35 heures : la vérité sur un alibi de droite

Marianne2. 4 février 2010 par Philippe Baumel

Selon Philippe Baumel, membre du conseil national du PS les « 35 heures » se sont avérés plus efficaces que le slogan de Sarkozy « travailler plus pour gagner plus » dans la bataille pour l'emploi. Et ce malgré les tentatives gouvernementales pour faire des « 35 heures » la cause de tous les maux...


Dessin Rodho


Douze ans après leur vote, les 35 heures sont encore l’objet des fantasmes d’une droite « décomplexée ». Parmi les mythes véhiculés par la droite, il en est un qui a la vie dure : « la faute aux 35 heures ». Couplé avec le « travailler plus pour gagner plus », il a – reconnaissons le – prouvé son efficience dans les urnes et, dans le même temps, son inefficience économique et sociale. Car les 35 heures n’ont pas été une mauvaise affaire pour la France et les Français. Répondant à une vieille idée socialiste qui veut que si l’homme doit recevoir le juste prix de son travail, il ne peut pas être réduit à n’être qu’un facteur de production, la réforme des 35 h visait à libérer du temps pour les loisirs, la culture ou même les études. Jamais la France n’a atteint un degré de productivité horaire aussi élevé qu’au moment de la mise en place de cette grande loi.

S’il ne faut jamais idéaliser une loi, imparfaite comme le sont toujours les textes et les hommes, il faut reconnaître à la philosophie de cette réforme, à sa mise en place et à ses effets, quelques mérites. D’abord, elle a contribué à accroître la productivité des Français et si dans quelques cas la loi a été appliquée trop vite, elle a aussi correspondu à une période d’enrichissement de la France. L’économiste Guillaume Duval rappelait ainsi qu’il y a cinq ans, une personne occupant un emploi en France produisait en moyenne 73400 dollars de richesses, contre 65700 pour un Anglais, 59900 pour un Allemand et 57800 pour un Japonais. Le salarié français affirmait avoir travaillé en moyenne, au cours de l’année 2007, 35,3 heures contre 35,4 heures en moyenne au niveau de l’ex-Europe des 15. C’est dire le retard de la France !

Aujourd’hui, le « travailler plus pour gagner plus » s’est évaporé. Les Français travaillent souvent plus et gagnent encore plus souvent moins, 600 000 chômeurs supplémentaires en un an aimeraient, quant à eux, simplement vivre de leur travail, le statut d’auto-entrepreneur camoufle une précarisation croissante de l’activité professionnelle et une disparition déguisée des congés payés, la casse du droit social fragilise systématiquement les salariés. Pour un pouvoir soi disant attaché au travail, on remarquera l’acharnement qui est le sien à le dévaloriser et à précariser ceux qui détiennent les véritables savoir-faire. On pointe en effet aussi du doigt avec l’idéologie « anti-35 heures », un aspect de notre folklore national : le déclinisme, l’autodénigrement et la passion pour la mise en accusation d’une pseudo paresse des Français. Dans les clichés véhiculés par la droite, on retrouve toutes les recettes qui ont fait le lit et coulé les fondations de la révolution conservatrice américaine.

Si ce ne sont pas les 35 heures qui peuvent pallier l’absence de politique industrielle, leur dénigrement permanent ne peut tenir lieu ni de politique ni d’alibi à la faillite politique de la droite actuelle.

A lire ou relire sur LLEA :

35 heures, dix ans de polémique. lire l'article

Ajouter un commentaire

Code incorrect ! Essayez à nouveau