Au poste et menotté parce que le Velib était cassé

Rue89. 9 juillet 2009

Vendredi 19 juin 2009, en voulant retirer un Velib d'une borne, rue des Archives, à 18 heures, je constate que ma carte d'abonnement ne fonctionne pas. Et pour cause : l'unique Velib restant est en fait seulement posé contre sa borne, il est cassé au niveau de l'attache.

Je m'en saisis donc et monte dessus. Je n'ai pas fait un mètre qu'un homme se précipite sur moi, l'air franchement mauvais, me dit que j'ai violé la loi et me demande si j'en ai conscience. Je demande au type si c'est une blague, et là il me dit qu'il est de la police et me montre très rapidement une carte bleu blanc rouge sans photo ni nom.

Derrière moi, alors que je tente une discussion, un autre homme, également en civil, hausse le ton « allons, monsieur, allons, reconnaissez les faits ! » Je me retrouve encerclé par trois hommes qui disent être policiers. Ils sont très physiques, me pressant de toute part et me disent que j'ai commis un « recel de vol ». Je suis héberlué et je me sens d'autant plus mal qu'ils me demandent fermement, en me serrant fort le bras, de les suivre dans la rue d'à côté, « pour plus de discrétion » car en effet la rue des Archives était bondée, nous étions devant une terrasse de café.

« Ah ! vous l'avez voulu, monsieur ! »

Seulement, moi, j'ai pris peur, à cause de leur attitude menaçante et de l'absurdité de la situation, pensant à un piège et qu'ils voulaient me racketter ou me cogner. J'ai donc d'une part dégagé mon bras, que le plus jeune serrait, et d'autre part crié « au secours, aidez moi, ce sont de faux policiers qui veulent me racketter » aux gens de la terrasse. C'est alors que les policiers m'ont crié dessus « ah ! vous l'avez voulu, monsieur » et m'ont menotté.

J'étais terrorisé, j'ai continué à demander aux passants de m'aider. Puis je me suis laissé faire. Ils m'ont poussé dans leur voiture et emmené au poste, avec gyrophare et pin-pon.

Dans la voiture, j'ai eu droit à un sermon agressif du type « hé bien monsieur ! qu'est-ce qui vous prend ? Vous avez bu ? vous avez pris des substances ? On vous a vu essayer de vous enfuir… Et puis, vous nous avez menacé, monsieur » -j'avais effectivement parlé de la police des polices.

Le policier à ma gauche, le plus jeune, me demande si j'ai des antécédents psychiatriques. Dans mon for intérieur, je me disais que ces trois-là auraient bien besoin effectivement d'un psychiatre, mais je me suis tu, et je leur ai présenté mes excuses… Ils me disent que si je m'étais bien comporté, ils ne m'auraient pas fait tout ça.

« Vous avez perdu tous vos droits, monsieur »

Je demande si je peux appeler mon avocat. C'est alors que le policier le plus âgé (la quarantaine), au volant, se retourne et me dit « vous avez perdu tous vos droits, monsieur » et « tout ce que vous avez le droit de faire c'est attendre qu'un officier prenne votre déposition. »

Au poste, fouillé, j'ai attendu trente minutes. On m'a posé plein de questions, mon nom, mon adresse, ce que je faisais dans la vie (je suis jeune médecin), le nom de ma copine, si mon nom était sur la boite aux lettres, le numéro du digicode de l'immeuble « pour vérification »…

Ensuite, ils m'ont enlevé les menottes au bout d'une heure, non pas parce que je me plaignais d'avoir des fourmis et des douleurs, mais pour réaliser le fichage de mes empreintes. Photo face, profil, tel un criminel… Puis une déposition devant une policière qui soulevait un sourcil surpris… Puis « au revoir monsieur, la sortie c'est là bas ». Personne ne m'a présenté d'excuses pour ce que je qualifie de bavure. J'ai pris des photos de mes poignets : belles traces rouges et douleur pendant 48 heures…

En lisant l'histoire de « Sarkozy je te vois », je suis angoissé à l'idée que d'ici quelque mois, un tribunal pourrait tout à fait me faire comparaître ! Je me doutais qu'on vivait une époque où les libertés individuelles et fondamentales sont bafouées insidieusement ; j'en ai eu la preuve physique.

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