D’autres toilettes : THE solution !

Le Lot en Action n°20. 26 août 2010 par Alex

En 2005, mon compagnon et moi faisons l'acquisition d'une vieille grange inhabitable. Nous devions camper le temps de réaliser les travaux, nous avions pensé à tout...ou presque! A savoir, un camion en guise de chambre, une tente pour la cuisine et un coin douche dans les bois. Rudimentaire, mais tellement romantique! Mais, et oui, il y a toujours un mais, restait une question sans réponse: les toilettes.
Comment quatre personnes allaient se soulager sans rapidement transformer mon futur jardin en champs de ...."mines"? On a demandé autour de nous et plusieurs personnes nous ont parlé des toilettes chimiques, vous savez comme dans les caravanes, rien que le nom suffit à briser tous nos rêves de jardinage et de vie saine, pouah! On nous a dit : latrines, on a répondu: "pas de nostalgie, s'il vous plait" Que faire ?
Enfin, une amie bien plus écolo et informée que moi, me dit un jour qu'a ses yeux, la seule solution envisageable, ce sont les toilettes à compost. Elle m'explique et, malgré ma réticence à vider un seau d’excréments, j'écoute avec intérêt. C'est notre dernier espoir. Pour illustrer ses propos, quelques jours plus tard, mon amie me fait parvenir l'excellent dossier de l'association Eau Vivante   sur la gestion de l'eau. Après une lecture attentive, étonnés par toutes ces informations très logiques, nous avons pris LA décision. Nous allions fabriquer nos toilettes à litière bio-maitrisée (ou TLB) pour nous dépanner le temps des travaux, bien sûr. Après quelques semaines d'utilisation, l'idée s'est imposée que cette solution provisoire allait devenir la solution définitive pour notre future maison. Ce système est on ne peut plus simple, efficace, hygiénique, pas cher et....agréable! Laissez moi vous expliquer.

DE LA THEORIE A LA PRATIQUE
Notre caca n'est pas de la merde.
Si un être humain produit quotidiennement 150g de matière fécale et 1,5 litres d’urine (environ), je vous laisse faire le compte pour votre maisonnée et nos six milliards de voisins! Le problème ne s'est pas posé QUE dans mon jardin!Et on a cru, il y a environ un siècle et demi (peut être un peu plus?) que la chasse d'eau était la panacée, nous nous sommes fourvoyés. Pourquoi?
D'une part, une chasse d'eau entraîne 30 à 50 litres d'eau par jour et par personne; 30 à 50 litres d'eau potable, donc qui a subi un traitement coûteux, et qui repart sale et qu'il faut retraiter à nouveau,  et ainsi de suite.
D'autre part, les systèmes d'épuration actuels, aux maigres performances, individuels comme les fosses septiques ou collectifs comme les stations d'épuration, participent par leurs rejets à la pollution des cours d'eau et des nappes phréatiques.
Sans oublier que nos déjections sont issues de ce que nous mangeons, elles sont toujours constituées d'azote, de phosphore et de carbone. Ces éléments ont des cycles terrestres, c’est à dire que sur la terre, ils compostent et sont tout aussi utiles que le fumier, et, dans l'eau ils pourrissent. Il faut les rendre à la terre pour perpétuer son cycle. Il existe aussi des raisons plus terre à terre qui rendent les TLB plus agréables et plus saines:
- pas de "ploufs" gênants quand les cloisons des toilettes sont minces
- pas d'éclaboussures malsaines à cause de l'eau
- pas de problèmes de chasses d'eau défectueuses qui laissent une surprise à l'utilisateur suivant (ça arrive tout le temps).
- pas de fuites d'eau, même au goutte à goutte, qui finissent par coûter tant au porte monnaie qu'à la planète.
Peut être certains d'entre vous seront choqués de lire tout haut ce que tout le monde vit caché, mais ces détails ont de l'importance quand il s'agit de confort et d'hygiène.
Je vais vous parler de ce que je connais.

