Désertification médicale : des médecins salariés à Bergerac

Article publié dans le n° d'avril (n°109), par Bluboux (Laurent Cougnoux), mis en ligne le 18 avril 2017

Regional medecinLa désertification médicale en milieu rural est un sujet de plus en plus problématique dans notre département, qui est classé dans sa quasi-totalité en « zone démographique médicale fragile ». Devant cette triste réalité, la réponse des pouvoirs publics a été, depuis 2005, multiple dans sa forme, mais unique dans son principe : se contenter d’incitations financières. Mais force est de constater que cela ne suffit plus. Nos élus locaux tentent de trouver des solutions, notamment en créant des maisons de santé pluri-professionnelles, qui bénéficient d'aides de l'État (notamment via le Fonds national d’aménagement et de développement du territoire). À Gramat, Labastide-Murat, Lalbenque, Payrac et Saint-Céré, des maisons de santé pluri-professionnelles regroupent déjà des médecins généralistes, des kinésithérapeutes, des dentistes, des orthopédistes, des podologues, des psychologues, des infirmières, des psychomotriciennes… 10 autres projets de création sont en cours, notamment à Leyme, Lacapelle Marival, Aynac et Souillac. Mais la situation reste toujours aussi difficile, et l'idée d'installer des médecins salariés fait son chemin, notamment à Lacapelle-Marival et Livernon.

C'est la solution qui a été choisie et mise en place par la municipalité de Bergerac, chez nos voisins Périgourdins, laquelle a créé un centre municipal de santé dans lequel trois médecins, salariés par la mairie, donnent des consultations. La municipalité a eu l'idée d'embaucher directement des praticiens pour pallier le manque de médecins généralistes dans la ville. La situation était devenue problématique : il ne restait plus que 20 médecins pour une ville de 30 000 habitants et plusieurs départs à la retraite ont placé les professionnels sous forte tension et les patients dans le désarroi. Les trois médecins recrutés par le biais d'annonces sur Internet et dans les journaux par la mairie, étaient donc attendus avec impatience. Nicolas Livui Vasilescu, roumain, Carmen Rodriguez, espagnole, et Benoît Hartog, jeune diplômé de l'université de Bordeaux, ont répondu à l'appel, intéressés par l'idée de salariat.

Et depuis l'ouverture de ce centre de Santé le 15 février dernier, la salle d'attente ne désemplit pas et les patients règlent directement le prix de la consultation médicale à la commune.

En CDD de trois ans, renouvelable une fois avant titularisation, les trois médecins travaillent 35 heures par semaine, du lundi au vendredi (de 8h30 à 12h30 et de 14h à 19h) ainsi que le samedi de 8h30 à 12h30. Leur salaire, que la mairie préfère ne pas communiquer, équivaut à celui d'un praticien hospitalier en début de carrière. Aucun avantage locatif ou complément de salaire ne vient augmenter leur paie mensuelle. « Ces trois médecins sont inscrits au tableau de garde et proposent une offre de soins complémentaire et non concurrente de celle des médecins de ville » précise Valérie Latarche-Bertrand, responsable du service santé de Bergerac (1).

Une belle initiative, plébiscitée par les habitants de Bergerac, mais qui ne fait pas l'unanimité parmi les médecins libéraux de la ville, à l'image du Dr Benoît Blanc qui ne cache pas son agacement à l'idée de travailler aux côtés de confrères salariés : « Il faut appeler un chat un chat, un anévrisme un anévrisme et un dispensaire un dispensaire. Cette structure, c'est tout ce que c'est. Un bon exemple de la médecine du XXème siècle. La décision de la mairie est un très mauvais signal à trois niveaux. Elle met à mal l'avenir de la médecine libérale, celui de la commune et participe même à la chute de la démographie médicale en Roumanie. Ce qui est sûr, conclut-il, c'est qu'aucun médecin ne risque désormais de s'installer dans une ville où il existe un dispensaire. Reste à savoir combien de temps une telle structure va tenir. Il n'y a pas de raison qu'un centre réussisse à être rentable à Bergerac là où ça échoue systématiquement ailleurs. » Arguments très « libéraux », ce qui n'est pas surprenant dans la bouche d'un médecin… libéral ! Car l'avenir de la médecine libérale en milieu rural est déjà largement mis à mal, les jeunes toubibs ne souhaitant plus travailler comme des forcenés. Le salariat devient alors une solution pertinente. Quant à l'avenir des communes où l'on ne trouve plus de médecins, le Dr Blanc semble oublier qu'elles se dépeuplent inexorablement.

 

Notes

(1) Propos relevés dans l'interview rapportée dans l'article publié le 17 février dernier dans le journal Le Quotidien du médecin : http://bit.ly/2mo635F

 

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