France Télécom : tentative de suicide en pleine réunion

Le Lot en Action. 10 septembre par Bluboux

Avec la grêve des france télécom à Cahors, au début de l'été, nous apprenions les méthodes employées par la direction pour faire craquer les sélariés encore sous le statut de fonctionnaire, et les pousser à démissionner. Dans ce conflit il y a cinquante emplois qui sont en jeu.

Puis cet été nous avons appris les suicides des salariés de France Télécom dans toute la France. Hier encore un salarié s'est poignardé en pleine réunion.  Vous trouverez ci-dessous deux articles : le premier nous relate le "fait divers" ci-avant et le second apporte un éclairage précis sur les méthodes de cette grande entreprise.

En ce qui me concerne, c'est décidé, je change d'opérateur. Impossible de cautionner des méthodes aussi abjectes que criminelles.

Bellaciao. 10 septembre 2009

Un salarié de France Telecom se poignarde en pleine réunion

 

Cet acte désespéré intervient après le suicide de six autres employés de l’entreprise cet été. La direction doit annoncer jeudi des mesures pour prévenir le stress au travail.

Il a craqué devant une quinzaine de ses collègues. Un salarié de France Télécom s’est poignardé mercredi, en pleine réunion à Troyes. Touché grièvement à l’abdomen, ses jours ne seraient toutefois pas en danger. Lors de cette réunion, le salarié, âgé d’une cinquantaine d’années, venait de se voir confirmer officiellement sa mutation d’office.

Un changement imposé que le salarié ne supportait pas et assimilait à une rétrogradation. "Ce collègue avait un travail valorisant. Il faisait de la maintenance chez des clients professionnels. Il a appris qu’il ferait désormais des dérangements chez les abonnés grand public", a expliqué un délégué SUD sur le site de Troyes. "Il a démarré en bas et a travaillé pour monter. Du jour au lendemain, on lui dit que maintenant il fera un travail moins intéressant", a-t-il poursuivi.

La direction de France Télécom à Paris a précisé que cet employé, qui avait trente ans de maison, «travaillait dans une structure d’intervention auprès des entreprises, dont le volume d’activité à diminué». «Ce transfert prévoit qu’il travaille dans la même ville, le même métier, sur le même site», souligne l’entreprise.

Six suicides depuis le début de l’été

Depuis février 2008, France Télécom a connu 22 suicides, dont six pour le seul été 2009, rappelle RTL. Et le nombre des arrêts maladie aurait parallèlement fortement augmenté. Un salarié de France Télécom, qui a mis fin à ses jours le 14 juillet à Marseille, avait notamment mis directement en cause dans une lettre l’ambiance au sein du groupe et dénonçait une «surcharge de travail» et un «management par la terreur». «Je me suicide à cause de mon travail à France Télécom. C’est la seule cause», écrivait-il. La désorganisation totale de l’entreprise m’a totalement perturbé. Je suis devenu une épave, il vaut mieux en finir».

Les syndicats dénoncent une «dégradation» des conditions de travail : suppressions de postes, restructurations, mutations forcées sans possibilités de recours, pression du management pour rapporter plus d’argent. Le but, accusent-ils, inciter les vieux salariés qui ont encore le statut de fonctionnaires à partir afin de faire fondre les effectifs et amélioré la rentabilité du groupe. La CFE-CGC, a estimé mercredi soir, que pour «enrayer ces drames, il faut que la direction accepte de mettre en place des pré-retraite à partir de 57 ans entre 2010 et 2012 et arrête «les obligations de mobilité géographique ou professionnelle à partir de 50 ans».

Les syndicats ont appelé jeudi à une journée de mobilisation avec préavis de grève pour protester contre ces suicides. Le même jour le DRH de France Telecom, Olivier Barberot, fera devant un comité national d’hygiène et de sécurité des conditions de travail, des propositions concrètes sur le stress au travail, dans le cadre des axes définis en commun avec les syndicats le 25 août. «Il y a des tensions dans le fonctionnement de l’entreprise compte tenu de tous les changements technologiques et réglementaires. L’entreprise se sent concernée par ces drames», a reconnu la direction.

Bellaciao. 10 septembre par Patrice Bardet

Déjà en 2004 :

Dominique Decèze est journaliste, spécialiste des relations sociales et de la santé au travail. Il vient de publier La Machine à broyer, un ouvrage mettant en cause les dirigeants de France Telecom et leurs méthodes de management. La thèse : la transformation de l’ancien monopole public en société privée s’est faite au détriment de la santé de ses agents.

Comment vous est venue l’idée de ce livre ?
Dominique Decèze : Mon métier me conduit à assister à beaucoup de colloques de médecins du travail et de spécialistes des questions de santé dans l’entreprise. Or, depuis quelques mois, France Télécom revenait régulièrement dans les propos des intervenants comme un mauvais exemple. Parallèlement, les arrêts de travail spontanés se multipliaient dans différentes unités de l’opérateur téléphonique. Au printemps 2004, il y en avait pratiquement un par jour ! C’est ce double signal qui m’a donné envie d’en savoir plus et de rechercher les études médicales sur les agents de France Telecom. Au total, je m’en suis procuré une douzaine qui concerne chacune environ 300 agents travaillant dans différentes régions : Rhône-Alpes, Nantes, Caen, Poitou-Charentes, Melun, Orléans, etc.

