Areva poursuit sa pollution radioactive au Niger

Basta mag. 11 mai 2010 par Sophie Chapelle

L’uranium importé du Niger alimente les réacteurs nucléaires hexagonaux. Les impacts de son extraction sur la santé des populations locales et l’environnement restaient encore peu connus. La publication, le 4 mai 2010, d’une étude de Greenpeace commence à combler cette lacune. Ses résultats laissent perplexes sur la stratégie d’Areva, géant français du nucléaire, en matière de « développement durable ».

En collaboration avec la Criirad, un laboratoire français indépendant spécialisé dans les mesures de radioactivité, et le réseau nigérien d’organisations non gouvernementales ROTAB, Greenpeace a accédé à proximité des villes minières où opère Areva. Sur place, l’ONG a prélevé des échantillons de sol, d’eau et d’air que la Criirad a ensuite analysés en France pour en mesurer la radioactivité. Résultat : la radioactivité dans ces zones habitées et les déchets produits par l’extraction minière sont « alarmants ».

Eau polluée à la radioactivité

Sur quatre des cinq échantillons d’eau analysés, et provenant de la région d’Arlit, la concentration en uranium est supérieure à la limite recommandée par l’Organisation mondiale de la santé pour l’eau potable. Pour Greenpeace, « les données historiques indiquent une augmentation progressive de la concentration en uranium au cours des 20 dernières années, ce qui peut être révélateur de l’impact des opérations minières  ». Greenpeace a également trouvé plusieurs morceaux de ferraille radioactive sur le marché local d’Arlit, présentant des taux de radiation supérieurs à 50 fois les niveaux habituels. Or, les populations locales se servent de ces matériaux pour construire leurs habitations. Toujours selon le rapport, dans les rues d’Akokan, l’intensité des radiations est environ 500 fois supérieure aux niveaux normaux. « Une personne passant moins d’une heure par jour dans cet endroit serait donc exposée à une radiation supérieure au taux maximal annuel autorisé  ». Charmante attention à l’égard des populations locales !

Après qu’une partie des premiers résultats de l’étude aient été publiés fin novembre 2009, Areva a entamé le nettoyage d’endroits radioactifs dans un des villages miniers cités dans le rapport. Mais cela est loin d’être suffisant pour Greenpeace qui exige la mise en place de « contrôles permettant de garantir que les activités d’Areva respectent les normes internationales en matière de sécurité et l’environnement, et tiennent compte du bien-être des employés et des populations vivant à proximité des sites miniers ». L’ONG demande également « qu’une étude indépendante soit réalisée autour des mines et des villes d’Arlit et d’Akokan, suivie d’un nettoyage et d’une décontamination complète ».

Classée 480e parmi les 500 plus importantes multinationales mondiales, Areva puise abondamment depuis 40 ans dans les ressources minières du Niger pour alimenter les centrales nucléaires françaises. Aujourd’hui, ce sont les éléments essentiels à la vie même des populations à proximité des sites miniers qui disparaissent.

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