Haïti : humanitaire ou néocolonialisme ?

Le Lot en Action. Les Histoires de l'Oncle Dom. Le Lot en Action mag n°9


Alors qu'Haïti continue à enterrer ses morts après le séisme survenu le 12 janvier dernier, la polémique commence à monter autour de la prévention de la catastrophe et du rôle des Etats-Unis dans les opérations de secours.

Bien que saluée, l'aide massive des Américains envers Haïti (où la secrétaire d'Etat Hillary Clinton s'est rendue le 16 janvier) a suscité de nombreuses questions. S’agit-il d’aider ou d’occuper Haïti ? Plusieurs états sud-américains parlent clairement d’’invasion américaine, à l’image de Daniel Ortéga, président du Nicaragua, qui déclarait samedi dernier : « On est en train de profiter d'un drame pour installer en Haïti des troupes américaines qui ont déjà pris le contrôle militaire de l'aéroport». La manière pour le moins surprenante, dont l’armée américaine a pris possession de l’aéroport et du port de la capitale, gérant intégralement (et sans concertation) la coordination des secours et du matériel arrivant de toute la planète, tout en s’occupant très fermement de la sécurité sur l’ile, sans avoir reçu au préalable de mandat de la part du gouvernement haïtien, rappelle effectivement un triste précédent : Le 28 juillet 1915, sous prétexte de sortir Haïti d’un prétendu « chaos », les marines débarquaient comme aujourd’hui à Port-au-Prince et s’emparaient des réserves d’or de la banque nationale. Les USA n’ont quitté Haïti que 24 ans plus tard…
Nous n’avons pas encore assez de recul sur cette actualité brûlante, mais le spectacle larmoyant et omniprésent des pays occidentaux volant au secours de cette petite ile des caraïbes, ne doit pas nous empêcher de conduire une réflexion pertinente, que l’on cherche manifestement à éviter dans les médias de masse…

Haïti, l’histoire se répète

Une chose simple pour comprendre.
Vous n'êtes pas sans savoir que les patrons ont une préférence pour les  salariés qui travaillent beaucoup et gagnent peu.
Il en va de même pour les nations: Pour prospérer, les plus puissantes ont besoin des ressources des plus faibles (or, minerais, pétrole,...). Elles préfèrent en obtenir le plus possibles pour le moins cher possible. Pour cela, il faut que les pays pauvres restent pauvres. S'ils se développaient, ils finiraient par utiliser eux-mêmes leurs matières premières.
Donc les puissants placent à la tête de ces pays pauvres des ordures d'extrême droite, trafiquants de drogue ou autres, bien d'accord pour laisser piller les richesses de leur pays, contre quelques millions de dollars sur leur compte en banque. Ah, bien entendu, pour rester en place, ces pourritures doivent massacrer tous leurs compatriotes qui ne seraient pas d'accord. Le pillage économique est organisé par la Banque mondiale, le FMI, l'OMC etc, son application est assurée par les armées.
Mais en Haïti il n'y a rien! Détrompez-vous. Il n'y a rien nul part sur cette planète. En Haïti, les compagnies minières des USA et du Canada, exploitent des mines d'or, d'argent, de Cobalt et bientôt les gisements de pétroles... pour pratiquement pas un rond. 

Maintenant passons à l'Haïti moderne.

De 1915 à 1934, les USA occupent Haïti et massacrent tous ceux qui ne les voient pas débarquer d'un bon oeil.  Le chef de la résistance Charlemagne Peralte finira crucifié sur la porte d'une église (voir photo) et son assassin, le sous-lieutenant US, Hanneken, recevra la médaille d'Honneur du Congrès pour service rendu à son pays et deviendra Général.

Ensuite, Duvalier père puis fils, deux clowns obèses  anti communistes, protégés par la France, les USA et autres démocraties, laissent piller le pays, fricotent avec les trafiquants de drogue, s'enrichissent et font régner l'ordre grâce à leur fameux tontons macoutes.

1986. Des émeutes de la faim forcent le fils Duvalier à prendre la fuite. Avec son magot, il s'établit en France. Corruption et pillage continuent, puis comme c'est la mode on organise des élections démocratiques. Surprise!

1991. Le père Aristide est élu. Ce connard défroqué, s'y croit et tente de sortir son pays de la misère. Les USA organisent un coup d'état et la CIA élimine les dirigeants syndicaux et toute la résistance. Le pays s'enfonce de nouveau dans la misère.

