Désastres ordinaires : Le rapport de l’ONZUS, inégalités, gâchis et …. silence

Le Lot en Action. 18 décembre 2009 par EdKob

Le rapport annuel de l’ONZUS (Observatoire Nationale des Zones Urbaines Sensibles) a été remis au gouvernement le 30 novembre 2009. Lire ce rapport ici : http://lesrapports.ladocumentationfrancaise.fr/BRP/094000570/0000.pdf

[Attention, il y a beaucoup de novlangue[1] administrative dans ce rapport, de cette belle langue de bois où, parfois, la « hausse du chômage est moins importante qu’avant » ce qui revient presque à dire qu’il baisse…]

Les ZUS[2] ou Zones Urbaines Sensibles (voir l’Atlas[3] des 751 ZUS) sont la face cachée et honteuse de notre République, qui, hélas, démontre une fois encore qu’elle abandonne sa nature, celle d’être un Etat qui régule et répartit les richesses pour tenter d’amoindrir les enclaves de pauvreté.

Un Etat, c’est d’abord une structure qui régule.

C’est sa nature et son essence. S’il n’y a pas d’Etat, ou moins d’Etat, c’est la porte ouverte à toutes les dérives, notamment celles des plus puissants qui ne rencontrent alors pas le moindre frein à leur cupidité et leur rapacité (ah, c’est déjà le cas ?).

Exemple, les ZUS, qui sont des ghettos, des bantoustans, des enclaves de pauvreté, des zones de relégations et d’éloignement de la citoyenneté. Comment être citoyen, quand on est systématiquement mis à l’écart, géographiquement et économiquement ? Et systématiquement stigmatisé, comme devant être « nettoyé au karcher © », comme de vulgaires détritus ?

Que dit ce rapport ? Essentiellement que 44 % des mineurs des ZUS vivent sous le seuil de pauvreté.

Dit autrement, cela signifie que 44 % des jeunes mineurs qui vivent en ZUS, vivent dans des familles qui sont sous le seuil de pauvreté.  Des bantoustans ? Ici, chez nous, en France ? Incroyable ?

Petit rappel : ce seuil vient d’être relevé à 910 € par mois pour une personne seule, ce qui sépare le seuil de pauvreté du SMIC d’un montant de 100 €. Dit autrement (bis), seuls 100 tout petits euros séparent le seuil de pauvreté du salaire minimum. Mieux : vous passez sous le seuil de pauvreté si vous perdez 100 € sur votre SMIC (Travailler plus ? C’est cela !)

Donc, parmi une foule de données, d’analyses, de chiffres, ce rapport nous signale un fait essentiel, 44 % (donc environ 1 jeune sur 2) des mineurs des ZUS vivent sous le seuil de pauvreté.

Lisez soigneusement : 1 mineur sur 2, qui vit en ZUS, survit, car ses ressources sont sous le seuil de pauvreté. Ils sont 12 % sur le territoire national, ce qui, en soi, est déjà énorme. Et 44 % en ZUS. Oui, il y a là un artifice de répétition, il faut marteler ce pourcentage jusqu’à ce que nos élus voient enfin ce qu’il signifie : qu’1 jeune sur 2 vit sous le seuil de pauvreté.

L’étape suivante (que certains s’empressent de franchir) consiste à dire qu’1 jeune sur 2 (en ZUS) bénéficie d’aides, ce qui le rend « feignasse », voire délinquant.

Car voilà bien le paradoxe de ce constat, paradoxe pas si innocent que cela.

Il tient à une question faussement légitime : comment « ils » font, pour vivre, ces jeunes, identifiés comme vivant sous le seuil de pauvreté ? Hein, comment ?

« Ils » sont obligatoirement délinquants. Car il est impossible de (sur)vivre sous le seuil de pauvreté autrement que d’une manière « délinquante ».

Cela s’appelle « criminaliser la pauvreté[4] ». Et c’est une méthode largement mise en application aux USA, « phare » de la démocratie dans le monde, où les prisons sont pleines de pauvres. Où l’on enferme environ 2 % de la population (faites le calcul, c’est énorme !), essentiellement pauvre (donc, pour être précis, les noirs, car les noirs sont les plus pauvres parmi les pauvres).

Réaction(s) ? Aucune, pas la moindre.

