500.000 pauvres de plus à cause de la crise ?

Altermonde sans Frontière. Le 4 mars 2010 par Mathieu Magnaudeix

 

Pour la première fois, une étude économique tente d’évaluer l’impact à long terme de la crise sur le chômage et sur la hausse du nombre de pauvres. On attendait cette étude depuis plusieurs mois. Certes, il ne fallait pas être grand clerc pour émettre l’hypothèse que vu sa brutalité et son ampleur, la crise actuelle allait être dévastatrice, le chômage allait se poursuivre, la pauvreté gagner du terrain. Mais grâce à l’Observatoire français des conjonctures économiques (Sciences Po Paris), il est désormais possible d’évaluer plus précisément les conséquences prévisibles de la crise en 2010, mais également au cours des années suivantes, jusqu’à la présidentielle de 2012. À la demande de l’ONPES, un organisme gouvernemental de lutte contre la pauvreté, l’OFCE s’est penché il y a plusieurs mois sur cette évaluation. la première du genre. Cette étude, qui devait être dévoilée jeudi 25 février lors de la remise du rapport annuel de l’Onpes, a été dévoilée dès mardi 23 sur Mediapart

Même si ce genre d’étude prospective doit être maniée avec des pincettes car elle repose certes sur des données existantes mais aussi sur des modèles économiques par définition fragiles, le rapport de l’OFCE confirme dans les grandes lignes ce dont la majorité des Français se doutent au vu des ravages de la crise : « La brutale montée du chômage [..] va se poursuivre dans les années qui viennent, dit le rapport [...] On entre aujourd’hui dans une phase de chômage durablement élevé. Cette hausse du chômage aura des conséquences considérables en termes sociaux. »

Première leçon, cruciale alors qu’il est partout question de sortie de crise : les difficultés sont encore devant nous. Selon l’OFCE, qui n’a certes pas la réputation d’être optimiste quand elle fait des prévisions économiques, la croissance dans les trois ans qui viennent (0,8% en 2010, 1,8% en 2011 et 2012) ne sera pas suffisante pour faire baisser le chômage. En clair : avec la brutale explosion du chômage en 2009, une marche a été franchie qu’il sera très difficile de redescendre. Le chômage va continuer d’augmenter. En 2012, année d’élection présidentielle, il pourrait culminer autour des 10% (contre 9,5% aujourd’hui). En décembre 2012, il pourrait être de 3 millions, ce qui évaudrait à 3,9 millions de chômeurs inscrits à Pôle emploi et tenus de faire des recherches actives. Surprise : le pic du nombre de chômeurs ne sera atteint qu’en juin 2011. Le mouvement de reflux, maintes fois prophétisé par les ministres et par le président de la République lui-même, ne tient donc pas à l’épreuve de ces estimations.

Dans ce contexte, « le nombre de chômeurs de très longue durée ne cessera d’augmenter ». De façon mécanique, explique l’OFCE : comme l’activité ne s’améliore pas, les chômeurs de la crise vont venir grossir les rangs déjà fournis des demandeurs d’emploi. Ainsi, en 4 ans (janvier 2008-décembre 2012), le nombre de demandeurs d’emploi recherchant un emploi depuis plus d’un an augmenterait de presque 600.000. Des personnes durablement éloignées du marché du travail, et confrontées au fort risque de ne rien retrouver...

Conséquence prévisible de cette profonde désorganisation du marché du travail, fruit de la récession historique de 2009, « la plus profonde depuis la Grande Dépression des années 1930 » : les rangs des pauvres vont devenir plus nombreux. À en croire l’OFCE, entre 239.000 et 523.000 personnes pourraient avoir basculées en dessous du seuil de pauvreté entre 2007 et 2010. Sur deux personnes qui ont perdu leur emploi entre 2007 et 2010, une ou deux risquent de basculer en-dessous du seuil de pauvreté dans la même période. Et les dépenses liées au RSA vont augmenter, dit encore l’étude. Qui précise : à ce diagnostic sombre, il n’y a pas de fatalité.

L’État et les partenaires sociaux, en prenant des mesures de correction par exemple pour aider les chômeurs en fin de droit ou rapprocher les chômeurs de l’emploi, peuvent infléchir cette tendance. Problème : dans les caisses, l’argent manque. Il faudra donc inventer des solutions efficaces et peu coûteuses pour tenter de réduire l’onde de choc. La mission s’avère d’ores et déjà difficile. Voire impossible.

mediapart.fr

 

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