Affrontements entre police, vigiles et étudiants à Lyon 2. Source : Rue89

Lyon Capitale

Après douze semaines de mouvement contre les réformes Pécresse et Darcos, les étudiants, enseignants et personnels de Lyon 2 étaient appelés, ce lundi, à voter pour ou contre le blocage de leur université, qui dure depuis le 4 mars.

Une consultation contestée par les étudiants pro-blocage, pour qui seule une assemblée générale peut décider de la levée ou non de ce blocage. A la suite d'une tentative de sabotage du vote, cinq étudiants, dont deux syndicalistes, ont été arrêtés. Selon plusieurs témoignages, les interpellations auraient été particulièrement violentes. (Voir la vidéo)


 

De la javel dans les urnes

Vers 15h00, site des Berges du Rhône, quelques étudiants opposés à la consultation de la présidence pénètrent dans le bureau de vote, dans l'intention de le « bordéliser » en vidant de la javel dans les urnes. Rapidement repérés, ils se font appuyer par un groupe plus important qui tente d'entrer dans le bureau. Les vigiles s'interposent. Cris, bousculades, pétards, la confusion est totale. Stéphane Nivet, le responsable de la communication de Lyon 2, raconte :

« J'ai repéré des bloqueurs. Une foule a alors essayé de forcer le passage en cognant au besoin sur les vigiles qui ont répliqué avec les lacrymo. On a essayé de bloquer la porte mais ils se sont emparés des barrières et les ont retournées contre nous. Le tout en nous aspergeant avec un extincteur et en nous jetant des pétards et des fumigènes.

« On en voyait aussi sur les marches. On s'est dit que ça allait être la même chose. On a pris les isoloirs, les tables et les chaises pour les empêcher de rentrer. C'était violent. Il y a des personnes traumatisées. »

Ceux qui ont participé à l'action donnent une autre version des faits. Les vigiles auraient répondu à la tentative de passage en force des étudiants en aspergeant de gaz lacrymogène le visage de certains d'entre eux. Un des étudiants qui voulaient verser de la javel témoigne :

« Ils se croyaient dans une guerre civile avec leur barricade. Nous, nous étions à l'intérieur, coupés de nos soutiens. Un vigile a alors aspergé de lacrymo le visage d'un copain qui se trouvait à terre. Il n'y a eu ni fumigène, ni pétards à l'intérieur. Finalement, ils ont fini par nous laisser sortir quand une secrétaire asthmatique s'est plaint de ne pouvoir respirer. »

La police à l'extérieur

Durant la demi-heure de confusion, la présidence de Lyon 2 appelle la police :

« On ne savait pas qui étaient les meneurs, reprend Stéphane Nivet. Les interpellations étaient impossibles. Le président a donc demandé à la police de ne pas entrer à l'intérieur de l'université. »

Malgré tout, postée à l'extérieur, la police attend que les étudiants sortent afin d'effectuer des interpellations. C'est en tout cas ce que comprennent les étudiants. La suite leur donnera raison. Après s'être réunis dans un amphi, environ 200 étudiants et quelques enseignants décident de sortir groupés pour éviter des arrestations.

Dans la rue Chevreul, à quelques pas de l'université, ils sont rapidement pris en tenaille par les forces de l'ordre qui procèdent à cinq interpellations. Selon plusieurs témoins, dans des conditions particulièrement violentes. Un pistolet à impulsion électrique, un Taser, aurait notamment été utilisé.

Ces arrestations sont clairement politiques

« Il y avait des CRS devant nous, d'autres derrière avec des chiens, explique une étudiante. La BAC était sur le côté. Ils ont fait des percées à grands coups de matraque pour interpeller ceux qu'ils voulaient. Ils les attrapaient, les mettaient à terre puis les traînaient. J'ai même vu une fille se prendre un coup de taser dans le ventre ».

Camille Hamidi, maître de conférence en science politique, participait avec d'autres collègues du même département à une réunion d'information avec des étudiants sur les modalités d'évaluation du semestre. Elle a rapidement été mise au courant de la tournure des événements :

« On s'est dit qu'il fallait sortir tous ensemble car la police allait certainement arrêter les militants les plus en vue. C'est ce qui s'est passé. »

Parmi les personnes arrêtées figurent deux militants du syndicat FSE (majoritaire à Lyon 2), très actifs depuis le début du mouvement. L'enseignante poursuit :

« Ces arrestations sont clairement politiques puisque ces deux étudiants étaient présents à la réunion d'information. Ils n'ont donc pas pu participer à l'action ! En tant que membre de la liste “Pour une Autre Université”, j'étais favorable au boycott du vote de la présidence en estimant qu'il y avait d'autres questions à poser que celle portant sur le blocage et que cette consultation ne faisait que casser le mouvement et attiser les tensions. Les problèmes étaient courus d'avance. »

Dans un communiqué, plusieurs organisations dont l'Unef, la FSE, SUD et le PCF condamnent « les violences auxquels se sont livrés le vigiles, en perdant leur sang froid, et les violences policières ainsi que les arrestations préméditées ».

La présidence de Lyon 2 a décidé la fermeture administrative du site des Berges du Rhône en tenant compte de « graves violences ». A l'heure où nous écrivons ces lignes, les résultats du vote ne sont toujours pas connus.

Laurent Burlet

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