Que disent ces études ?
Dominique Decèze : Ces études ont été réalisées par des médecins, des psychologues ou des consultants sélectionnés conjointement par les syndicats et la direction. Toutes ces études mettent en avant la souffrance des agents au travail et ses conséquences dans leur vie privée. Dans une enquête, menée en 2001, sur 420 employés en Poitou-Charentes, 40 % avouent mal dormir et 54 % se déclarent découragés, tendus, nerveux. Dans une autre, réalisée en Basse-Normandie en 1999, une seule personne sur les 178 interrogées qualifie le climat social de " bon ". En mars 2002, une étude dans l’Unité régionale réseaux de Nantes rapporte que la majorité des agents se sent stressée.

Comment la direction de France Télécom a-t-elle réagi à la lecture de ces études ?
Dominique Decèze
 : La direction a eu connaissance de la quasi-totalité des études que je cite dans mon livre et elle a cherché à résoudre le problème. En 2000, elle a mis en place une commission nationale destinée à identifier les facteurs de stress. Selon cette commission, c’est d’abord le défaut d’information sur l’organisation et l’activité qui explique le stress des agents. Certaines mesures ont donc été prises pour aider les agents à mieux appréhender leur travail en améliorant la communication sur les évolutions internes de l’entreprise. Mais ce n’était pas le coeur du problème.

Comment expliquez-vous la souffrance au travail de certains agents de France Télécom ?
Dominique Decèze
 : Trois phénomènes se combinent entre eux pour expliquer cette dégradation. C’est d’abord ce qu’on appelle les " nouvelles formes de travail " avec notamment l’intensification du rythme du travail et les horaires décalés. Ensuite, c’est la rapidité de la transformation de l’entreprise. Entre 1996 et 2002, 53 000 personnes ont changé de métier au sein du groupe et souvent pour occuper des postes qui n’avaient rien à voir avec leurs anciennes fonctions. Le cas le plus classique est celui du technicien devenant commercial, mais il y en a bien d’autres. Les médecins nationaux de France Télécom dénonçaient d’ailleurs dans leur rapport annuel 2002 " la persistance, pour un certain nombre de salariés, d’un mal-être engendré par les modifications successives de l’organisation (changements de métier, changements géographiques) ". Cette transformation à marche forcée a aussi fait apparaître des écarts importants de rémunérations entre collègues effectuant le même travail. Enfin, la politique de dégraissage massif orchestrée depuis 1997 explique que ces changements se soient déroulés dans un climat social anxiogène. En six ans, près de 40 000 emplois ont été supprimés, soit le quart du personnel.

Comment ces suppressions d’emploi ont-elles été effectuées ?
Dominique Decèze
 : Je ne dispose pas du détail des chiffres. Selon moi, elles ont été rendues possibles grâce à des méthodes légales et illégales. Ce sont d’abord des départs - voulus ou non - en retraite et préretraite. Ensuite, il y a les mutations vers d’autres corps de la fonction publique. Cela a concerné 700 personnes en 2003. Enfin, il y a les départs volontaires comme les démissions. C’est cette dernière solution qui me semble la plus suspecte et susceptible de cacher des pratiques de harcèlement moral. La sénatrice communiste, Marie-Claude Beaudeau, s’est d’ailleurs intéressée de près à cette question et a recueilli nombre de témoignages d’agents de France Telecom. Un cadre lui a, par exemple, affirmé qu’il avait pour consigne de traquer les moindres erreurs professionnelles permettant de sanctionner les agents et de les signaler à sa hiérarchie.

Propos recueillis par Laurent Fargue

France Telecom : les salariés paient un lourd tribut aux transformations

Pendant ce temps, les profits explosent !

Le Groupe France Télécom s’était engagé lors de la présentation de ses résultats annuels 2005 à distribuer à ses actionnaires entre 40% et 45% du cash flow organique généré par le Groupe.

Dans le contexte actuel et compte tenu de la génération de cash-flow organique en 2008, et sur proposition du Conseil d’administration, l’assemblée générale de France Télécom a décidé, le 26 mai 2009, de verser aux actionnaires un dividende de 1,40 euro par action au titre de l’exercice 2008. Compte tenu de l’acompte sur dividende de 0,60 euro par action, mis en paiement le 11 septembre 2008 pour 1 563 millions d’euros, la distribution intervenue le 30 juin 2009 s’élevait à 0,80 euro par action représentant 2 091 millions d’euros. Ce versement a donné lieu à un décaissement de 1 553 millions d’euros et à un paiement en actions de 538 millions d’euros, les actionnaires pouvant opter à hauteur de 50 % du solde de l’acompte sur dividende, soit 0,40 euro par action, pour un paiement en actions

Par ailleurs, Le Conseil d’administration du 29 juillet 2009 a décidé le versement d’un acompte sur le dividende ordinaire de l’exercice en cours. Cet acompte sera de 60 centimes d’euros par action, soit un montant estimé de 1,6 milliard d’euros sur la base du nombre d’actions au 30 juin 2009. Il sera mis en paiement le 2 septembre 2009. Au 30 juin 2009, le résultat net de la période de France Télécom S.A. et le report à nouveau inscrit à son bilan s’élevaient à 11 422 millions d’euros.

En outre, le conseil d’administration examinera chaque année la possibilité d’une rémunération additionnelle des actionnaires en fonction des prévisions de cash-flow et des projets d’investissements du groupe.

France Télécom : une "société" où il fait bon d’être actionnaire !

Résultat net et report à nouveau = 111 702 euros par salarié !

Cela vaut bien quelques "dégâts collatéraux" pour nos chers capitalistes

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