Au Salon de l'agriculture, les anti-OGM gagnent la bataille de la communication

Le Monde. 3 mars 2010 par Jean-Baptiste Chastand

Les activistes anti-OGM auraient-ils réussi à calmer les ardeurs des semenciers ? Au lendemain de la décision de la Commission européenne d'autoriser la culture de la pomme de terre génétiquement modifiée Amflora de BASF, les allées du salon de l'agriculture restaient, mercredi 3 mars, étonamment vierges de toute trace d'OGM.

Le responsable de la communication du groupe chimique allemand se contente de répondre aux questions des journalistes sur sa patate. "La décision de la Commission est tombée par surprise et nous prévoyons trois mois à l'avance notre présence sur le Salon", justifie Jean-Marc Petat. "Et puis, c'est de toute façon inutile d'en parler au public français. Nous n'avons nullement l'intention de commercialiser cette pomme de terre en France pour l'instant : les industriels n'en veulent pas à cause de la pression des anti-OGM !", assure-t-il, en vantant le meilleur accueil que sa pomme de terre recevrait en Allemagne ou en Suède.

Sur les stands des deux plus gros défenseurs de l'introduction des OGM en France, les mots "génétiquement modifiés" n'apparaissent de toute façon nulle part. "Les OGM ne font pas partie de la stratégie de communication sur le Salon", se défend la responsable de la communication du Groupement national interprofessionnel des semences (GNIS). Même absence sur le stand voisin de l'UIPP,  qui, sous l'appellation Union de l'industrie de la protection des plantes, regroupe les principaux fabricants de pesticides. Parmi ses adhérents figurent BASF et Monsanto, la célèbre multinationale à l'origine du maïs MON 810 interdit en France.

CRAINTE D'UNE ACTION DES ANTI-OGM

Le directeur général de l'UIPP, Jean-Charles Bocquet, ne cache pas, d'ailleurs, la position très favorable aux OGM de son organisation. Pourquoi ne pas utiliser le Salon de l'agriculture pour promouvoir ses positions ? "Un tel stand ne tiendrait pas la semaine", lâche-t-il. Un diagnostic que partage un représentant du GNIS sous le couvert de l'anonymat : "Chaque année, on a déjà le droit à la visite des anti-OGM, c'est inutile de les provoquer."

Pour les deux organisations, une action médiatique de Greenpeace sur un stand destiné à promouvoir les OGM pourrait avoir un effet contre-productif. Elles ont donc abandonné l'espoir de faire passer leur message au grand public à l'occasion du Salon. "On n'y arrive pas", avoue Jean-Charles Bocquet, pour qui "il est trop tôt, ce sujet est encore trop émotionnel".

Finalement, le seul stand où apparaît le mot "OGM" est celui de la Confédération paysanne. Au mur sont accrochés les photos des différentes luttes contre le transgénique, à côté des banderoles et des T-shirts qui proclament l'opposition du syndicat agricole aux OGM. Pour Geneviève Savigny, la secrétaire nationale de la "Conf'", l'absence de tout stand pour promouvoir les OGM est "une victoire". "Un tel stand serait l'objet d'un certain nombre d'interpellations", confesse-t-elle tout sourire, avec une maîtrise certaine de la litote.

Selon elle, la "puissance économique des multinationales semencières" rend impossible tout débat démocratique. "D'ailleurs, si nous avons gagné en France, c'est encore loin d'être le cas ailleurs dans le monde. Et les lobbyistes agissent en permanence à Bruxelles pour influencer la Commission ou dans les écoles d'agronomie sur les étudiants." Alors, elle est ravie qu'au Salon de l'agriculture, ils ne puissent pas librement exprimer leur point de vue.

"L'INFORMATION VA FINIR PAR S'IMPOSER D'ELLE-MÊME"

Grâce à leur succès d'opinion, les opposants aux OGM savent qu'ils peuvent compter sur le soutien des pouvoirs publics. Chantal Jouanno, secrétaire d'Etat à l'écologie, ne cache pas son scepticisme sur la nouvelle pomme de terre de BASF : "Elle ne nous sert à rien", tranche-t-elle. La France a officiellement renvoyé le dossier Amflora au Haut Conseil de bioéthique pour qu'il donne son avis, mais Mme Jouanno laisse peu d'espoir au semencier allemand. "La question de l'acceptabilité par la population entrera en compte dans la décision à côté de l'aspect scientifique", explique-t-elle, avant d'enfoncer le clou : "Le problème des OGM, c'est qu'ils n'apportent rien pour notre société. Si un jour ils permettent par exemple de consommer moins d'eau, ce sera peut-être autre chose. Mais pour l'instant, ce n'est pas le cas."

Face à cette défaite vis-à-vis de l'opinion publique, les pro-OGM n'ont toutefois pas totalement déclaré forfait. Ils sont plutôt en position d'attente. "La situation est bloquée actuellement. Mais nous sommes sûrs que dès que les OGM apporteront un plus pour le consommateur, nous pourrons renverser la situation", explique Delphine Guey, du GNIS. Et son organisation compte sur les nouvelles voies de communication. Elle vante le site ogm.org, très bien référencé sur Google, qui développe les arguments des industriels favorables aux OGM.

Chez Monsanto, en attendant "le retournement de l'opinion", on rencontre régulièrement les agriculteurs pour leur présenter les avantages du MON 810. Yann Fichet, lobbyiste de la multinationale, en est convaincu : "L'information va finir par s'imposer d'elle-même. Face au défi que représente l'accroissement de la population mondiale, les Français finiront bien par comprendre que les OGM sont nécessaires." A la Confédération paysanne, on se dit prêt à tout faire "pour empêcher les multinationales d'imposer leur modèle et leur opinion".

Ajouter un commentaire

Code incorrect ! Essayez à nouveau