Au plateau des Glières, mobilisation contre la “démolition” des acquis sociaux

 

 

Télérama.fr. 18 mai 2010 par Thierry Leclère

Sans slogan ni banderole, plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées, dimanche, au plateau des Glières, lieu symbolique de la Résistance en Haute-Savoie, pour dénoncer la “démolition” par Nicolas Sarkozy des acquis sociaux issus de la Libération. Une initiative locale, tournée vers l’avenir. Et une sorte de mini-laboratoire de refondation de la gauche.


Photo : Citoyens Résistants d’hier et d’aujourd’hui

Rassembler des marcheurs emmitouflés venus de toute la France, à 1500 mètres d’altitude et à 5° C (bien pesés), pour évoquer la démolition par Nicolas Sarkozy du programme du Conseil national de la résistance (CNR) vieux de 66 ans, avouez qu’il y a plus simple pour drainer les foules un week-end de l’Ascension. Et pourtant… Une fine couche de neige dans la nuit pour parfaire le décor à la Schining et, puis, la surprise, au petit matin : plusieurs cars venus de Marseille, de l’Ouest de la France et de nombreuses voitures, de la région, de Haute-Savoie, attaquent les derniers virages en épingle à cheveux pour accéder au grandiose plateau des Glières, décor sauvage, en Cinémascope, lieu chargé de mémoire et théâtre tragique, pendant la Seconde Guerre mondiale, d’une bataille acharnée qui a opposé, des jours durant, les maquisards de la région à plus de 2 000 soldats allemands et miliciens de Vichy.

« En 2007 quand le premier rassemblement a eu lieu ici pour riposter à la venue de Nicolas Sarkozy en pleine campagne présidentielle, l’évocation du programme du CNR ne disait pas grand-chose à la majorité des gens. Aujourd’hui, en plein débat sur les retraites, plus besoin de pédagogie, tout le monde comprend que les derniers grands piliers de notre modèle social construit à la Libération sont en train d’être démolis », raconte le documentariste Gilles Péret, un des initiateurs de ce rassemblement annuel unique en son genre. Une sorte de laboratoire de la refondation de la gauche, sans banderoles ni slogans. Sous le parrainage glorieux des résistants Raymond Aubrac et Stéphane Hessel.

Sur une idée de Jean-Luc Porquet, un journaliste du Canard enchaîné, frappé, l’année dernière par la « ferveur » de la réunion des Glières, un livre didactique et bourré d’informations (1) donnait cette année corps à la manifestation : rappel historique et publication du programme du CNR, histoire récente des retraites, de la Sécurité sociale, des attaques contre les services publics et le droit du travail… Présenté la veille par ses auteurs dans la salle communale de Thorens-Glières, ce livre a été un peu la vedette de l’édition 2010. Il le mérite, car l’exercice ardu consistant à raconter le détricotage des acquis sociaux depuis trente ans est mené ici avec une grande rigueur et une clarté absolue.

A la frêle tribune, placée – comme l’exige la tradition du lieu – à plus de 500 mètres de l’austère monument de béton qui commémore le souvenir des 129 maquisards morts au combat, se sont succédé des personnes aussi diverses que le magistrat Serge Portelli, membre de l’Appel des appels, Didier Poupardin, médecin de quartier à Vitry-sur-Seine en bagarre judiciaire pour le remboursement à 100 % des médicaments pour les maladies graves, Dominique Liot, « Robin des Bois » en Midi-Pyrénées, mis en cause pour avoir rétabli l’électricité à une famille de RMIstes ou encore le journaliste François Ruffin, collaborateur à l’émission Là-bas si j’y suis, de France Inter.
« Citoyens Résistants d’hier et d’aujourd’hui », la petite association à l’initiative de ce rassemblement, réunit localement des gens de toute la gauche. Et même parfois au-delà. Elle réfléchit maintenant à transformer l’essai et voit grand, très grand : « Pourquoi ne pas bâtir un nouveau “programme du CNR” pour le XXIe siècle ? », rêve Gilles Perret. En tout cas, au-delà de l’anti-sarkozysme, le rassemblement des Glières sonne comme une envie forte de la gauche « d’en bas » de redéfinir ses valeurs et de se rebâtir.

Perclus de froid, le résistant Léon Landini, un ancien des Francs tireurs et partisans (FTP), oubliait quant à lui ses 84 ans et son traitement à la cortisone en redescendant du plateau des Glières : « Je ne regrette pas d’être venu. Je repars gonflé à bloc ! »

 

A lire :
Les Jours heureux
(le programme du Conseil National de la Résistance de mars 1944 : comment il a été écrit et mis en œuvre, et comment Sarkozy accélère sa démolition). Un livre de l’association Citoyens Résistants d’hier et d’aujourd’hui (La Découverte, 199 p., 14 €).

Le documentaire de Gilles Péret Walter, retour en résistance, est un portrait du résistant Walter Bassan ; il évoque le passage de témoin, entre générations, des idéaux de la résistance. Y est fait aussi mention du rassemblement annuel sur le plateau des Glières dont Walter Bassan et Gilles Péret sont deux des principaux animateurs. DVD proposé par C-P Productions, en librairie, et 9, rue du jeu de Ballon, 34000 Montpellier.

En 2004, à l’occasion de la commémoration du 60e anniversaire du programme du CNR, treize Résistants de la première heure ont lancé un appel aux jeunes générations. A voir absolument.

 

Commentaires

  • madame claude copin
    • 1. madame claude copin Le 26/05/2010
    j'y etait et comte bien y retourner les prochaines années , entrée en resistance et un combat de tout les jours que je pratque a mon niveau tous les jours , .malgré le froid ou a cause de lui j'ai eu entre amis chaud au coeur .a l'année prochaine.

    Une parisienne militante de longue dates.
    Claude

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