Figeac : la zone de l'Aiguille, une catastrophe pour l'environnement

Le Lot en Action n°22. 23 septembre 2010 par Luctérios

Nous publions cet article de Luctérios traitant de l’épineux problème de l’agrandissement de l’entreprise Figeac-Aéro sur la zone de l’Aiguille à Figeac… Nous n’avions pas, jusqu’à ce jour,  abordé ce sujet qui fait partie de l’énorme pile de « priorités » qui s’entassent sur nos bureaux ! Si l’impact pour les riverains de cette zone est considérable, c’est bien plus encore en regard de la catastrophe pour l’environnement que cette affaire est scandaleuse. Et les responsables sont plus à rechercher parmi les décideurs politiques, à différents niveaux, (Communauté de communes, Conseil Général, etc.), qu’en désignant trop facilement le chef d’entreprise, qui n’est qu’un administré qui fait une colère,  tel un enfant de 4 ans qui tape du pied, se roule par terre pour avoir un bonbon et qu’on laisse faire (en lui donnant le bonbon en plus !) ou encore la Maire de Figeac qui essuie toutes les critiques, alors que d’autres responsables de la Mairie restent planqués, derrière, bien lâchement… Nous allons enquêter sur ce dossier dans les semaines à venir et tenteront de comprendre comment, malgré des avis négatifs des services de l’Etat, autant de décideurs ont pu laisser se développer une telle situation.

 

La nouvelle devise du Conseil général de notre département ne semble plus trop au goût du jour dans la région de Figeac, la perle touristique du Quercy.
C’est du moins l’impression que cela donne à toute personne traversant la zone d’activité (industrielle) de l’Aiguille.

Cette zone a vu le jour dans les années 80, elle a remplacé les sous-bois de chênes et s’est développée à mesure des années, sans qu’aucune logique environnementale n’y soit sérieusement appliquée. A ce jour, elle compte 22 entreprises. L’une des principales est « Figeac-Aéro » qui s’y est implantée en 1991. Depuis, la petite entreprise de pièces aéronautiques a prospéré et compte désormais plus de 40 machines-outils à commande numérique, elle est ainsi capable de réaliser des pièces de toutes dimensions (jusqu’à 26 mètres de long), en alliages légers (aluminium …) ou en métaux durs (acier, titane, …).
L’histoire pourrait être belle, si elle ne touchait pas à des enjeux environnementaux extrêmement sensibles.
Car, depuis 2005, l’appétit des dirigeants de  Figeac-Aéro ne cesse de croître de manière dangereuse pour les riverains, et pour l’environnement.
La municipalité de Figeac, ainsi que la communauté de communes se rendant complices de ce massacre annoncé, au nom du sacro-saint EMPLOI.

En effet, en 2006/2007, l’extension de la zone a commencé par la création d'un parking de 250 places qui a été financé par la Communauté de Communes Figeac-Cajarc pour un montant de 280 000 euros environ. Parking qui ne sert qu’à l’entreprise privée qu’est  Figeac-Aéro.  

En 2008, la commune de Figeac signe un arrêté accordant un permis d’aménager une parcelle au lieu-dit Etampes, lieu sur lequel des tonnes de remblais ont été déversées. Malgré le non respect des règles du permis d’aménager, qui prévoyait la plantation de végétation, afin de préserver au mieux les habitations proches, le 11 janvier 2010, la Mairie de Figeac accorde un permis de construire pour un nouveau bâtiment, dont les dimensions et l’emplacement annoncent l’anéantissement des lieux.

Les travaux qui avaient commencé ont été stoppés par l’action des riverains, qui ont mené une requête en justice. Le juge des référés du tribunal administratif de Toulouse, par ordonnance du 26 mai 2010,  a suspendu la construction du nouveau bâtiment de Figeac-Aéro dans la zone de l'Aiguille, faute de présentation de l'étude d'impact. Décision qui fit réagir M. Maillard, patron de Figeac-Aéro : « Si je dois délocaliser, ce n'est pas à Cambes (autre zone de Figeac communauté) que je partirai. J'ai déjà une usine en Tunisie, et j'irai près de mes donneurs d'ordre en zone AFR (zone qui permet de percevoir des subventions). J'ai un carnet de commande qui me permet de créer 300 emplois de plus (nous sommes 500 actuellement), mais il me faut ce bâtiment rapidement ». Ce à quoi les riverains et requérants répondirent :

« Ils nous font nous opposer à des salariés, que nous-mêmes sommes, faisant de nous des nantis,  caricaturant notre position et laissant entendre que notre intérêt individuel est supérieur à l’intérêt collectif. Nous nous sommes mobilisés sur une question de respect du droit qui prévaut en démocratie ; l’emploi ne sera jamais pour nous une « nuisance » -qui pourrait le penser ?- Notre souhait est que le développement de la ville de Figeac se fasse dans des conditions convenables pour tous ses citoyens et respectueux du droit. »


Le 25 juin 2010, un nouveau permis a été déposé en mairie, il a été rendu valide le 26 août.
Sur le nouveau permis de construire, les façades du bâtiment doivent être recouvertes de bardage en bois et un côté doit être végétalisé.
Le 3 septembre dernier, les riverains ont déposé un nouveau recours, ils demandent à être sûr que la végétation sera entretenue.
Suite à cette nouvelle requête, M. Maillard réagit dans un article de la dépêche du 10/09/10 : « Je me sens trahi. Je suis déçu de la relation que l'on essaye d'installer sur la transparence et la concertation avec nos voisins ». « Aujourd'hui, nous sommes 500, au-delà des 60 salariés que je dois recruter fin 2010 ou début 2011 ; mon carnet de commande me permet de créer 300 emplois d'ici 2014. La construction de ce bâtiment doit absolument continuer, notre activité l'exige ».

