Abeilles en danger, ça file le bourdon !

Le Lot en Action mag n°10. 11 février 2010 par Bluboux

Un dossier de quatre pages pour faire le point sur la disparition des abeilles. Ci-dessous l'article d'introduction et en bas de page les liens vers les autres articles de ce dossier.

Il y a 55 ans, le physicien Albert Einstein soulignait l’importance majeure des abeilles dans le cycle de la vie et déclarait : « sans abeille, l'humanité ne tiendrait pas plus de 4 ans ». 80 % des espèces végétales ont besoin des abeilles pour être fécondées. Sans elles, ni pollinisation, et pratiquement ni fruits, ni légumes. Trois quart des cultures qui nourrissent l'humanité en dépendent. Arrivée sur Terre 60 millions d'années avant l'homme, Apis mellifera (l'abeille à miel) est aussi indispensable à son économie qu'à sa survie.  Depuis déjà plusieurs années les apiculteurs du monde entier tirent la sonnette d’alarme : les abeilles sont victimes d’une « épidémie » d’une violence et d’une ampleur faramineuse, qui se propage de ruche en ruche sur la planète. Faut-il incriminer les pesticides ? Un nouveau microbe ? Les OGM (maïs Bt) ? Des parasites ? Les frelons asiatiques ? La multiplication des émissions électromagnétiques perturbant les particules de magnétite présentes dans l'abdomen des abeilles ? C’est malheureusement une combinaison de tous ces facteurs qui jouent un rôle dans la disparition soudaine de nos butineuses ailées. Les éléments des différentes enquêtes et recherches, parfois contradictoires, semblent agir de concert. Une des hypothèses probables tend à montrer que les produits chimiques  et l’élevage intensif affaibliraient les défenses immunitaires des abeilles, ce qui les rendrait plus vulnérables aux parasites et aux maladies. C’est donc une corrélation de ces différents facteurs qui serait responsable de la chute brutale des cheptels d’abeilles, raison pour laquelle on parle pour l’instant de maladie environnementale.
Nous consacrons le dossier central de ce numéro du Lot en Action mag à ce problème majeur qui constitue une menace pour la survie de notre espèce, tout aussi important que le changement climatique, mais ne fait l’objet d’aucun sommet international.
Pesticides


Un pesticide est une substance introduite dans une culture pour lutter contre des organismes nuisibles. C'est un terme générique qui rassemble les insecticides, les fongicides, les herbicides, les parasiticides. Ils s'attaquent respectivement aux insectes ravageurs, aux champignons, aux «mauvaises herbes » et aux vers parasites. Les noms de certains de ces produits ne nous sont pas inconnus : Régent, Gaucho, Cruiser, Round-up sonnent à nos oreilles comme des labels estampillés « empoisonneurs ». Avec le développement forcené de l’agriculture intensive, l’utilisation de ces produits s’est imposée.  Les tonnages utilisés dans le monde ont régulièrement augmenté depuis 60 ans, faisant la fortune de sociétés comme Monsanto ou Bayer. Ils semblent diminuer dans certains pays en Europe, mais il faut aussi tenir compte du fait qu'à dose ou poids égal, les matières actives d'aujourd'hui, sont beaucoup plus efficaces que celles des décennies précédentes ; la France reste, en 2006, le deuxième consommateur mondial de pesticides, et troisième en 2007. Presque autant que les États-Unis mais avec une surface agricole 10 fois plus petite. La France et la Hollande sont les pays qui consomment la plus grosse quantité de pesticides à l'hectare. En 2007 la France a été menacée par la commission européenne d'être condamnée, à défaut de prendre les mesures nécessaires, à une amende de 28 millions d’euros pour non respect des règles européennes en matière de pesticide. L’exemple du Cruiser est symptomatique de la politique française, sous influence directe des lobbys divers et variés : ce produit intoxique les abeilles et cause une grande mortalité. Il a été interdit d’utilisation en Italie… pas en France ! Il en a été de même avec le pesticide de marque Régent, commercialisé par la firme Bayer : La France avait bien interdit l’utilisation du Régent (enrobage des semences) mais a autorisée l’écoulement des stocks pendant de longs mois. Pourtant ce pesticide était également reconnu comme tueur d’abeille et interdit partout.