DANS LA PRATIQUE
C'est facile et pas cher d'être écolo avec les toilettes à litière bio-maitrisée.
Il suffit d'encadrer confortablement un seau en inox (le mieux) ou en plastique alimentaire dans un caisson en bois. De fixer sur le tout un abattant de toilettes classique et de se procurer de la matière sèche carbonée (paille, sciure, copeaux, broyat...) qui sera versée après chaque utilisation dans le seau, le tour est joué, voir photo
Pour bien gérer le contenu des toilettes, il faut savoir ce qui le compose et bien respecter le rapport carbone\azote (c\n)
Comment ça marche ? L’urine, stérile si l'on n'a pas d'infection, est composée d’eau (95%), de sels minéraux, d’enzymes, elle est fortement azotée et contient très peu de carbone. Les matières fécales sont aussi composées d’eau (65 à 80%), d’éléments minéraux et de matière organique issue en grande partie des aliments non digérés. Elles sont très azotées et contiennent à peine plus de carbone que les urines. Cette grande quantité d’azote nécessite du carbone pour être décomposée et inversement.Cest à dire qu’une molécule d’azote a besoin d’environ trente molécules de carbone pour devenir du compost, c’est ce que l’on appelle le rapport carbone \azote. Un C\N de 30\1 offre un très bon compostage. Sans oublier l’oxygène (aérobie), plus que nécessaire. Donc nous avons de l’azote (nos déjections, du carbone (sciure et copeaux) de l’air et de l’eau, tous ces éléments se décomposent très  vite, mais un an de compostage est quasi obligatoire pour éliminer tous les germes pathogènes existant dans nos excréments. Durant cette année le compost va monter en température (70°) et tout détruire.
Chez nous, pour deux personnes, on vide le seau tous les trois ou quatre jours, plus souvent si l’on a des invités. Nous avons quatre aires de compostage de 1m2 chacune. Quand une aire est pleine, nous la couvrons de paille et passons à la suivante, avant que la dernière soit pleine, on a déjà vidé la première.
J’aime mélanger sciure et copeaux, la sciure très fine recouvre bien les excréments et évite les odeurs et les insectes, les copeaux en oxygénant évitent le tassement. Au fond du seau, on met de la paille, du foin, des feuilles mortes, ce que l’on a sous la main qui fera un bon matelas de dix à quinze cm.
Nous avons une réserve d’eau de pluie alimentée par le toit des toilettes, le tout à coté du compost, quand on vide le seau, un coup d’eau et un nettoyant ménager écologique suffisent, rinçage et petit matelas de paille. Le tout prend quelques minutes.
Après chaque utilisation, une ou deux louches de sciure et avec un petit vaporisateur, deux « pchitts » d’une préparation désinfectante aux huiles essentielles , faite maison. Voilà.
Ah, j’ai un dernier truc à vous dire : le compost, après un an d’utilisation, vous allez enfin y mettre les mains, et là … surprise !! Vous voilà propriétaire récoltant d’un terreau fleurant bon les sous bois riches et humides des forêts ancestrales. Un amendement de qualité, léger et nutritif, que vous pourrez épandre dans votre jardin pour un résultat époustouflant, et vous n’en aurez jamais assez !!!!
L’avantage d’avoir des TLB à la maison, en plus du confort, de l’hygiène  et du magnifique compost, c’est la simplicité de l’épuration des eaux usées. Effectivement, les eaux usées de votre habitation regroupent les eaux vannes, les eaux infestées de « caca », et les eaux grises celles provenant des douches, machines à laver, cuisine…etc.
Recycler les eaux vannes est très coûteux et compliqué du fait des germes pathogènes qu’elles contiennent. Epurer les eaux grises est bien plus simple et moins coûteux. Ces eaux grises exemptes d’agents pathogènes sont facilement filtrées en utilisant un système d’épuration  par bassins filtres constitués de plantes aquatiques. Solution saine et écologique pour récupérer les eaux de la maison et arroser le jardin.

LA LEGISLATION
Les toilettes à litière bio-maitrisée étaient illégales jusqu’en 2009, elles sont légales aujourd’hui, mais malheureusement la réglementation exige que l’aire de compostage soit étanche. Ceci est contre productif, puisque les bébêtes et autres bactéries nécessaires à l’élaboration d’un bon compost vivent dans la terre ; faire une dalle en béton revient à créer une frontière infranchissable pour ces alliés. Espérons que les « Assises de l’eau » en octobre prochain, et l’étude commandée par les ministères de l’environnement et de la santé à l’association Toilettes Du Monde, corrigeront ces erreurs.
En conclusion, je sais que le sujet est délicat. En France, parler ou écrire à propos de nos défécations, reste un tabou que la chasse d’eau a beaucoup de mal à éluder. L’état actuel des nappes phréatiques et des réserves en eau potable ne nous permet plus de fermer les yeux. Il existe plusieurs types de toilettes écologiques : à déshydratation, à lombricompost…etc. J’ai une préférence pour les systèmes où la matière organique est valorisée, pour rester dans le cycle de la terre qui nous nourrit et que nous nourrissons en retour.
Pour finir, nous avons constaté que les enfants qui passent par nos toilettes trouvent ça très logique : ils ne sont jamais étonnés ou dégoûtés et demandent souvent à leurs parents : « Pourquoi on n’a pas les mêmes à la maison ? »

 

[1] Eau Vivante :  association d’Anne Rivière : http://www.eauvivante.net/index.php

[1] Désinfection à partir d’huiles essentielles :

Les aldéhydes et les terpènes sont désinfectants et antiseptiques.

Les phénols, les cétones et les lactones sont antiparasitaires et antibactériens

Prenez une, ou plus, huile essentielle dans chaque famille, mélangez-les à de l’eau et amusez vous à créer vos propres parfums.

ALDEHYDES :

Neroli

Géranium

Citronelle

Cumin

TERPENES

Citron

Citronelle de Ceylan

Romarin

Sapin de Siberie

PHENOLS,LACTONES ET CETONES

Bois de rose

Camomille

Tea tree

Thym à thymol

Romarin

Pin sylvestre

Laurier noble

Lavande

Fougère

Niaouli (particulièrement efficace sur les streptocoques)

 

Bibliographie :

La maison écologique

Un petit coin pour la planète

Toilettes du monde

Ajouter un commentaire

Code incorrect ! Essayez à nouveau