1994. Clinton replace Aristide au pouvoir, mais il doit obéir aux plans de la Banque mondiale.(accepter le pillage). Le peuple haïtien appelle le plan Clinton: Le plan de la mort. Malin, Aristide à dit oui, mais, une fois en place, il fait encore de la résistance. Le peuple des bas fonds, des bidons villes le soutient.

1995. Les USA l'exilent chez son ami Mandela en Afrique du Sud et nomme Préval président. Préval trouve super le plan de la mort américain et aujourd'hui est toujours président. 

2010. Tremblement de terre. L'aigle américain débarque et envoie Clinton superviser l'aide et écarter les  hyènes qui auraient aimé avoir une part des richesses d'Haïti. 

Maintenant, vous pouvez lire l'article de Rosa Luxembourg sur la Martinique en 1902. Elle dit la même chose en beaucoup mieux. 

CULTURE ET IDENTITÉ

DES montagnes de ruines fumantes, des tas de cadavres mutilés, une mer fumante, partout où l’on se tourne boue et cendres, c’est tout ce qui reste de la petite ville prospère perchée comme une hirondelle sur la pente rocheuse du volcan. Depuis quelque temps, on avait entendu le géant en colère gronder et s’emporter contre la présomption humaine, contre la suffisance aveugle des nains à deux jambes. Au grand cœur dans sa colère même, un véritable géant, il avait prévenu les créatures insouciantes qui rampaient à ses pieds. Il fumait, répandant des nuages ardents ; dans son sein il y avait un bouillonnement et un fourmillement, des explosions semblables à des coups de fusils et au tonnerre du canon. Mais les seigneurs de la terre, ceux qui ordonnent à la destinée humaine, ont maintenu la foi inébranlable en leur propre sagesse.

Le septième jour du mois, une commission expédiée par le gouvernement a annoncé à la population inquiète de Saint-Pierre que tout était en règle dans le ciel comme sur la terre. Tout est en règle, aucune cause d’alarme ! Comme ils l’avaient dit, intoxiqués par les danses de salon, à la veille du serment du Jeu de paume à l’époque de Louis XVI, alors qu’une lave ardente s’accumulait avant l’éruption du volcan révolutionnaire. Tout est en ordre, la paix et la tranquillité règnent partout ! Comme ils le disaient, il y a 50 ans, à Vienne et à Berlin à la veille de l’éruption de mars. Mais, le vieux titan souffrant de la Martinique n’a prêté aucune attention aux rapports de l’honorable commission, après que la population a été rassurée le septième jour par le gouverneur, il fit irruption au cours des premières heures du huitième jour et il a enterré en quelques minutes, le gouverneur, la commission, la population, les maisons, les rues et les bateaux sous les exhalaisons ardentes de son cœur indigné.

Le travail a été radical. Quarante mille vies humaines fauchées, une poignée de réfugiés sauvés, le vieux géant peut gronder et bouillonner en paix, il a manifesté sa puissance, il s’est affreusement vengé de cet affront à sa puissance primale. Et maintenant, dans les ruines de la ville détruite, un nouvel arrivant s’invite en Martinique, un invité encore inconnu, jamais rencontré auparavant : l’être humain. Ni maître, ni serf, ni noir, ni blanc ; ni riche, ni pauvre, ni propriétaire de plantation ou esclave salarié, l’être humain survient sur l’île brisée et minuscule, l’être humain qui ressent seulement la douleur et constate seulement le désastre, qui cherche seulement à aider et secourir. Le vieux Mont Pelé a réalisé un miracle ! Oubliés les jours de Fachoda, oublié le conflit de Cuba, oubliée "la Revanche" ; les Français et les Anglais, le Tsar et le Sénat de Washington, l’Allemagne et la Hollande donnent de l’argent, envoient des télégrammes, tendent une main secourable. La confrérie des peuples contre la haine brûlante de la nature, une résurrection de l’humanisme sur les ruines de la culture humaine s’est manifestée. Le prix du retour à l’humanité fut élevé, mais le tonnerre du Mont Pelé a capté leur attention.