Une nouvelle menace s’annonce, particulièrement pour notre région : la Chambre d’Agriculture du Lot a lancé une alerte concernant un nouveau parasite, la mouche du brou de la noix Rhagoletis completa, originaire des Etats-Unis. Cette mouche cause des dégâts très important et menace sérieusement la production de noix. Seule solution préconisée : le traitement des noyers, avec des produits chimiques extrêmement toxiques pour les abeilles. Dès cette année, les apiculteurs vont devoir éloigner les ruches des noyers, sous  peine d’enregistrer des pertes insupportables.
Les pesticides sont responsables en grande partie de la disparition des abeilles, mais force est d e constater que Bayer et Monsanto ont plus de poids auprès des  autorités de ce pays que l’intérêt général.

Parasites

Le varroa (Varroa destructor) est un acarien parasite de l'abeille adulte ainsi que des larves et des nymphes. Il est originaire de l'Asie du Sud-Est, où il vit aux dépens d'une espèce d'abeilles qui résiste à ses attaques, contrairement à l'abeille domestique européenne Apis mellifera. Ce parasite provoque des pertes économiques importantes en apiculture et il est une des causes de la diminution du nombre d'abeilles. Le varroa ressemble à un petit crabe aplati, de couleur rouge, mesurant de 1 à 1,8 mm de long sur 1,5 à 2 mm de large. Les pattes sont courtes, le corps est recouvert de nombreuses soies. La femelle varroa pond ses œufs dans une cellule occupée par une larve d'abeille. Les œufs qui ont été fertilisés par le mâle varroa deviendront des femelles tandis que les œufs non fertilisés produiront des mâles. Les larves se nourrissent de la nourriture apportée à la larve d'abeille. Les femelles atteignent l'âge adulte en 7 à 9 jours. Elles pourront ensuite attaquer l'abeille et se nourrir de son hémolymphe. Les mâles atteignent l'âge adulte en 5 à 7 jours, mais ceux-ci ne peuvent se nourrir de l'hémolymphe de l'abeille et dépendent donc totalement de la nourriture de l'abeille. Avant que l'abeille ne sorte de la cellule, les mâles varroa doivent féconder les femelles. Les mâles meurent ensuite par manque de nourriture. Par contre, les femelles survivent et se déplacent dans la ruche en s'accrochant aux abeilles et aux faux-bourdons. Le varroa peut ensuite être facilement transporté par les abeilles d'une colonie à l'autre. On ne connaît pas, à l'heure actuelle, de molécule permettant de s'en dépêtrer ; mais on utilise avec plus ou moins de succès des moyens mécaniques, ou des essences de plantes (huile essentielle de lavande, par exemple). Le traitement avec de l'Apiguard, utilisant des huiles essentielles de thym, est relativement efficace, mais ne parvient pas non plus à éradiquer le varroa. Des colonies entières ont été décimées par ce parasite.

Les Virus

On ne connaît pas le nombre exact de virus chez l'abeille mais 20 ont été découverts. Certains mutent même en fonction de la zone géographique ou ils se trouvent, et la mortalité qu’ils causent chez les abeilles et souvent liée à la présence simultanée du parasite varroa.
Le plus connu est celui du couvain sacciforme, appelé Sacbrood Bee Virus (SBV). Il se caractérise en infectant les larves d'abeilles qui sont ensuite enlevées par les abeilles provocant ainsi ce couvain « à trous ». On retrouve ce virus également chez l'abeille adulte principalement en présence de varroas.
Virus très connu également, le virus de la paralysie aiguë (ABPV) et présent chez l'abeille adulte de façon inapparente mais semble provoquer des mortalités importantes également en présence de varroas.
Le Virus du Cachemire (KBV) est particulièrement virulent en présence de varroas provoquant même des épidémies importantes. Ce virus ressemble très fort au virus de la paralysie aiguë.
Le virus dont ont parle le plus en ce moment est le virus des ailes déformées (DWV) qui est fortement liée à la présence de Varroa. Les symptômes typiques des abeilles naissantes avec des ailes déformées apparaissent lorsque les larves ont été touchées par le Varroa.

Les OGM

On soupçonne depuis longtemps un impact des pesticides sur les abeilles. Les États-Unis semblent particulièrement touchés depuis les années 2000 par des effondrements de colonies d'abeilles domestiques (phénomène de la maladie de la disparition ou « Colony Collapse Disorder »). Une étude de l’Université de Jena a porté (de 2001 à 2004) sur l’effet des pollens GM exprimant la toxine Bt sur les abeilles. Comme annoncé par les fabricants, sur les individus sains, aucun effet toxique du pollen n’a été démontré, mais les abeilles affectés par un parasite s'y sont montrées beaucoup plus sensibles, la mortalité étant alors beaucoup plus élevée chez les abeilles expérimentales nourries au pollen GM (durant 6 semaines). Les chercheurs supposent que le pollen GM pourrait affecter l'immunité de l'abeille, le Pr Hans-Hinrich Kaatz, de l'Université de Halle (Allemagne) estime que la toxine Bt produite par le pollen de plantes OGM consommée par l'abeille pourrait altérer les parois de l'intestin (affectant surtout les jeunes larves) et ainsi favoriser le passage de certains parasites dans son organisme, mais par manque de budget, l’étude a dû être interrompue en 2004. En 1996, des essais en confinement de coton Bt entrepris par l'entreprise Monsanto ont provoqué la mort de 40% des abeilles présentes.  Aucune mesure n'a été prise en conséquence.

