Attentat de Karachi : Millon confirme les commissions bloquées

Rue89. Par David Servenay | Rue89 | 24/06/2009 | 19H26

Charles Millon confirme la piste évoquée par les juges chargés de l'enquête sur l'attentat de Karachi. Oui, dit en substance l'ancien ministre de la Défense, Jacques Chirac m'a demandé de bloquer le versement de certaines commissions sur des contrats de ventes d'armes. Notamment sur celui des trois sous-marins Agosta vendus au Pakistan. Nicolas Sarkozy peut-il continuer à parler de « fable grotesque » ?

Chirac me demande de « stopper » le versement des commissions

Paris-Match lève un nouveau coin du voile épais qui entoure l'affaire de l'attentat de Karachi. En trois questions à l'ancien ministre de la Défense (1995-1997), l'hebdomadaire confirme la piste politico-affairiste : l'attentat aurait été commis pour obtenir le versement de commissions promises dans le contrat de septembre 1994, puis bloquées après l'élection de Jacques Chirac à la présidence, au printemps 1995.

Comme Rue89 le racontait par le menu jeudi dernier, les deux juges chargés de cette enquête se sont rendus à Cherbourg. Ils ont longuement expliqué aux familles des 11 Français (plus trois Pakistanais) tués dans cet attentat pourquoi ils privilégient désormais la piste, « cruellement logique », d'une bataille opposant les réseaux chiraquiens et balladuriens.

A la question de Paris Match : « Est-il exact que la France ait bloqué le versement de commissions destinées à des intermédiaires pour la vente des trois sous-marins de la DCN au Pakistan ? », voici ce que répond Charles Millon :

« Ce qui est certain, c'est que peu après ma nomination au ministère de la Défense, en 1995, Jacques Chirac m'a demandé de passer en revue les différents contrats de ventes d'armes en cours et de stopper le versement des commissions pouvant donner lieu à des rétrocommissions. C'est ce qui a été effectué : chacun d'entre eux a fait l'objet d'une expertise particulière. »

En revanche, Charles Millon dit n'avoir jamais fait l'objet de menaces liées à ce contrat. Du moins tant qu'il occupait l'hôtel de Brienne, jusqu'à la dissolution de l'Assemblée nationale en 1997.

L'avocat des familles : « C'est bien une affaire d'Etat »

Pour Olivier Morice, l'avocat des familles des victimes, que nous avons pu joindre ce mercredi, cette déclaration est un signe supplémentaire de la dimension politique de cette affaire :

« La déclaration du ministre de la Défense de l'époque ne me surprend pas. Nous sommes bien en présence d'une affaire d'Etat. La volonté politique d'arrêter le versement de commissions était due à l'existence de rétro-commissions illicites. »

Comment les services de la Défense ont-ils appris l'existence de « rétrocommissions » ? A qui étaient-elles destinées, si ce n'est à des Français gravitant dans les cercles du pouvoir ? Deux interrogations auxquelles Charles Millon ne répond pas. Pour mémoire, rappelons que le versement de pots-de-vin à des intermédiaires étrangers était en 1994-95, une pratique admise.

Nicolas Sarkozy donnait le feu vert sur les commissions

Mieux : ces commissions versées par de grandes entreprises -publiques ou privées- comme la Direction des chantiers navals (DCN), pouvaient être défiscalisées. A condition de les déclarer aux douanes et d'obtenir l'accord du ministre du Budget… Nicolas Sarkozy de 1993 à 1995.

Le président de la République a bien démenti une telle « fable », « grotesque », « ridicule », vendredi dernier à Bruxelles. Il a également prétendu que le « secret d'Etat n'existe plus », alors que l'ensemble des DAS 2 (déclarations annuelles de salaires), où sont inscrites ces commissions, sont classifiées « secret défense ».

Mais Nicolas Sarkozy n'a pas convaincu les familles des victimes, furieuses d'être désormais ignorées par l'Elysée. Un point de vue relayé par Olivier Morice :

« Le mobile de l'attentat de Karachi apparaît de plus en plus évident et ceux qui parlent de “ fable ” se moquent de la mémoire des victimes et de leur famille. »

Edouard Balladur, Nicolas Bazire (alors directeur de cabinet du Premier ministre) et Nicolas Sarkozy pourront-ils ignorer ces nouvelles révélations ? Pourront-il encore longtemps éviter de s'expliquer de manière approfondie au pôle anti-terroriste du TGI de Paris ? En tout cas, Jacques Chirac entretient un prudent silence sur le sujet.

Ajouter un commentaire

Code incorrect ! Essayez à nouveau