La France pleure sur les 40.000 cadavres de l’île minuscule, et le monde entier s’empresse de sécher les larmes de la République. Mais comment était-ce quand, il y a quelques siècles, la France a versé le sang à torrents pour prendre les Petites et les Grandes Antilles ? En mer, au large des côtes de l’Afrique de l’Est, existe l’île volcanique de Madagascar. Il y a 50 ans, nous vîmes comment la République aujourd’hui inconsolable et qui pleure la perte de ses enfants a alors soumis les indigènes obstinés à son joug par les chaînes et l’épée. Nul volcan n’y a ouvert son cratère, ce sont les bouches des canons français qui ont semé la mort et de la désolation. Les tirs de l’artillerie française ont balayé des milliers de vies humaines de la surface de la terre jusqu’à ce que ce peuple libre se prosterne face contre terre et que la reine des "sauvages" soit traînée, comme trophée, dans la "Cité des Lumières".

Sur la côte asiatique, lavée par les vagues de l’océan, se trouvent les souriantes Philippines. Il y a six ans, nous y avons vu les Yankees bienveillants, le Sénat de Washington au travail. Il n’y a pas là-bas de montagne crachant le feu et pourtant le fusil américain y a fauché des vies humaines en masse ; le cartel du sucre du Sénat qui envoie aujourd’hui des dollars-or par milliers à la Martinique pour sauver des vies, avait auparavant envoyé des canons et des canons, des vaisseaux de guerre et des vaisseaux de guerre ; des millions et des millions de dollars-or sur Cuba pour semer la mort et la dévastation.

Hier et aujourd’hui, très loin dans le sud de l’Afrique, où il y a quelques années encore, un petit peuple tranquille y vivait de son travail et en paix, nous avons vu comment les Anglais y ont tout ravagé. Ces mêmes Anglais qui sauvent la mère et l’enfant en Martinique, nous les avons vus piétiner brutalement des corps humains et même ceux d’enfants avec leurs bottes de soldats, se vautrant dans des mares de sang et semant la mort et la dévastation.

Ah, et les Russes, le Tsar de toutes les Russies, aidant et pleurant - une vieille connaissance ! Nous vous avons vus sur les remparts de Prague, où le sang polonais encore chaud coulait à flots faisant virer le ciel au rouge de ses vapeurs. Mais c’était autrefois. Non ! Maintenant, il y a seulement quelques semaines, nous avons vu les Russes bienveillants sur les routes poussiéreuses, dans des villages russes ruinés, confronter une foule de loqueteux en révolte et tirer sur des moujiks haletants, nous avons vu le sang rouge des paysans se mélanger à la poussière du chemin. Ils doivent mourir, ils doivent tomber parce que leurs corps sont tordus par la faim, parce qu’ils réclament du pain et encore du pain !

Et nous vous avons vus, vous aussi, oh République, en larmes ! C’était le 23 mai 1871, quand le soleil glorieux du printemps brillait sur Paris, des milliers d’êtres humains pâles dans des vêtements de travail étaient enchaînés ensemble dans les rues, dans les cours de prison, corps contre corps et tête contre tête ; les mitrailleuses faisaient crépiter par les meurtrières leurs museaux sanguinaires. Aucun volcan n’avait éclaté, aucun jet de lave n’avait été versé. Vos canons, République, ont tiré sur la foule compacte, poussant des cris de douleur - plus de 20.000 cadavres ont recouvert les trottoirs de Paris !

Et vous tous - Français et Anglais, Russes et Allemands, Italiens et Américains - nous vous avons vus tous ensemble pour une première fois dans une entente fraternelle, unie dans une grande ligue des nations, aidant et vous entraidant les uns les autres : c’était en Chine. Là, vous aviez oublié toutes les querelles entre vous, là aussi vous aviez fait la paix des peuples - pour le meurtre et l’incendie. Ah ! Combien d’individus sont tombés sous vos balles, comme un champ de blé mûr haché par la grêle ! Ah ! Combien de femmes jetées à l’eau, pleurant leurs morts dans leurs bras froids et fuyant les tortures mêlées à vos embrassades ardentes !

Et maintenant, ils se tournent tous vers la Martinique d’un même mouvement et le cœur sur la main, ces meurtriers bienveillants aident, sauvent, sèchent les larmes et maudissent les ravages du volcan. Mont Pelé, géant au grand cœur, tu peux en rire ; tu peux les mépriser, ces carnivores pleurants, ces bêtes en habits de Samaritains. Mais un jour viendra où un autre volcan fera entendre sa voix de tonnerre, un volcan qui grondera et bouillonnera et, que vous le vouliez ou non, balayera toute ce monde dégoulinant de sang de la surface de la terre. Et c’est seulement sur ses ruines que les nations se réuniront en une véritable humanité qui n’aura plus qu’un seul ennemi mortel : la nature aveugle.

Rosa Luxemburg

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