Les ondes électromagnétiques

Un groupe pionnier dans l'étude des effets des champs électromagnétiques sur les insectes, les abeilles en particulier, est celui du Professeur Hermann Stever à l'institut d'Informatique de l'Université de Koblenz-Landau en Allemagne. Avec ses collaborateurs de l'institut des Sciences environnementales et de l'institut des sciences et des sciences de l'éducation de cette même Université, les chercheurs ont effectué des expériences pertinentes montrant l'effet non-thermique des champs électromagnétiques sur l'abeille domestique Apis mellifera carnica et conclue : Les antennes relais de téléphones mobiles sont une menace pour les abeilles (rendez-vous sur le site pour consulter le rapport de cette étude, dans le dossier « Abeilles en danger »).

Les frelons asiatiques

Le frelon asiatique, Vespa Velutina, a été observé pour la première fois en France en 2004 dans le Lot-et-Garonne. La première détermination de l'espèce fût réalisée suite à un prélèvement effectué en novembre 2005 sur la commune de Nérac (Lot-et-Garonne). En mai 2006, 3 autres individus sont prélevés à Villeton (Lot-et-Garonne). Cette même année, l'Aquitaine est vraisemblablement colonisée (s'ils sont à Razac près de Périgueux et à Sarlat, ils sont aussi ailleurs). Très discrets, rarement vu, ils sont là. Le Maire de Razac en Périgord ne trouvera aucune aide pour faire enlever « son nid » découvert en juin 2006 à 25 m sur un chêne. Ce sera en décembre de la même année qu'Alex Du Rousset fera tomber (au lance pierre) quelques morceaux d'un nid étrange et inconnu perché en haut d'un chêne près du château du Roucal à Sarlat. Ce n'est qu'en octobre de l'année 2007 qu'il comprendra que c'était un nid de frelons asiatiques avec les média et le sujet grandissant sur le net.  La première publication scientifique et la première mise en garde face à cette espèce est réalisée la même année. En septembre 2009, un nid est découvert en Ile-de-France au Blanc-Mesnil. Il été introduit dans le Sud-Ouest de la France, en Aquitaine et en Midi-Pyrénées, probablement dans des conteneurs de marchandises. Il s'agit de la sous-espèce nigrithorax. Appelé le frelon asiatique, il est peu agressif  envers l'homme (à condition de ne pas s’approcher à moins de 5m du nid), mais les apiculteurs s'en inquiètent car il se nourrit d’abeilles. Les scientifiques du Muséum National d'Histoire Naturelle ont proposé à des naturalistes volontaires et à des apiculteurs référents, de signaler l'évolution et les déplacements de cette population via une fiche de signalement, en lien avec le réseau Daisie qui en Europe suit les espèces d'invertébrés devenus invasifs.
Avec la politique de suppression des services publics et d’économie à tout prix, dorénavant, lorsque vous faites appel aux pompiers pour éliminer un nid de guêpes ou de frelons, vous devez payer la facture ! Résultat de cette brillante initiative, plus personne ne veut signaler un nid, à moins qu’il soit directement menacé. Les frelons envahisseurs peuvent donc se disséminer tranquillement sur tout le territoire, ce qu’ils font d’ailleurs à une vitesse époustouflante.  Des apiculteurs du canton de Souillac ont décidé de lancer une campagne de piégeage des frelons asiatiques  (voir encadré) en faisant appel aux citoyens. Un petit geste, simple à réaliser, qui peut permettre de limiter la propagation de cet envahisseur.

  • Les abeilles, plus qu'une grande famille. Lire l'article
  • Les apiculteurs dans le Lot. Lire l'article
  • Les abeilles écrivent aux parlementaires et aux ministres. Lire l'article
  • Maladie "de la disparition" : est ce que les abeilles meurent de surmenage ? Lire l'article
  • Frelon asiatique : campagne de piégeage dans le Lot. Lire l'article
  • Dossier sur les abeilles en danger, réalisé en 2009. Dossier

 

Ajouter un commentaire

Code incorrect ! Essayez à nouveau