5ème salon Projets en campagne

Source : La Terre. 10 juillet 2009 par Olivier Chartrain

Territoires cherchent porteurs de projets

Le 5ème salon Projets en campagne vient de se tenir à Limoges (Haute-Vienne). En dépit d’une fréquentation en baisse, il a permis que se rencontrent les Territoires ruraux et ceux qui veulent y apporter projets de vie et avenir. Reportage.

« Vous faites du théâtre en milieu rural ? Mais c’est géniâââl ! » Mi-amusé, mi-agacé, Jean-Yves Pineau mime les réactions de certains journalistes parisiens, venus « couvrir » l’événement pour le compte de quelques grandes rédactions parisiennes... Les clichés ont la vie dure, et il n’est pas toujours facile, indique le directeur du Collectif Ville-campagne, d’assumer le statut de seule (ou presque) manifestation d’envergure nationale à être véritablement décentralisée. Statut que Projets en campagne, anciennement dénommée « Foire à l’installation en milieu rural », assume crânement depuis dix ans.

Sans lésiner sur les symboles : tandis que des hôtesses donnent dans le genre traditionnel tendance « petit faune », avec brindilles, pampres et autres fruits dans les cheveux, ceux qui déambule dans les allées sont parfois surpris de tomber nez-à-nez avec une des installations plastiques de grande envergure que les organisateurs ont décidé de poser là, histoire de montrer que la ville n’a pas l’apanage de la modernité.

Rééquilibrer le rapport ville-campagne

Mais la modernité, elle s’affiche d’abord dans le choix des quatre thématiques que le salon a décidé de mettre en avant au sein d’un espace « Initiatives et emploi » : l’écoconstruction, l’économie et les emplois solidaires, le télétravail et les nouvelles technologies, et les métiers de la santé. Des thématiques que l’on retrouve aussi sur les stands des territoires. Ainsi, le Conseil général du Cher met-il l’accent sur l’accueil des médecins, à qui il alloue depuis 2007 une bourse de 600 euros par mois pour leur troisième cycle de médecine générale - une mesure qui vient couronner tout un dispositif destiné à faciliter l’installation de jeunes médecins, pour tenter de faire face à la désertification médicale qui frappe ce département très rural. Des jeunes médecins qui sont, à 70 % désormais, de jeunes femmes, souligne Nicole Garnier, en charge du dossier au Conseil général : « Elles sont prêtes à s’investir dans leur métier, mais refusent de le vivre comme un sacerdoce ». D’où l’intérêt des mises en réseau pour assurer la permanence des soins, des maisons de santé ouvrant sur la pluridisciplinarité... et aussi de services moins spécifiques mais tout aussi importants que sont les crèches, les écoles...

Juste à côté, Jean-Pierre Deloince représente le Pays de Vierzon. Cet adjoint au maire de Graçay est un habitué : la petite commune du Cher avait remporté, lors de la dernière édition de Projets en campagne, un trophée pour sa politique d’accueil. Cette reconnaissance n’est pas pour rien, assure-t-il, dans la présence inédite du Conseil général cette année. Quant au Pays de Vierzon, il vient vanter outre son accueil, la « ceinture verte » qu’il a mis en place autour de la deuxième ville du département. Un des buts de cette initiative est de permettre le maintien des activités agricoles en périphérie urbaine, notamment à travers le développement de circuits courts - AMAP, pôle agro-touristique... Une façon, aussi, de combattre l’effet d’aspiration des forces vives que produit souvent la ville sur les campagnes environnantes. Non loin de là, Sandrine Binard-Lafaye n’hésite pas à héler les passants depuis son stand de la communauté de communes de la Lomagne gersoise (CCLG), au nord du département. Responsable du service économique de la CCLG, elle avoue d’emblée être « là pour voir » : pour elle-même comme pour la collectivité qu’elle représente - dont elle vante en particulier la récente pépinière d’entreprises qui a vu se concrétiser trois projets - cette présence à Projets en campagne est une grande première. Alors que la première journée du salon touche à son terme, elle trouve le butin un peu maigre : deux « porteurs de projets » sont venus sur le stand. D’abord, quelqu’un qui veut « faire quelque chose avec des poules, sans que son projet soit bien identifié ». Elle a proposé de le mettre en relation avec un commerçant en primeurs qui cherche un associé pour développer et diversifier son activité. Puis un couple qui veut quitter la ville, changer d’activité, sans idée trop précise... « Les urbains idéalisent la campagne », note-t-elle. « Or, il faut être réaliste » pour réussir son implantation à la campagne. Sans négliger ses handicaps, mais sans faire une croix sur les possibilités offertes, par exemple, par les nouvelles technologies qui « permettent aujourd’hui de mener une vie urbaine à la campagne ».

