La discrimination territoriale

Le Lot en Action. 1er octobre 2009 par Bluboux (article du dossier central du Lot en Action mag n°1)

Fermetures d'hôpitaux et de maternités, suppression des dessertes locales, de gares, voire de lignes entières SNCF, de bureaux de Poste, d'écoles, de gendarmeries et la liste n'est pas exhaustive.

Quel avenir pour notre région ? Comment va t-on vivre dans le Lot d'ici quelques années si nous restons silencieux face à cette volonté de voir la vie, le service public et l'avenir uniquement au travers des filtres de la rentabilité et des préceptes du libéralisme ?

Le choix du dossier dans ce premier numéro du Lot en Action magazine s'est imposé naturellement : en tant que citoyens nous sommes révoltés par les choix criminels de ce gouvernement à la botte des intérêts des quelques « puissants » de ce monde, en tant qu'acteurs militants nous avons le devoir d'informer et de facilité les liens nécessaires pour que tous, nous puissions décider de notre avenir et des moyens de lutter contre l'injustice.

L'actualité aujourd'hui éclaire de façon incontestable les engagements qui ont été signés par les différents gouvernements dans le cadre de l'Accord Général sur le Commerce et les Services (AGCS). Cela remonte à 1994 avec la création de l'Organisation Mondiale du Commerce, un accord multilatéral de libéralisation des échanges de services. Pour ne pas verser dans la technique et les acronymes barbares, je simplifierai en vous parlant de « concurrence libre et non faussée ». Cela vous rappelle t-il quelque chose ? Que ce soit le RPR, puis le PS et enfin l'UMP, tous nous ont menti. Tous savaient que ces accords signaient la fin des services publics en France.

Aujourd'hui nous « devons » respecter les directives européennes qui découlent de ces accords : ouverture et libéralisation des marchés. Plus simplement, partout où des intérêts privés peuvent réaliser des bénéfices pour le compte d'actionnaires, l'état doit ouvrir les marchés. Transport, hôpitaux, éducation, santé, distribution du courrier. Pas un seul secteur ne va y échapper. Et quand un secteur n'est vraiment pas rentable, et bien il restera à la charge du contribuable.

Transports

Dans le Lot nous avons été sensibilisé à cette privatisation qui ne prononce pas son nom, par le biais du combat de Tous ensemble pour les gares, luttant contre les quinze suppression d'arrêts de train dans les gares de Souillac et et de Gourdon, décidés unilatéralement par la SNCF (voir l'article Tous ensemble pour les Gares dans ce dossier).

Mais au-delà de cette lutte citoyenne exemplaire, qui unit citoyens, élus, et s'inscrit dans la durée, il y a une réalité implacable : la ligne Paris-Limoge-Toulouse (PALITO dans le langage de la SNCF) n'existera plus !

Explications : l'ouverture des sacro-saints marchés impose l'ouverture à la concurrence libre et non faussée. A ce stade des réunions entre gens de bonne compagnie s'organisent, et il apparaît rapidement que la portion Paris – Orléans intéresse tout le monde. Bien ! Jusqu'à Limoges il y a encore plusieurs opérateurs qui restent sur les rangs. Bon. Jusqu'à Brive, très difficile mais on trouve encore au-moins deux opérateurs. Après Brive, là ça se complique : plus personne ne veut assumer ce qui n'est pas rentable.

Mais alors que va t-on faire ? La réponse est simple, on supprime. La région prendra en charge ce qui n'est pas rentable, donc TER entre Brive et Montauban. Ce qui veut dire plus de train direct avec Paris pour toutes les dessertes entre Brive et Montauban.

Si la Région ne peut plus assumer, et bien on supprimera les trains pour y mettre des cars. C'est ce qui se passe avec Rodez qui n'a plus de ligne directe pour la capitale.

(A ce sujet, la Comité de Défense de la Gare d'Assier, qui a également mené une lutte acharnée dans un passé proche, nous informe que la lutte pour défendre la ligne Brive – Rodez va reprendre dès le mois d'octobre. Nous suivrons cette actu avec la plus grande attention).

La Poste 

Vous aurez probablement remarqué à quel point le mot « privatisation » est tabou ; il n'est pas question de privatisation, mais d'ouverture du capital ! L'acheminement du courrier était un service public, c'est à dire un droit pour chaque citoyen, impliquant une continuité de ce service publique, y compris territoriale. La libéralisation de ce marché a commencée il y a déjà plusieurs années, et vous avez le choix aujourd'hui d'envoyer votre courrier ou vos colis entre l'opérateur historique, La Poste, et des entreprises privées. C'est vrai si vous résidez à Toulouse, Montpellier, Paris... mais si vous habitez en haut d'un pech du coté de Lunegarde, alors là c'est plus compliqué ! Mais on a encore la Poste, me direz-vous. Oui mais plus pour longtemps... parce que la Poste devenant une entreprise privée, il va falloir devenir rentable. Alors on va fermer tous les bureaux de Poste qui ne servent à rien (assumer une délégation de service public, qu'on se le dise une bonne fois pour toute, ça ne sert à rien).

