Appel à la désobéissance civile

Contribution de J.F.

Quand un État promulgue des lois qui vont à l'encontre du sens humain, il se prive du droit de les faire appliquer. Nul n'est tenu d'obéir à un ordre qui porte atteinte à la dignité de l'homme. À l'infamie de la délation et de la chasse aux sans-papiers, il n'est qu'une seule réponse : la désobéissance civile, au nom de la solidarité humaine. Si nous n'y prenons garde, bientôt ce seront les grévistes et les travailleurs occupant leurs entreprises qui serviront de boucs émissaires aux gouvernements en crise.

Nous sommes entrés dans une ère où l'affairisme qui a programmé sa propre faillite prétend programmer aussi celle de notre existence. Comme le disait le manifeste d'Édouard Glissant, de Patrick Chamoiseau et de leurs amis, le problème n'est pas le panier de la ménagère mais la poésie de la vie, dont le système économique continue de nous dépouiller. Le mépris et le cynisme des multinationales vont de conserve avec la veulerie du clientélisme politique qui renfloue l'escroquerie des banksters avec l'argent des citoyens. Qui nous fera croire que les taxes et des impôts, hier prélevés au nom du bien public, vont servir aux hôpitaux, désormais traités comme des " entreprises en difficulté ", aux transports en commun, à la poste, aux écoles, aux chercheurs, à la métallurgie, aux énergies alternatives, aux entreprises socialement utiles ?

Alors que les travailleurs sont licenciés massivement et que l'argent public dédommage les gestionnaires de faillite, comment supposer que les citoyens vont tolérer sans réagir que ceux qui représentent moins le peuple qu'un pouvoir politique et économique crapuleux se foutent d'eux à ce point ? Or ce qu'il faut craindre, c'est la violence aveugle du désespoir, celle que suscitent partout les provocations imbéciles d'un État qui mise sur elles pour restaurer une autorité qu'il n'a plus. C'est ici que la solidarité avec les sans-papiers revêt une importance primordiale : elle démontre que les lois répressives d'un État, au service du capitalisme qui dévaste la terre, sont nulles et non avenues quand ce qui est en jeu c'est le droit, non à une survie de bêtes traquées, mais à la vie. À une vie que la cupidité capitaliste détruit dans l'individu et dans la société. La solidarité avec les sans-papiers exprime la volonté d'une solidarité plus vaste, d'un mouvement réunissant dans un même combat ceux qui, lassés du clientélisme politique de gauche et de droite, prennent conscience qu'il est temps d'opposer à une démocratie parlementaire corrompue l'expérience de la démocratie directe.

C'est aujourd'hui qu'émerge, lentement mais sûrement, l'idée que l'humain l'emporte sur la barbarie et sur l'injustice. Si nous ne sortons pas de la réalité économique en créant une réalité humaine, nous permettrons une fois de plus à la barbarie marchande de se perpétuer. Il n'y a pas d'autre issue à la crise que la généralisation pratique du principe : l'humain prime l’économie ; la défense de l'homme, de la femme, de l'enfant et de la nature révoque les lois du commerce.

Raoul Vaneigem, Écrivain, phiIosophe

Appel publié dans Siné hebdo n°35, du 6 mai 2009



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Ce texte de Raoul Vaneigem a été initialement publié en complément du“ Manifeste des 144”que l’hebdomadaire Siné hebdo a lancé le même jour.

144 personnalités dans tous les domaines signent un texte, où ils affirment avoir aidé des sans papiers ou être prêts à le faire et demandent l’abrogation de l’article L622-1.

Dans la lancée de cet appel, Siné Hebdo
organisera les Etats Généraux de la Solidarité

ABROGEONS LA LOI
QUI CRIMINALISE L’ENTRAIDE

L’article L 622-1 du CESEDA (Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile) permet de poursuivre « toute personne qui aura, par aide directe ou indirecte, facilité ou tenté de faciliter l’entrée, la circulation ou le séjour irréguliers d’un étranger en France ». Ce texte offre la possibilité au procureur de requérir une peine de cinq ans de prison et 30 000 euros d’amende à l’endroit des contrevenants. Pour le législateur, le passeur appointé et le simple citoyen sensible au sort de rescapés qui fuient la pauvreté ou la violence de leurs pays sont donc condamnables au même titre. En vertu de ce principe, gardes à vue et perquisitions se multiplient chez des particuliers et des associations « aidants ». C’est bien l’entraide humaine qui est pénalisée. Or ce qui est légal peut être immoral, l’histoire de France l’a déjà prouvé. Cette loi contredit l’idée de justice en criminalisant la fraternité revendiquée par la République, et punit la solidarité.

Nous, signataires de ce texte, affirmons avoir aidé des sans-papiers ou être prêts à le faire. Considérant que ceux qui défendent cette loi justifient son maintien en expliquant qu’elle n’est jamais appliquée, nous demandons purement et simplement son abrogation.


La liste des premiers signataires est ici : http://www.sinehebdo.eu/


 

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