Echanges d’expériences

Sur le stand du pays du Perche en Eure-et-Loir, le son de cloche n’est pas très différent. Ici non plus, on n’hésite pas à héler le porteur de projet - généralement distingué de l’exposant ou du simple quidam par son sac à dos. Et on s’avoue un peu déçu par la fréquentation : « Heureusement, on échange nos expériences entre territoires, ça compense », reconnaît Géraldine Pémartin, chargée de mission en développement économique. Sur le mur du stand, comme partout, des annonces proposant reprises de commerces ou d’exploitations agricoles, cherchant des professionnels de santé... Ici, on cible les Parisiens (la capitale est toute proche) et, visiblement, on se demande s’il est pertinent de venir les trouver à Limoges. La question, que les organisateurs eux-mêmes semblaient se poser face à une fréquentation en nette baisse (2000 visiteurs contre 3200 en 2007), restera ouverte jusqu’à la prochaine édition. Sans modifier cette réalité : territoires ruraux et habitants des villes se cherchent, ils ont besoin d’un lieu où se rencontrer.

Entretien

A l’issue de Projets en campagne, Jean-Yves Pineau, directeur du collectif Ville-campagne et co-organisateur du salon "Projets en campagne", fait pour La terre un tour d’horizon des enjeux du développement rural et des politiques d’accueil.

La Terre : Quelle appréciation portez-vous sur cette cinquième édition de Projets en campagne ?

Jean-Yves Pineau : Au-delà de la baisse de la fréquentation, qui est indubitable mais qui nous déçoit surtout par rapport au travail de préparation dans lequel nous nous sommes beaucoup investis, on note que les gens qui sont venus avaient des projets plus travaillés, des profils plus qualifiés... En outre, nous avons une fois de plus une augmentation du nombre d’exposants : 173 exposants et 124 territoires représentés. Ils étaient respectivement 128 et 98 lors de la dernière édition, en 2007 : cela dénote une montée en puissance de la thématique qui est la nôtre. D’ailleurs les territoires ne nous « lâchent » pas : ils savent que pour eux Projets en campagne s’inscrit dans un travail de fond.

Ressent-on, ici aussi, les effets de la crise économique ?

Je ne crois pas. Nous avons d’ailleurs un sondage qui montre que « l’effet crise » n’a aucun impact sur les motivations de ceux qui souhaitent s’installer dans les territoires ruraux dans les cinq ans. Vous pouvez interroger les élus, les techniciens : sans aller jusqu’à dire que certains considèrent la crise comme une bonne nouvelle, elle a conforté nombre d’entre eux dans la nécessité de repenser leur organisation et leur modèle de développement.

C’est-à-dire ?

Les politiques d’accueil ne sont pas des politiques conjoncturelles ; ce sont des politiques structurantes, qui posent en profondeur la question de l’organisation territoriale. Les territoires qui se sont mis à penser en termes de maintien des populations locales et d’accueil, d’insertion de nouvelles populations, se posent également la question de la durabilité de leur projet en regard des enjeux environnementaux et climatiques. Ailleurs, on en parle : eux se sont déjà mis en mouvement sur ces questions-là.

Ils ont pris de l’avance sur ce qu’on appelle parfois « l’économie verte » ?

C’est plus profond. Ces territoires se battent depuis des années, ils sont dans une posture offensive. Ce que l’on voit ici, à Projets en campagne, c’est la partie immergée d’un iceberg de travail quotidien. On est déjà dans la construction de réponses à ce type de crise. Les territoires ruraux, ce n’est pas depuis six mois qu’ils sont confrontés à des difficultés : il y a eu depuis trente ans des reconversions terribles ! La question du maintien des services, celle des transports, ne se posent pas depuis six mois seulement. Egalement, cela fait quelques années que nous connaissons des cas d’entreprises qui parfois ferment parce qu’elles ne parviennent pas à recruter. Or on est quand même dans un pays qui compte plus de 3,5 millions de chômeurs. Le fait de maintenir un cadre et une qualité de vie, le fait d’avoir travaillé des offres, c’est réellement porteur d’espoir, surtout rapporté au nombre de citadins qui disent vouloir vivre à la campagne.

Politique d’accueil serait synonyme de développement durable ?