Vous en avez entendu parler, vous, dans les médias, de ce rapport ? Un peu dans Le Monde, et, en fouillant bien, il doit y avoir des pistes[5] sur internet.

Et des réactions de la part de nos élus nationaux, si prompts à enfourcher la « cause » écolo et à faire du tourisme (certainement vert mais à coups de déplacement en jets privés, le train ne doit pas être adapté pour ces élites) à Copenhague.

Et pourtant, ce constat devrait faire la Une, toutes les Unes, tant il est révélateur d’une situation qui pourrait être explosive. Et qui, en attendant une hypothétique explosion, révèle la faillite de l’état, incapable de juguler l’accroissement important des pauvretés dans des « poches » pourtant identifiées. Nous avons, et ce depuis plusieurs années, les diagnostics les plus précis, un état des lieux parfaitement actualisé, et, en dépit de ces constats terrible, l’état manifeste un suprême dédain, un ignorance volontaire, quand ce n’est pas l’expression du mépris le plus indigne d’une élite suffisante qui fait ripaille au Fouquet’s[6] et sur les yachts[7] de ses « amis » ou « frères ».

Nos bravaches gouvernants ont certainement mieux à faire, par exemple dépenser de l’argent public pour des sondages[8] (qui font les fortunes des amis sondeurs de l’Elysée) qui mesurent le néant et les régressions les formidables réussites des politiques publiques actuelles.

Il est tellement plus urgent de nous faire avaler le leurre de l’identité nationale, des minarets, de la grippe, de la fuite en avant sur la sécurité mis à toutes les sauces…  que de réellement prendre en compte les éléments de ce rapport.

Relisez lentement : dans les ZUS, 1 mineur sur 2 vit sous le seuil de pauvreté. Un mineur sur 2.

L’un des seuls que l’on entend (et encore, très faiblement, vu le manque « d’enthousiasme » des médias-qui-mentent pour ce sujet), c’est le maire de Clichy-Sous-Bois, Claude Dillain (président de l’association « Villes & Banlieues[9] ») qui guette avec désespoir l’horizon, attendant la fumée blanche du plan promis pour les ZUS, plan nommé « Marshall », en référence aux nombreuses aides des USA après 1945 pour reconstruire l’Europe, alors que l’industrie allemande était mise sous tutelle et que l’Europe était en ruine. Ruine qui n’a pas empêché la mise en œuvre du programme du CNR[10]. A méditer.

Vous la voyez où, vous, la reconstruction des banlieues ? Certes, elles n’ont pas été victimes de bombardements massifs, d’où l’injure, dès le départ, de faire référence à ce plan Marshall, comme si la situation dans les banlieues était la conséquence d’actes de guerre.

Si guerre il y a, elle est économique. Avec une touche de racisme pour compléter (voir les dérives actuelles de ce débat sur une identité nationale qui n’arrive pas à masquer les pires amalgames).

Il en a été pourtant question, de ce plan improprement nommé « Marshall », pour venir en aide à ces ZUS.

En réalité, le seul plan mis en œuvre est banalement sécuritaire. Voilà la seule et unique réponse de l’état, alors que la pauvreté se répand plus vite que le virus de la grippe ! L’état va mettre des moyens dans les ZUS, pour lutter contre la… délinquance.

Essentiellement des caméras, voilà LA réponse !

Pour la lutte contre la pauvreté, ce sera une autre fois.

La pauvreté augmente d’une manière effrayante, et c’est même une forme de « record » que nous détenons mais l’état ne trouve rien d’autres que de flatter l’électorat trouillard en promettant (une fois de plus) de mettre des moyens contre l’insécurité, oubliant (cet état) que sa politique sécuritaire est un échec flagrant[11].

Finalement, nous sommes en train d’assister à un retour en arrière, à un saut temporel vers le passé, quand la France comptait encore sur son territoire des bidonvilles. Aujourd’hui, il y a (de plus en plus) de « sans domicile fixes » et des jeunes qui sont abandonnés par l’état, donc par nous tous, vu que personne (à part quelques trop rares élus, les seuls qui semblent réellement faire de la politique, car directement confrontés à cette accélération de l’accroissement de la pauvreté) ne semble vouloir prendre en compte cette horreur qui montre que faire de la politique c’est surtout regarder ailleurs, et, si possible, mettre en place des leurres.

