Attentat de Karachi :Sarkozy est au coeur de la corruption

Rue89. 17 décembre 2009 par David Servenay

L'avocat des familles de victimes dépose plainte pour « entrave à la justice, corruption, faux témoignage et extorsion ».

Après l'éclat de rire nerveux de Nicolas Sarkozy en juin dernier, voici venu le temps de la contre-attaque pour les familles des 11 victimes françaises de l'attentat de Karachi. En déposant une nouvelle plainte pour « entrave à la justice, corruption, faux témoignage et extorsion », l'avocat des familles ouvre un deuxième front judiciaire. « Diffamation », répond l'Elysée qui se réserve le droit d'engager des poursuites.

Elles ont décidé de tirer au canon. Sans doute, les familles des ouvriers de la Direction des chantiers navals (DCN) de Cherbourg n'ont-elles toujours pas digéré l'étrange réaction de Nicolas Sarkozy, le 19 juin dernier, lorsqu'il fut interrogé sur cette affaire. (Voir la vidéo)


Mais cette fois-ci, l'heure n'est plus au rire. Le 14 décembre, leur avocat a déposé plainte auprès du procureur de la République de Paris, Jean-Claude Marin. Objectif : ouvrir un deuxième front judiciaire, en plus de l'information judiciaire pour « assassinat » instruite par deux magistrats du pôle antiterroriste. Me Olivier Morice n'y va pas par quatre chemins :

« Nicolas Sarkozy est au coeur de la corruption dans cette affaire, à la fois comme ministre du Budget [de 1993 à 1995, ndlr] et dans le rôle qu'il a joué comme port-parole et directeur de campagne d'Edouard Balladur. » (Voir la vidéo)


La liste des infractions relevées dans la plainte est large, mais elle qualifie juridiquement plusieurs informations parues dans la presse depuis un an et demi. Car c'est bien ce paradoxe qui a fait bondir les familles : comment la presse pouvait-elle savoir ce que même les juges antiterroristes ignoraient ?

  • entrave à la justice : ce point vise l'action du parquet de Paris qui a juste « oublié » de transmettre des pièces de l'enquête menée au pôle financier sur la vente des sous-marins Agosta aux juges du pôle antiterroriste chargés de l'enquête sur l'attentat
  • corruption passive et active : la qualification recouvre l'ensemble des commissions versées en marge de ces contrats ; en tout cela représente au moins 75 millions d'euros, sur un contrat de 825 millions d'euros (5,4 milliards de francs en septembre 1994)
  • faux témoignage : Jean-Marie Boivin, ancien consultant de DCNI, devenu ensuite gérant d'une cascade de sociétés off-shore au Luxembourg et en Suisse, a nié les montages révélés dans les rapports Nautilus
  • Extorsion et tentative d'extorsion en bande organisée : le même Jean-Marie Boivin a adressé plusieurs courriers au président Chirac, à plusieurs ministres, ainsi qu'à la DCN, menaçant les uns et les autres de faire des révélations si le reliquat des commissions n'était pas réglé ; il prétend avoir des documents compromettants dans un coffre à Zurich (Suisse)

Magali Drouet : « On nous prend clairement pour des cons »

Du côté des familles des victimes venues de Cherbourg, un sentiment de colère domine. D'abord, parce qu'elles découvrent -toujours par la presse- l'existence des deux rapports Nautilus, rédigés par TPM International, un cabinet d'intelligence économique dirigé par Claude Thévenet, un ancien de la DST. Sa mission ? L'article 1er du contrat précise :

« Elle a pour objectif de vérifier l'état de l'enquête en cours au Pakistan ; de s'assurer que DCNI ne peut pas être poursuivie pour insuffisance de sécurité ; de rechercher sur qui rejaillit la responsabilité de l'attentat ; de tenter d'identifier toute menace contre le contrat ou DCNI. »

Résultat ? Sans trancher formellement, les deux missions de renseignement soulignent l'importance du jeu des intermédiaires et l'existence de rétro-commissions ayant prétendument servi à financer la campagne présidentielle d'Edouard Balladur, alors privé des subsides du RPR tenu par son rival Jacques Chirac.

Comme le résume sèchement Magali Drouet, porte-parole du collectif des familles de victimes :

« Je ne voudrais pas être vulgaire, mais on nous prend clairement pour des cons. Je suis peut-être blonde, mais pas complètement stupide. » (Voir la vidéo)


Le parquet de Paris a désormais trois mois pour évaluer cette plainte et prendre une décision. Trois options s'ouvrent à Jean-Claude Marin :

  1. Ouvrir une enquête préliminaire sur l'ensemble des qualifications
  2. Saucissonner la plainte et la recalibrer sur une qualification restreinte (un exercice dans lequel le procureur de Paris excelle)
  3. Classer la plainte sans suite, ouvrant la possibilité pour les familles de saisir directement le doyen des juges d'instruction, entraînant l'ouverture d'une information judiciaire.
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