Poser la question de l’accueil, c’est poser la question des activités économiques sous l’angle de leur durabilité, c’est poser la question du vivre ensemble, du social, de l’intégration, du rapport et de l’harmonie entre projet de vie et projet professionnel. Le moteur des nouvelles migrations entre ville et campagne, c’est d’abord le projet de vie : parmi les gens qui souhaitent venir vivre et travailler en milieu rural, huit sur dix se disent prêts à constater une baisse de leurs revenus. Par ailleurs la dimension environnementale est inévitable : un territoire qui souhaite accueillir de nouvelles populations doit aussi penser en termes de partage de l’espace et de ses usages. Ainsi beaucoup de territoires remettent en question leur politique d’urbanisme, le fleurissement de zones pavillonnaires parfois éloignées du centre bourg, sans lieux de vie et sans commerces, avec des populations qu’on ne connaît pas et qu’on ne voit jamais, qui vont faire leurs courses en ville... Tout cela incite les territoires à réfléchir autrement leur urbanisme, pour aller vers la redensification des centres bourgs, l’accompagnement sur des actions de développement durable... Il faut que les territoires arrêtent de se penser avec des frontières, comme des ilots, et prennent en compte les flux, les relations ville-campagne.

Les territoires présents ici sont-ils représentatifs du monde rural ?

Les territoires vraiment en déshérence ont perdu confiance, ils se sont fermés ; ils ne viennent pas ici. Remettre ces territoires en mouvement, c’est un vrai souci en matière d’aménagement du territoire, d’unité républicaine. Dans le grand Est par exemple, ils sont encore un peu « estourbis » par ce qu’ils ont subi, y compris dernièrement avec les restructurations militaires ; il est presque logique de ne pas encore les voir ici. C’est la responsabilité de l’Europe, des régions déjà organisées, de leur indiquer ce que peuvent leur apporter les politiques d’accueil. Car faire venir quelques actifs, quelques médecins, quelques commerçants pour remplacer ceux qui partent en retraite, ce n’est pas une politique d’accueil. Que ça existe et qu’on en ait besoin, oui ; mais ce n’est pas une politique d’accueil. Je le redis : une politique d’accueil doit agir en profondeur sur l’organisation du territoire. Cela signifie d’abord faire rester les populations, leur permettre de s’épanouir là ; et ensuite, on pourra faire venir et fixer de nouvelles populations. Ce n’est pas du marketing : l’attractivité résidentielle et économique, cela se travaille. Il y a certes une montée en puissance de ces politiques, mais elles sont encore largement expérimentales. Il ne faut pas se le cacher : tout cela est encore très fragile.

Mais ce qui se construit là n’est-il pas détruit au fur et à mesure par les politiques nationales et supranationales ?

Bien sûr. Mais attention : il faut être lucide, pas cynique. A partir du moment où on peut résoudre un certain nombre de problèmes, faire des choses concrètes pour qu’on vive mieux ensemble, c’est l’essentiel, et personne ne peut l’enlever. Mais il faut être lucide, voir qu’on assiste à une sorte de contretemps où deux faits n’arrivent pas à se rencontrer. Non, la campagne n’est pas vouée à devenir une énorme réserve de biodiversité, avec des métropoles devenues seuls lieux de vie et de production. Pourtant on observe, en dépit des discours sur la cohésion sociale et territoriale, une politique de services qui est plutôt en rétractation, à un moment où les gens ont envie de s’installer en milieu rural. Comme si on avait des politiques encore basées sur des représentations d’exode rural, alors qu’on assiste à une reconquête démographique du territoire. Ces services font pourtant partie intégrante du pacte républicain, et ils sont en outre un investissement. Mais si on laisse l’aménagement du territoire aux régions, ont-elles les moyens de le financer ? Que devient la solidarité entre territoires ? On va à contresens d’une harmonie démographique et économique qui est peut-être une des réponses à apporter aux défis climatiques.

Commentaires

  • sylvie
    • 1. sylvie Le 13/07/2009
    Merci beaucoup Laurent !
    A plus....
    Sylvie
  • Bluboux
    Salut Sylvie,
    J'avais oublié de rendre le lien actif sur la source. C'est chose faite, merci pour ton post.
    Tu peux joindre les organisateurs sur leur site : http://www.projetsencampagne.com/?q=node/35
    A bientôt,
    Laurent
  • sylvie leveille
    Bonjour,

    J'aimerais pouvoir obtenir les coordonnées des organisateurs de ce salon.

    Je ne connaissais pas cet événement. Suis convaincue qu'il est très porteur.... Sans doute un problème de communication si baisse fréquentation.... cela ne doit pas correspondre à une baisse d'intérêt... PROJETS EN CAMPAGNE va dans le sens de l'histoire - me semble-t-il !....

    Bien à vous
    Sylvie

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