Certes il faudra quand même à cette « nouvelle entreprise La Poste » respecter un minimum ces délégations de services publics, alors on fera bonne figure, on gardera un bureau pour deux ou trois cantons... Que voulez-vous, le Lot en si peu peuplé... Si peu rentable...

Oh rassurez-vous, même si notre territoire est peu peuplé, la distribution du courrier continuera, mais probablement différemment : on regroupera les boites aux lettres à l'entrée des rues et des hameaux pour minimiser les coûts de distribution. Maintenant si vous êtes vieux, malade, que vous ayez des problèmes de mobilité, et bien allez habiter en ville bon sang.

Santé 

Il y a eu la fermeture de la maternité à Gourdon, puis plus récemment celle de Figeac. L'hôpital de Gourdon ne garde qu'un service de jour et un service de gériatrie (les urgences pour combien de temps encore ?), les hôpitaux ferment tous. Nous ne garderons que celui de Cahors, surpeuplé et mal équipé. On nous y transportera donc pour y être opéré, puis l'on nous rapatriera à Gourdon ou Figeac pour faire de la place à Cahors qui sera plein comme un oeuf.

Là encore la logique de la privatisation s'applique inexorablement : on donne de l'argent public aux cliniques privées tout en devant assumer les cout de fonctionnement des hôpitaux. Or le secteur de la santé étant très courtisé par les intérêts privés il devient logique, dans cette vision libérale, de privatiser au maximum ce secteur puisqu'il y a beaucoup d'argent à gagner. L'écueil était constitué par le fait que les français ont toujours été très attachés à leur système de santé. On a donc volontairement laissé filer le déficit de la sécurité sociale, en n'imputant pas au budget de cette dernière les recettes qui y étaient affectées (taxes sur les alcool et le tabac, exonération sur les charges sociales de grosses entreprises françaises et étrangères, etc.).

Deux avantages avec cette politique, le premier étant de faire des coupes sombres dans le budget de fonctionnement des hôpitaux (personnel, matériel, entretien des infrastructures, équipement), diminuant ainsi la qualité du service rendu aux usagers. Plus facile après cela de fermer les structures (hôpitaux, maternités), laissant la place au secteur privé, qui au passage empochera encore davantage de fonds publics.

Le second étant de faire payer l'usager, celui qui n'a pas les moyens d'avoir une bonne mutuelle, en remboursant de moins en moins les médicaments, les frais d'hospitalisation et en obligeant les assurés sociaux, s'ils doivent se faire opérer, à aller dans l'hôpital dont dépend votre domicile (sous peine d'être moins remboursé par la sécurité sociale).

Education nationale

Autre sujet brûlant pour un gouvernement. Et bien il en va de même en ce qui concerne ce secteur : nos têtes dirigeantes « bien pensantes » ont d'ores et déjà planifié la disparition des écoles maternelles qui seront remplacées par des « jardins d'éveil ». Payants bien sûr...

Le ministère, pressé de réaliser des économies, supprime des postes partout (écoles primaires, collèges lycées) et de plus en plus de parents (les plus aisés), lassés de voir leurs enfants dans des classes de 35, voire 37 élèves les inscrivent l'année suivante dans une école privée.

En tant que militant de l'association Attac, à la fin des années 90, quand nous informions les gens sur les marchés et les réunions publiques des conséquences qu'allait avoir l'AGCS sur nos services publics, sur nos vies, peu nombreux étaient ceux qui nous prenaient au sérieux. Une dizaine d'année plus tard c'est devenu une réalité ou bien une évidence.

Mais bien au-delà de certaines décisions qui auront des conséquences lourdes et longues à réparer (quand cela sera possible), ce qui me semble le plus dangereux c'est la résignation de beaucoup de citoyens, qui pensent que l'on ne peut plus rien faire, que c'est devenu inéluctable.

Les luttes comme celles de Tous ensemble pour les gares ou du Comité de défense de la gare d'Assier sont exemplaires : pour les résultats obtenus, certes, mais surtout pour ce qu'elles sont, des luttes simples de citoyens et d 'élus, non violentes mais fortement déterminées, animée par la volonté de combattre l'injustice. Ces luttes rien ni personnes ne peut les arrêter. C'est bien pour cela qu'elles gênent profondément le gouvernement en place. Le 3 octobre un référendum national est organisé pour se prononcer sur la privatisation de la Poste (voir article dans ce dossier). Allez-y nombreux. Ne les laissons pas faire.

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