Besson lâché, Besson lynché, et Besson même pas libéré!

Marianne2. 22 mars 2010 par Bénédicte Charles

Le ministre de l'Immigration a beau chercher à se consoler en clamant que la gauche a «mangé son pain blanc», il est condamné, lui, au pain sec et à l'eau. Passé dans les médias du statut de «traître» à celui de «facho», il n'a pas fini d'en baver.

Quand on trahit son parti politique pour un maroquin, mieux vaut bien le choisir. C’est-à-dire prendre un ministère sans risque. Si Eric Besson s’était contenté d’un secrétariat d’Etat à la Jeunesse et aux Sports ou, mieux, d’un job d’animateur de soirées mondaines au quai d’Orsay, il serait considéré comme son collègue Bernard Kouchner : une « prise de guerre » de Sarkozy. Au lieu de cela, il a voulu jouer les cakous en acceptant le poste le plus décrié de tout le gouvernement : ministre de l’Immigration et de l’Identité nationale. Résultat : non seulement Eric Besson reste, aux yeux de tous, un traître mais en plus, depuis hier soir, il est aussi un facho.
C'est ainsi que Stéphane Guillon l'a dépeint, ce matin, dans sa chronique sur France Inter : Eric Besson serait en réalité une «Mata-Hari» du Front National, chargé par Jean-Marie Le Pen de préparer la renaissance de la «bête immonde»:


Eric Besson, qui était quelques instants plus tard invité sur la même antenne, a très moyennement apprécié et a demandé à France Inter de «prendre ses responsabilités».
C'est vrai, l'attaque de Guillon n'est pas seulement insultante: elle est débile. Reconnaissons-lui cependant d'être tout à fait dans le vent. Y compris à l'UMP.
Car si Besson est exécré par la gauche depuis son «passage à l'ennemi» lors de la campagne présidentielle de 2007, il est également, depuis quelques semaines, décrié par sa nouvelle famille d'accueil.
Après Alain Juppé sur son blog lundi dernier, c'est Jean-François Copé qui, ce matin sur Europe 1, a désigné le coupable : l'ouverture. «Dans ce domaine là aussi, pendant un premier temps,  l’idée a été d’aller solliciter des gens de gauche acceptables par la droite. Maintenant, il faut solliciter des gens de droite acceptables par la gauche», a-t-il déclaré non sans avoir auparavant assuré qu'il ne serait «jamais dans la logique du bouc émissaire». Ce qui revient à sonner le début de la chasse à courre, avec Besson dans le rôle du renard.
Bien. Mais que reproche-ton à besson, au sein de l'UMP? Comment a-t-il pu passer du rôle d'«héritier du sarkozysme» à celui d'homme à abattre? C'est simple : en restant un héritier du sarkozysme. On l'accuse d'avoir lancé le débat sur l'identité nationale? Il s'est contenté d'obéir aux ordres de Nicolas Sarkozy. On lui reproche d'avoir été trop présent, trop actif, et trop «show off» avec sa vie privée? Il n'a fait que prendre modèle sur le président. 
Bref, ce n'est pas en tant que symbole de l'ouverture que Besson est conspué — il est plus à droite que beaucoup de ministres, donc où est l'ouverture? — mais en tant qu'avatar d'un sarkozysme de plus en plus critiqué au sein de la majorité. Il est effectivement plus facile, moins dangereux et plus «cohérent» en apparence, de s'en prendre à un Besson qu'à un Sarkozy. Le ministre de l'Immigration est donc une sorte de poupée vaudou du président. 
Nicolas Sarkozy et l'UMP auraient tort de se priver d'un tel exutoire. Besson, qui projette à mort en affirmant que le PS a «mangé son pain blanc», n'a donc pas fini de manger son pain noir.
Une consolation pour le ministre de l'Immigration : en Corée du Nord, il aurait été exécuté.

NB ajoutée à 16h37 :
On avait dit pas les habits!

Jean-Luc Hees vient de présenter à Eric Besson les excuses de France Inter pour l'expression «
yeux de fouine» employée par Guillon au sujet du ministre de l'Immigration. «Les critiques sur le physique des personnes n'ont pas lieu d'être sur Radio France», a déclaré Jean-Luc Hees.


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