Ce dossier est ultra-sensible,  il confronte la création d’emplois à notre environnement. Car, au-delà de la pollution visuelle, lumineuse et auditive qu’entraîne la construction d’un tel bâtiment aussi proche des manoirs d’Etampes, de la Dausse, de la Tour nègre, et des lieux-dits de Jammary, Trémont, et bien d’autres  qui étaient jusqu’à présent des lieux enchanteurs pour les amoureux de vieilles pierres et de nature, c’est bien l’impact écologique qui pose les questions les plus importantes pour l’avenir. Car créer de l’emploi, c’est bien entendu très important, et l’on comprend que nos élus défendent cette partie du projet. Mais la création d’emplois ne doit pas se faire au détriment de notre patrimoine et de notre environnement.

Surtout que le projet de Mr Maillard concernant  la construction de ce bâtiment n’est pas le seul projet d’aménagement de la zone de l’Aiguille !

Une nouvelle extension de quatre plates-formes industrielles sur la combe de l’Escadasse est en cours de réalisation. Le terrain concerné a été vendu par Mr Maillard (Figeac-Aéro) à la communauté de communes de Figeac pour que cette dernière aménage cette zone (avec de l’argent public).

-    Budget voté pour la première tranche des travaux: (700 000 euros de l’Etat, 750 000 euros de la Région et 1 560 000 euros de la communauté de communes) « chiffres non contractuels ».
-    Déclaration d’ouverture de chantier valable trois ans à la date du 30/06/2008
-    Aval du Préfet pour que l'extension de la zone se fasse, malgré trois études d'impact environnemental « Faune-flore » négatives. Une première étude d'impact environnemental a été faite en 2007/2008. Cette étude a été jugée insuffisante par la DIREN qui a demandé qu'une deuxième étude soit réalisée. En août 2008, une deuxième étude complémentaire est donc réalisée. Conclusion de cette deuxième étude faune-flore : IMPACT NÉGATIF FORT. En octobre 2009, une étude complémentaire faune-flore est réalisée, toujours négative.

Ce projet d’extension de grande envergure est prévu sur 14 hectares, détruisant une prairie naturelle, classée d’intérêt communautaire par la Communauté Européenne. Pour parvenir à réaliser ce projet
pharaonique,  qui se trouve dans une  combe avec 23% de pente en moyenne, il ne faudra pas moins de 400 000 m3 de gravats (+ ou – 200 000 m3). Afin de protéger le ruisseau de l’Escadasse,  un unique bassin de rétention des eaux de ruissellement est prévu. Celui-ci rejettera dans la vallée de l’Escadasse près de 1 300 Kilos de métaux lourds par an, par la simple circulation automobile sur le site (chiffres officiels de l’étude environnementale). La pollution due aux industries implantées sur cette zone ne peut être calculée, puisqu’ aujourd’hui aucun projet d’implantation n’est connu.
De plus, une zone industrielle HPE existe sur Figeac. Un investissement déjà réalisé où plusieurs hectares attendent des entreprises : la zone de Cambes (NDLR : les entreprises installées sur la zone de Cambes attendent toujours l’indispensable déviation du village, que le Conseil Général promet depuis des années. Les responsabilités dans cette affaire complexe sont partagées).


Bref rien de réjouissant pour les défenseurs de l’écologie ou du patrimoine.

Loin de vouloir donner des leçons à nos élus, je souhaiterais à travers cet article juste poser quelques questions. Est-ce que l’on peut faire confiance à un chef d’entreprise comme M. Maillard, qui menace de délocaliser si ses désirs ne sont pas satisfaits ? Est-ce que cette entreprise ne délocalisera pas au bout de quelques années passées sur le site qu’elle aura complètement ravagé ? Est-ce que de l’argent public doit être versé à une entreprise aussi polluante et qui rapporte de gros bénéfices à ses actionnaires ?  Mieux vaut-il sacrifier un peu de terre, si belle soit-elle pour espérer voir de nouveaux emplois se créer à Figeac ? Ou mieux vaut-il sacrifier d’hypothétiques emplois pour sauvegarder notre territoire qui est suffisamment défiguré et pollué ?
Les questions que pose ce projet dépassent le cadre local, cela nous concerne nous tous Lotois, et à l’avenir il faut espérer que le seul chantage à l’emploi ne l’emporte pas toujours sur l’impact environnemental. Il serait bien mieux d’essayer de développer des secteurs d’avenir, respectant l’homme et la terre. Aider au développement de l’agriculture bio par exemple, en aidant les personnes qui souhaitent s’installer, à acquérir des exploitations. Malheureusement, encore chaque année, ce sont plusieurs jeunes ou moins jeunes motivés pour se lancer en production biologique dans le Lot qui sont découragés par les investissements faramineux que représentent de tels projets.
Faisons ensemble que le slogan du Conseil Général du Lot « Très nature, très patrimoine, très Lot » devienne  réalité.
Si vous désirez aller plus loin, tous les documents peuvent être consultés sur : www.loupaisenvironnement.org

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