

Site de la société galloise Tidal Lagoon Power (en anglais) : www.tidallagoonswanseabay.com

Le rapport de General Electric (en français), qui développe la technologie utilisée par Tidal Lagoon Power : http://invent.ge/1Gj3rug

Un petit film (en anglais) présentant le projet de Swansea et Severn : http://bit.ly/1LoGQLJ

Liste des usines marémotrices dans le monde (Wikipédia) : http://bit.ly/1jBJNiX

 

 

 

Commentaires (1)

1. christine membre d'aaplx 02/03/2016

Encore des grosses merdes technologiques qui vont finir de détruire les littoraux ,cerise sur le gâteau avec un envasement de près de 3 m (usine de la Rance) les plages sont transformées en vasières, il ne manque plus qu'une une marée noire par dessus, et ça sera complet !
Arrêtons de nourrir le monstre!

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