Marianne2. 11 mars 2010 par Philippe Cohen

De son côté, l'historien Denis Peschanski, spécialiste de l'occupation, a apprécié le travail de Capa qui a réalisé les montages d'archives de l'émission. Il a d'ailleurs été présent sur le plateau jusqu'à la séquence Badinter où on l'a ramené à sa loge. Il considère pourtant qu'il s'est produit ensuite « une véritable opération ciblée » contre Mitterrand et Badinter : « On a voulu se payer Mitterrand et surtout Badinter. Or, l'interprétation proposée est totalement décalée. Le comportement de François Mitterrand se situe dans la continuité de celui de De Gaulle. Pour ce dernier, avant de tuer des juifs, le régime de Vichy a assassiné la République. La France est à Londres et pas à Vichy. Au lieu de désigner des bouc-émissaires, l'émission aurait été plus utile en expliquant la fracture mémorielle et générationnelle qui se produit ensuite avec le discours de Chirac en 1995 et les prises de position de Jospin » Le sourire en coin de Serge Klarsfeld - très visible à l'écran - pendant les interventions de Moscovici et Copé donne l'impression que l'historien, en conflit avec Badinter depuis des années, n'est pas mécontent de ce qui se passe.
Qu'importe finalement si l'opération « Badinter bashing » a été fomentée ou spontanée. La démagogie - ou l'ignorance de Jean-François Copé (mais alors qu'il s'excuse!) - montre en tout cas que le devoir de mémoire, cause toujours présentée comme sacrée, peut servir de d'alibi à de basses manoeuvres politiciennes. Jean-François Copé s'est présenté aux téléspectateurs la Shoah en bandoulière pour dégommer deux adversaires — emblématiques — de la droite française. En fait de devoir de mémoire, il a surtout actionné, sans susciter de protestation de Max Gallo (lui! aussi présent sur le plateau) ou de Pierre Moscovici, un devoir de salir.
(1) Folio Histoire.
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