L'été de toutes les abjections

Le Lot en Action mag n°20. 26 août 2010 par Bluboux

L’Eglise catholique ne s’est pas particulièrement distinguée, durant la deuxième guerre mondiale, et son manque de réactivité face aux crimes nazis lui a été reproché. En France, il aura fallut attendre l’été 1942 et la tristement célèbre rafle du « Vel d’Hiv » pour voir les première réactions, notamment la célèbre lettre de l’archevêque de Toulouse,  qui fut lue dans toutes les paroisses du diocèse, le dimanche 20 août 1942, puis reprise dans la France entière et même au-delà des frontières : « D’horribles choses se font contre les Juifs, qui sont des êtres humains comme nous. Toutes les cruautés imaginables sont permises contre eux. Il y a pourtant des droits donnés par Dieu pour toute l’humanité qui ne devraient pas être violés. (…) Les Juifs sont des hommes, les Juives sont des femmes. Tout n’est pas permis contre eux. Ils font partie du genre humain ; ils sont nos frères comme tant d’autres. » (Lettre pastorale écrite par Mgr Saliège, archevêque de Toulouse, le 20 août 1942).

Cette lettre a eu une importance majeure, puisque non seulement elle fut la première réaction officielle de l’Eglise en France, mais elle démontrait clairement que les juifs étaient des victimes, ce qui n’était pas vraiment établi dans l’opinion du peuple français…


Le Pape vient de dénoncer publiquement l’attitude de la France dans ce qu’il convient de nommer la déportation des Roms. La réaction du très distingué Brice, qui ne recule pas d’un iota et se retranche derrière des textes européens, est insupportable. Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, est intervenu personnellement pour dénoncer la politique de la France à l’égard des Roms et rappeler à Sarkozy qu’un des principes de l’Europe est la libre circulation des personnes (après celles de capitaux et des biens…). Les décisions politiques discriminatoires s’accumulent et notre gouvernement, totalement incompétent, tente de masquer son incapacité à gouverner par des écrans de fumée et glisse de façon ostentatoire vers l’extrême droite.

Après le triste débat sur l’identité nationale, les expulsions massives de sans-papiers, la mise au banc des français de confession ou d’origine musulmane, vient maintenant le tour des Roms et des gens du voyage et surtout la volonté de voter une loi qui permettra de déchoir certaines personnes de la nationalité française. La presse internationale ne s’y trompe pas et plusieurs quotidiens étrangers n’hésitent pas à faire un rapprochement avec le fascisme. Ainsi le Times titrait le 17 août (et le Times n’est pas un vulgaire tabloïd british) : « Sarkozy expulse les Roms et rappelle le souvenir de la Gestapo ». Theodore Baconschi, le ministre roumain des affaires étrangères, déclarait le même jour, toujours à propos de la décision inique française : « Je m’inquiète des dérapages populistes et des réactions xénophobes sur fond de crise économique ». Le quotidien bulgare Sega dénonçait, quant à lui, la politique française de « déportation de Roms »… « Tout est prêt pour la plus grande déportation officielle depuis la seconde guerre mondiale ».


Mais qu’attendons-nous pour nous réveiller ? Qu’attendons-nous pour réagir, tant que nous le pouvons encore sans faire acte de violence ? La dérive sécuritaire s’accentue chaque jour davantage, les médias sont muselés, les « affaires » qui rendent se gouvernement illégitime s’accumulent. Jamais la France moderne  n’a connu un tel recul social et démocratique. Les rapprochements avec la situation qu’a connue l’Europe dans les années 30 ne sont ni fortuits ni tactiques, c’est une réalité alarmante. Et le risque est bien celui de l’isolement, du racisme rampant « bien pensant » et du retour du fascisme. J’espère que nous n’aurons pas à cacher des musulmans dans nos caves et à sortir des enfants des griffes du monstre qui dort en chacun de nous, « bons français » que nous sommes…

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