Quand les ministres dénoncent la dictature constitutionnelle

Le Lot en Action. 25 décembre 2009 par Bluboux


L’association Dauphine Discussion Débat reçoit régulièrement des hommes politiques, des journalistes ou des patrons de grosses entreprises pour débattre. Ces débats sont filmés et diffusé sur le net.

Récemment invité d’un de ces débat, Jean-François Kahn s’étonne de ce que les ministres eux même sont inquiets de la dérive monarchique en France, mais n’osent pas en parler publiquement, allant même jusqu’à regretter que les journalistes n’osent plus (ou ne peuvent plus) faire leur travail. (voir la vidéo en bas de page)


Kahn raconte une conversation privée avec Jean-Louis Borloo, qui l’interpelle en lui disant : « Vous les journalistes, vous n’êtes quand même pas très courageux. Comment devant une telle dérive monarchique du régime, vous ne protestez pas plus ? … On est au XXIème siècle, devant des problèmes complexes, un type décide tout seul, comme ça, de tout, sans consulter personne, nous allons aller dans le mur ».


L’invité poursuit avec un deuxième exemple d’entretien privé, avec Dominique Paillet (secrétaire général adjoint  et porte-paroles de l'UMP. A l’issu d’un débat télévisé, J.F. Kahn interroge Dominique Paillet pour connaître la position du gouvernement sur la réforme de l’hôpital : « Mais qu’est-ce que j’en sais ! Comme de toute façon ce ne sont plus les hommes politiques, ce ne sont plus les ministres, ce n’est plus l’UMP, ce n’est plus personne qui décide, c’est un homme qui décide tout seul »


Quand les ministres eux-mêmes dénoncent, même en privé, une telle dérive et perversion de notre système politique, il devient clair que nous sommes bien dans un régime qui est une dictature constitutionnelle. Sarkozy a réussi le tour de force de museler les médias (qui ne peuvent plus se permettre de perdre des annonceurs) et les journalistes (qui craignent pour leur carrière).  Une information de cette nature devrait faire la une des journaux. Regardez de très près les sommaires du Monde, de Libération, de Marianne dans les prochains jours. Il y a fort à parier que cette affaire ne sera même pas mentionnée.


Le seul espace de liberté qui reste pour véhiculer l’information est bien internet. On comprend mieux dès lors les attaques en règle de nos gouvernants pour tenter de nous expliquer qu’il faut absolument « réguler » cet espace numérique. Hadopi et Lopsi2  ne sont que les prémices du panel d’outils de censure que met en place l’Etat, et nous n’allons pas tarder à voir des blogs devenir inaccessibles, bloqués par leurs hébergeurs devant des pressions juridiques, voire des sites interdits.


Gardez à m’esprit la métaphore de la grenouille dans l’eau tiède : si la température monte doucement, elle s’endort et meurt ébouillantée…

 

 

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