Les Nouvelles News. Le 19 Mars 2010 par Arnaud Bihel
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Dans son rapport, publié ce mercredi, le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon note tout de même des progrès sur la voie des Objectifs du Millénaire. Ces OMD fixaient, sur 15 ans, des cibles quantifiées pour lutter contre la pauvreté, la faim et la maladie en promouvant notamment l’égalité entre les sexes, l’éducation et le respect de l’environnement. Mais après 10 ans, le constat de Ban Ki-moon est sans appel : sans « accélération du processus », ces objectifs ne pourront être atteints. Les progrès sont ainsi qualifiés d'« insuffisants » pour l'égalité entre les sexes. « Modestes » concernant la mortalité maternelle. « Limités » sur la préservation de l'environnement. Tandis que « la faim progresse » de façon effrayante (1). Note plus positive, des résultats « importants » ont été obtenus concernant certains domaines de la santé, ou de l'éducation. Mais l'ONU relativise aussitôt : de nombreux pays, à ce rythme, n'atteindront pas les objectifs. Chiffre encourageant aussi, le nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté est passé d'1,8 à 1,4 milliards. Mais cela est dû aux avancées de la Chine. En dehors, la pauvreté n'a pas reculé : « Le nombre de pauvres vivant avec 1 dollar par jour a augmenté de 92 millions en Afrique subsaharienne et de 8 millions en Asie de l’Ouest entre 1990 et 2005 »
Promesses non tenues Pour permettre d'accélérer le processus, il est nécessaire de travailler sur les stratégies, nationales et internationales. Mais l'aspect financier, évidemment, entre en compte. Sur ce point, l'ONU dénonce vivement l'insuffisance de l'implication financière des pays riches. Le titre du rapport de l'ONU est lui-même un appel : « Tenir la promesse ». Et Asa-Rose Mijiro, secrétaire générale adjointe, prévient : « La crise économique, la crise alimentaire ou quelque autre contretemps ne doivent pas servir d'excuse ». Certes, l'aide publique au développement (APD) a atteint en 2008 un niveau inégalé. Mais les sommes effectivement versées ne correspondent pas aux promesses affichées par les pays riches. « Les engagements pris de longue date et plus récemment sont encore loin d’avoir été honorés », note le rapport. Les membres du G-8 s'étaient engagés en 2005 en Écosse à fournir plus de 150 milliards de dollars d'APD par an d'ici à la fin 2010. L'an dernier, il en manquait encore près du quart, 35 milliards. Autre exemple de promesse non tenue : des 20 milliards de dollars sur trois ans promis par le G-8 en juillet dernier, puis par le G-20 en septembre, afin de promouvoir la sécurité alimentaire, pas le moindre centime n'a encore été versé. La France se vante d'être l'un des pays les plus généreux. Elle a consacré à l'aide au développement 0,39% de son revenu national brut en 2008. Mais le chiffre est en net recul par rapport aux années précédentes ; et l'objectif de 0,7% en 2012, sur lequel se sont engagés les pays de l'Union européenne, semble impossible à atteindre.
L'Irak et l'Afghanistan trustent les aides Tout cela sans compter quelques paradoxes. Ainsi, « la plus grande partie de l’accroissement de l’APD depuis 2000 n’a concerné que quelques pays qui ont connu des conflits, notamment l’Irak et l’Afghanistan (2) ». Autrement dit, des centaines de millions d'aide au développement servent à réparer les dégâts de guerres menées par les pays donateurs. Cherchez l'erreur. En outre, les calculs de l'APD, souvent, « mélangent carottes et navets », comme le remarque justement le Canard Enchaîné ce mercredi (3). Car les sommes mêlent « annulation de dette, frais de gestion, accueil d'étudiants, etc. Bilan à l'échelle planétaire : sur une centaine de milliards comptabilisés par l'ONU, 40 seulement sont consacrés à de véritables actions de développement ». Mais Ban Ki-moon veut y croire. Dans l'attente d'un Sommet en septembre à New-York, il appelle les pays du G-20 à relancer le processus dès maintenant, en adoptant un plan d'action global, et en commençant par tenir leurs engagements financiers. Dans le cas contraire, le rapport se fait alarmant : « les pauvres en subiront les conséquences et seront nombreux à le payer de leur vie ».
(2) « À eux deux, ces pays ont reçu environ un sixième des allocations par pays en provenance des pays membres du Comité d’aide au développement, même s’ils représentent moins de 2 % de la population totale des pays en développement. » (3) Se référant à l'ouvrage à paraître, « Notre maison brûle au Sud » (Fayard), de Serge Michailof, ancien directeur de la Banque mondiale. |
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