Nous sommes en train de sacrifier la jeunesse qui doit avoir le tort de vivre dans des ZUS. N’habite pas Neuilly qui veut. Ni le Raincy, d’ailleurs.

Le plan AMARA, du nom de cette ancienne militante d’une association revendiquant une égalité farouche et surtout, une liberté sans concession pour toutes les femmes (toutes ? Et que deviennent les mères des jeunes des ZUS ?), n’est tout simplement pas à la hauteur des enjeux.

La première des libertés, c’est bien d’avoir de quoi manger !!! Cet état, qui investit dans le « sécuritaire », nous prouve une fois de plus qu’il se fiche de la population, et des jeunes (autres qu’altoséquanais), surtout s’il « vivent » en ZUS.

Il y a là un risque soit d’explosion sociale (autrement plus violente que celle de 2005, suite au décès de 2 ados « forcément délinquants », dans un transformateur, à Clichy sous Bois, alors que la police savait où ils étaient[12]), même si l’état y dépêche des forces armées et menace d’un couvre-feu (comme en 2005), soit, ce qui serait pire, un risque d’indifférence, par manque d’information, par dédain, par absence de décisions des élus, par sentiments de peur et de haine artificiellement implantés dans nos esprits vacants depuis que les journalistes (et les médias qui mentent) ont fait feu de tout bois et ont relayé toute la boue intellectuelle qui nous pousse à détester le « jeune de banlieue », responsable et coupable de tous les maux de la Terre.

Vous avez certainement vu avec quelle vitesse nos élus nationaux ont allumé tous les contre-feux possibles, les plus abjects étant aussi les plus efficaces (notamment celui de l’identité nationale, réminiscence de vieilles ficelles pétainistes), pour nous détourner du fiasco total du libéralisme qui démontre, une fois de plus, que non seulement ce système ne créé pas de richesses (sauf pour quelques-uns, toujours les mêmes), mais qu’il détruit de l’argent, des emplois, des vies.

Jusque là, « on » était assez insensible à la pauvreté dans le monde, c’était loin, c’étaient des « gens pas comme nous ».  Le PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement) pointe depuis assez longtemps l’accroissement de la pauvreté dans le monde, mais c’est jusqu’à présent un accroissement limité à des pays ou des continents lointains, qui ne nous « concernent » pas... sauf pour organiser de l’humanitaire télévisuel bourré de bons sentiments, ou  se mélangent ventes d’armes et sacs de riz.

Devrons-nous bientôt organiser des distributions de sacs de riz (médiatiques) dans les ZUS et partout où la pauvreté augmente dans des proportions inacceptables ?

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- Oui, mais bon, ici, nous sommes à la campagne, et l’augmentation de la pauvreté dans les ZUS ne nous concerne pas

- Ah ? Et pourquoi ?

- Ben, c’est loin.

- Oui, c’est loin, mais la pauvreté n’augmente pas seulement en banlieue. Nos campagnes ne sont pas épargnées. Et comment peut-on feindre d’ignorer, faire semblant de ne pas savoir, accepter d’isoler les ZUS, dans des ghettos par avance condamnés, vu que rien n’est fait pour tenter de remédier à l’accroissement de la pauvreté ? Si aujourd’hui nous acceptons ce fait pour les jeunes qui vivent dans les ZUS, demain, nous serons prêts à l’accepter pour tous les jeunes, où qu’ils vivent[13].

EdkOb



[2] Définies par l’art. 1er de la loi du 14 novembre 1996 (gouvernement Juppé).

[4] Lire « Punir les pauvres », de Loïc Wacquant : http://atheles.org/agone/contrefeux/punirlespauvres/index.html

[7] http://www.bakchich.info/article1115.html Bolloré et ses liens avec l’état

[11] http://www.levraidebat.com/article-35093183.html - http://hern.over-blog.com/article-35566586.html (« La décision du non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux d'ici à 2012 va conduire 3.500 gendarmes et 6.000 policier à quitter leur fonction. » - http://www.come4news.com/la-delinquance-lun-des-grands-echecs-de-sarkozy,-948232 - http://www.paperblog.fr/2277269/sarkozy-securite-echec-et-blague/

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