Alerte sur la ferme France

Le web de la terre. 2 septembre 2009 par Yannick Groult

Crédit photo : L'Alsace.fr

Lait, porc, fruits et légumes... Alors que les crises agricoles se succèdent, la rentrée syndicale sera chahutée. La bataille autour de la PAC d’après 2013 s’annonce cruciale, mais les agriculteurs peuvent compter sur l’appui de l’opinion publique.

« Adieu veau, vaches, cochon, couvée. » Désormais, il faut y ajouter « salade, melon, fraises, mouton, vignes... » Depuis le début de l’année, l’ensemble des productions agricoles essuie crise sur crise. En 2008, le revenu agricole moyen avait déjà baissé de 20 %. Mais « 2009 est pire », estime l’eurodéputé Patrick Le Hyaric (lire ci-contre), pour qui « l’agriculture française est menacée dans sa chair ». Toutes productions confondues, les prix agricoles ont chuté de plus de 13 % entre juin 2008 et juin 2009, d’après l’Insee (1). Premiers touchés : le lait (-21,6 %), les fruits et légumes (-17,6 %), mais aussi le blé et les oléagineux (-30 %). Autant de chiffres synonymes de projets enterrés, de faillites d’exploitations et, au final, de drames humains.

TOUS LES PRODUCTEURS SONT SOMMÉS DE BAISSER LEURS PRIX

Malgré les différences entre productions, les agriculteurs français sont tous soumis à la même injonction : produire encore et toujours moins cher. Le libéralisme mondialisé leur impose la concurrence du moins-disant environnemental et social : vins du Nouveau Monde, viande d’Amérique du Sud, tomates et fraises marocaines et andalouses... La colère gronde dans les campagnes et la rentrée syndicale sera chaude. Car la réponse de la Commission et du gouvernement français est toujours la même : dérégulation et harmonisation par le bas. Par exemple, les représentants des maraîchers ont rendez-vous le 22 septembre avec le ministre de l’Agriculture, Bruno Le Maire, pour évoquer la compétitivité de leur secteur. Le gouvernement semble prêt à consentir une baisse du coût du travail, pointé comme responsable des difficultés de la filière. Une rustine qui n’empêchera pas la prochaine crise.

LES CITOYENS SENSIBLES AUX DIFFICULTÉS DES PAYSANS

Dans ce contexte, les agriculteurs jouent gros dans les discussions qui débutent autour de la Politique agricole commune (PAC) de l’après 2013. Dans cette bataille décisive, le soutien de l’opinion publique sera nécessaire. Les citoyens sont sensibles aux difficultés des agriculteurs : selon un sondage Ifop publié en juin, 85 % des Français trouvaient « justifiées » les manifestations des éleveurs laitiers qui se battaient pour un prix rémunérateur. La solidarité serait donc plus forte que la prétendue mauvaise image des agriculteurs... « Les consommateurs détiennent les clés pour résoudre la crise actuelle », avance même la FNSEA en les appelant à acheter des fruits et légumes locaux. Un peu court tout de même. Car préserver une politique agricole - et par là une agriculture - en Europe ne pourra pas se faire sans une remise en cause profonde, portée par des politiques et des professionnels progressistes. Souveraineté alimentaire, prix rémunérateurs pour les paysans, respect des travailleurs et de l’environnement, aménagement des zones rurales... Voilà un aperçu de la PAC moderne dont ont besoin les paysans et les citoyens européens. Yannick Groult

Les prix baissent pour toutes les productions

FRUITS ET LÉGUMES

Pyrénées-Orientales, Vaucluse, Rhône-Alpes, Alsace... Du 19 au 21 août, les producteurs de fruits et légumes ont multiplié les actions, bloquant des camions de fruits espagnols et partant à la rencontre des consommateurs. Tous les syndicats agricoles dénoncent l’insuffisance du mini-plan de soutien - 15 millions d’euros - annoncé par Bruno Le Maire le 6 août. La situation des producteurs est dramatique : de nombreux produits connaissent des baisses de prix de l’ordre pouvant atteindre 30 %, et ce depuis le printemps. A tel point que William Villeneuve (président de Jeunes agriculteurs) prévient : « Un jour, peut-être, les jeunes ne produiront plus de fruits et légumes en France... »

OVINS

« En 1982 il fallait 25 agneaux pour acheter une Supercinq, se rappelle Jean Mouzat, le président du Modef. Aujourd’hui, il en faut 180 pour se payer une Clio ! » La baisse du prix de la viande ovine se poursuit, « intensifiée ces dernières semaines » par la concurrence européenne et néo-zélandaise, indique la Fédération nationale ovine (FNO). D’après le syndicat majoritaire, les cours ont perdu jusqu’à 17 % dans certaines régions. Pour mémoire, en 2008, les éleveurs ovins ont gagné deux fois moins que la moyenne des agriculteurs français. Et le rééquilibrage des aides européennes en leur faveur, annoncé en février, ne s’appliquera qu’en 2010.

LAIT

La semaine dernière, les militants de la Confédération paysanne de la Loire et du Rhône ont repris le chemin de la lutte. Après avoir bloqué une usine de Lactalis, puis une coopérative, ils ont défilé à Saint-Etienne, réclamant une « politique qui permette aux paysans de vivre de leur métier ». L’exact opposé des orientations du gouvernement et de le FNSEA, qui se sont entendus en juin sur un prix de base de 28 centimes d’euros par litre de lait. Les coûts de production, eux, sont plus proches de 35 centimes. Les industriels boivent du petit lait, les paysans trinquent...

VIANDE BOVINE

« Dans le Limousin, on vend la viande 40 % de moins qu’il y a vingt ans », s’insurge Jean Mouzat, président du Modef et éleveur à Chanteix (Corrèze). Pris en ciseaux entre la hausse des charges et la baisse des cours, les éleveurs du bassin allaitant du Massif central sont inquiets. Et ce d’autant plus que les droits de douane européens, notamment sur la viande, sont la cible numéro un des négociateurs à l’OMC.

PORC

Mi-aôut,le kilo de porc partait à 1,25 euro au Marché du porc breton de Plérin (MBP). A ce niveau, « un éleveur moyen perd 10 euros par porc, soir 50 000 euros par an », explique le directeur du MPB. Pression des abattoirs, baisse des exportations, concurrence des Etats-Unis, du Brésil et du Canada... Les représentants agricoles en sont réduits à demander un prix plancher de 1,3 euro, tout en sachant que la majorité des producteurs ne s’en sortiront pas en dessous d’1,5 euro.

VITICULTURE

Petite récolte ne rime pas avec bons prix. Les vignerons en ont fait l’expérience en 2008 : malgré la plus petite production de la décennie, les prix payés aux producteurs n’ont pas décollé. Cette année, les vendanges (48,1 millions d’hectolitres) devraient être 12 % plus abondantes qu’en 2008, d’après le ministère de l’Agriculture. Si les prix ne plongent pas, n’en profiteront que ceux qui ont pu éviter d’arracher une partie de leurs vignes...

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