Invasion de coccinelles

Le Lot en Action, par Bluboux, mis en ligne le 9 novembre 2013

Vous êtes nombreux à nous avoir signalé une prolifération « inquiétante » de coccinelles dans la région (Gramat, Rocamadour, Souillac, Figeac). Ces concentrations, parfois impressionnantes (des milliers d'insectes), sont dues à une espèce de coccinelle invasive venue d'Asie, Harmonia Axyridis, qui se plait en Erope et envahit tout le territoire. Enquête (1).

coccinelles-jpg.jpgLes pullulations de coccinelles asiatiques avaient déjà été observées en Belgique en 2001 et se sont renouvelées et amplifiées depuis. Elles ont été observées dans le nord-est de la France en 2004, et atteignent désormais le Bassin parisien. Elles ont envahi l’Europe.

Cette coccinelle d’origine asiatique s’appelle Harmonia axyridis. Comme ses cousines européennes, elle dévore les pucerons, ce qui en fait une alliée intéressante pour la lutte biologique. Et comme toutes les coccinelles, elle passe l’hiver à l’état adulte. Elle se reproduit au printemps et pond des œufs qui donnent naissance à des larves qui se nourrissent elles aussi de pucerons. Plusieurs cycles de reproduction peuvent se succéder jusqu’à l’automne.
La coccinelle asiatique peut s’attaquer à d’autres insectes que les pucerons (des psylles, des cochenilles, mais aussi des larves d’autres coccinelles) ainsi qu’aux fruits de manière plus anecdotique.

Très polyphage et très vorace, la coccinelle asiatique est capable de résister au froid et semble capable de s’adapter à de nombreux milieux. Dans certaines zones envahies, elle devient l’espèce de coccinelle la plus abondante, et menace ainsi, au moins transitoirement, l’équilibre des écosystèmes. En s’attaquant occasionnellement aux fruits comme le raisin, elle peut diminuer la qualité de la vendange.

Les coccinelles asiatiques ne se nourrissent pas et ne se reproduisent pas dans les maisons. Elles les quittent au printemps. Elles n’abîment donc rien (sauf des taches jaunes si elles sont écrasées). Lorsqu’elles sont dérangées, elles peuvent émettre une substance malodorante et toxique pour leurs prédateurs, mais sans danger pour l’homme. Aux États-Unis, des rares cas d’allergies à ces coccinelles ont cependant été signalés.

 

Sur les traces d'Harmonia Axyridis

Carte des routes d'invasion de la coccinelle asiatique Harmonia axyridis. © inra, Éric Lombaert L’aire native de la coccinelle Harmonia axyridis se situe en Asie. L’espèce a longtemps été utilisée en lutte biologique contre les pucerons, mais sans installation et multiplication notables dans les zones où elle a été utilisée, en Amérique du Nord (depuis 1916), en Europe (depuis 1990) et en Amérique du Sud dans les années 1990. Un premier foyer invasif a été détecté en Amérique du Nord-Est en 1988, puis un second en Amérique du Nord-Ouest en 1991. Depuis 2001, des populations invasives ont été observées en Amérique du Sud, en Europe et en Afrique du Sud.

D’espèce bénéfique, la coccinelle asiatique est ainsi passée au statut d’insecte nuisible de par ses impacts écologiques (impact sur la biodiversité par la compétition ou la prédation d’espèces non-cibles du type coccinelles indigènes, lépidoptères, etc.), économiques (détérioration de la qualité des productions viticoles) et sociaux (agrégation en grand nombre à l’automne et en hiver dans les habitations, entraînant diverses perturbations et quelques cas d’allergies). Se posent alors naturellement des questions relatives aux relations de parenté entre ces différentes populations envahissantes (qui est la source de qui ?) et au rôle relatif dans l’émergence de ces populations envahissantes des introductions accidentelles et des introductions intentionnelles pour la lutte biologique.

Les recherches d’équipes de l’Inra de Montpellier et Sophia-Antipolis montrent que les invasions en Europe de l’ouest, et en particulier en France, mais aussi en Amérique du Sud et en Afrique du Sud ont très vraisemblablement pour origine des coccinelles provenant d’Amérique du Nord-Est. En Europe de l’ouest, les populations envahissantes se sont mélangées génétiquement avec des individus issus d’opérations de lutte biologique contre les pucerons. Cette étude illustre la notion de « tête de pont » invasif : une population envahissante particulière va devenir la source de plusieurs autres populations envahissantes dans de nouvelles zones, éloignées de la précédente.

  • Un site Web dédié, « L'observatoire français d'Harmonia », animé par Vincent Ternois, a permis de centraliser les informations relatives à la progression de l'invasion.

 

Plusieurs pistes de recherche à l'INRA

Coccinelle asiatique adulte. © INRA Des équipes de Montpellier et Sophia-Antipolis cherchent à comprendre les facteurs qui déterminent le succès invasif de la coccinelle asiatique Harmonia axyridis. Dans un premier temps, leur travail a permis de retracer les routes d’invasion de cette coccinelle en Europe et plus généralement au niveau mondial.

Les analyses de génétique des populations réalisées par les chercheurs ont permis de reconstituer avec un niveau de précision et de confiance élevé les routes et les modalités d’introduction des populations envahissantes d’H. axyridis, sur l’ensemble des aires envahies (Amérique du Nord, Amérique du Sud, Afrique du Sud et Europe). Des échantillons de populations récoltés dans la nature (aire native et aires envahies) et d’autres, représentatifs de la souche originaire d’Asie utilisée pour la lutte biologique, importée par l’Inra en 1982 et utilisée par la suite par plusieurs biofabriques européennes, ont été caractérisés avec des marqueurs génétiques. Grâce à ces marqueurs, un grand nombre de scénarios d’introduction ont été comparés et leur probabilité relative a été estimée grâce à des traitements statistiques. D’autres travaux portant sur l’analyse de traits d’histoire de vie de cette coccinelle (fécondité, croissance, capacité de survie, etc…) sont également réalisés afin de mieux cerner les mécanismes clefs à l’origine du succès envahissant de cet insecte.

 

La mondialisation, fléau pour la biodiversité ?

L'homme est donc directement responsable de cette invasion de coccinelles asiatiques, mais il en est de même pour le frelon asiatique, le Plathelminthe (vers « tueur de lombrics »), la fourmis d'Argentine (Linepithema Humile) et des centaines d'espèces animales ou végétales qui ont été introduites volontairement ou « par accident ». Les mouvements de marchandises dus à l'augmentation exponentielles des échanges commerciaux rendent inéluctables ces invasions, quelles que soient les mesures de protection prises.

Si dans le cas des coccinelles les conséquences sur la biodiversité semblent limitées, ce n'est pas le cas pour les fourmis Argentines, de nombreuses espèces d'algues, de méduses ou encore le ver venu de Nouvelle-Zélande.

Si nous pouvons faire confiance à Mère Nature pour que l' équilibre soit retrouvé, nous pouvons en revanche être inquiets en ce qui concerne l'intervention humaine, qui ne fait que renforcer les sources du déséquilibre.


Notes :

Merci à Caro et Pierre, lanceurs d'alerte !

(1) Voir dossier sur le site de l'INRA

Pour en savoir plus :

Site de Lot Nature : la première version du site avait déjà envoyé des nouvelles lotoises de cette coccinelle redoutable et de sa larve en juillet 2010; http://www.lotnature.fr/botanique/spip.php?article1395. Le site actuel a publié un nouvel article illustré en octobre 2012: http://www.lotnature.fr/spip.php?article105

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