Billet Nomade. 10 mai 2009

Ce week-end nous n'avons pas écouté la météo et sommes partis à Contis humer l'océan. A chaque trip en camionnette ce petit air me revient en tête, « Ma Liberté longtemps je t'ai gardé, comme une perle rare »...

A nouveau des rencontres avec les camionnetteux, les camping caristes du troisième age, les surfeurs, les jeunes et moins jeunes, des gens qui saisissent la moindre occasion de vivre, de se sentir libre à peu de frais.

 

Et ils sont de plus en plus nombreux au fil des années ces marginaux. D'ailleurs sont ils encore des marginaux ?

 

Il y a quelques années je croisais beaucoup de jeunes qui voyageaient, vivant de peu, habitant dans des fourgonnettes à peine aménagées, un matelas sur le plancher métallique et un réchaud à gaz.

Puis sont apparus les retraités du nord de la France, les allemands, les suisses, les hollandais, avec des camping cars ou des camionnettes aménagées « grand luxe ». Ils sont de plus en plus nombreux, préférant passer l'hiver sur les cotes sud de l'Europe ou au Maroc, économisant ainsi le coût du chauffage pour la saison hivernale, profitant de la douceur du climat méditerranéen, avec à bord la télévision et l'antenne satellite, le frigo et la douche.

Mais aujourd'hui je croise beaucoup de gens de tout age, de toutes conditions, avec un boulot, une maison, des enfants pour certains et qui profite du moindre week-end pour tracer la route et aller au bord de l'océan, au-delà des Pyrénées, en montagne, bref qui prennent la poudre d'escampette et vont humer le parfum de la Liberté. Un peu de gas-oil (voire un mélange gas-oil et huile végétale) et l'on peut aller passer quelques jours ailleurs sans que cela coûte plus cher qu'à la maison.

Certes cela dérange, que ce soit dans les petites localités au bord de la mer où l'on interdit de plus en plus l'accès aux véhicules aménagés, ou sur les routes. Les contrôles de police sont plus nombreux, les commerçants râlent (toute cette population qui vient ici et ne consomme rien !).

Mais les gens voyagent, se parlent, s'entraident, échangent...

Et puis il y a les nouveaux nomades, ceux que l'on pourrait aisément classer dans les créatifs culturels (voir article). Ils ont choisi cette vie délibérément et préfèrent voyager dans des conditions de confort à minima, mais libres. Ils sont de plus en plus nombreux et dérangent vraiment : on ne peut les contrôler, ils sont partout, voyagent dans toute l'Europe et s'organisent. Il y a des points de chutes, des endroits où il est possible de se « poser » quelques temps. Certains ex-soixante-huitards retrouvent même l'esprit des premières communautés. Et franchement, ils ont raison ! Vivre avec 450 euros par mois, dans une cité, fut-elle au sud de la France, avec pour seuls loisirs la télévision, internet, les pétards ou un peu d'alcool, et pour seules perspectives d'évolution des petits boulots mal payés.

Et cette population qui se déplace, voyage, s'aperçoit que dans tous les pays d'Europe les gens commencent à s'organiser, s'informent, militent, refusent de subir cette société ultra-libérale. Certes les méthodes utilisées par les systèmes politiques en place sont les mêmes, mais la révolution sera démocratique ou ne sera pas. Certes la majorité des mouvements qui se forment est corporatiste ou mut par des intérêts individuels, et par conséquent non pérennes, mais pour reprendre la métaphore de Michel Onfray, les Liliputiens ont fait tomber Gulliver et multipliant ces petits liens.

 

La révolution est en marche. Je le sent, je le sais. Ce week-end j'ai repris un grand bol d'air... Et il est étonnamment facile d'oublier que cela est vital.

 

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