Besson porte plainte contre Cambadélis : fin d'une exception

Rue89. 17 décembre 2009 par Chloé Leprince

Ce jeudi 17 décembre, Eric Besson a fait savoir qu'il portait plainte contre Jean-Christophe Cambadélis (PS). Un ministre en exercice qui traine un député de l'opposition devant les tribunaux, c'est rarissime. Mais le titulaire de l'Immigration et de l'Identité nationale entend marquer le coup après avoir été comparé à Pierre Laval par l'élu socialiste de Paris.

L'affaire remonte au 1er décembre. Ce jour-là, dans une interview à Libération, Cambadélis, qui fait partie de la direction du PS, déclare :

« Pour moi, c'est Pierre Laval. A gauche, il n'a jamais été reconnu. Mais comme il s'estime plus intelligent que les autres, il finit par démontrer qu'il peut l'être à gauche comme à droite. Sans aucun état d'âme. »

Trois jours plus tard, Eric Besson affirmait sur Europe1 qu'il ne commenterait pas « de telles outrances, de telles insultes ». (Voir la vidéo, ça se passe aux alentours de la septième minute.)


Depuis, c'était silence radio sur le dossier. Jusqu'à ce communiqué de presse diffusé jeudi par son cabinet :

« Il a déposé plainte à raison des propos publics qu'ils ont tenus récemment, assimilant son action et celle des agents de son ministère aux heures sombres du régime de Vichy et à l'entreprise criminelle d'extermination des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. »

Précision ultime : le ministre « entend à l'avenir poursuivre systématiquement en justice tout propos similaire ».

Une première

Ce n'est pas la première fois qu'Eric Besson fait l'objet d'allusions insultantes à la période de Vichy : le thème est récurrent, notamment sur le Net, où l'éditeur d'un site peut être poursuivi pour une modération trop laxiste des commentaires.

Mais que le ministre engage des poursuites est une première. Et l'affaire est d'autant plus spectaculaire qu'il s'en prend à une personnalité publique pour des propos qui relèvent en droit français de la diffamation et de l'insulte.

Jusqu'à présent, la plupart des poursuites exercées par des représentants de l'Etat concernaient non pas des personnalités publiques (politiques, universitaires, essayistes…) mais des citoyens « ordinaires », si l'on peut dire.

On se souvient par exemple du militant CNT Romain Dunant, poursuivi en 2008 pour « outrage » après avoir comparé Nicolas Sarkozy (époque ministère de l'Intérieur) au Maréchal Pétain. Il avait été condamné à 200 euros d'amende pour un e-mail de 2006 qui disait notamment :

« Voilà donc Vichy qui revient : Pétain avait donc oublié ses chiens ! »

Les universitaires semblent être mieux protégés que les citoyens ordinaires. Ainsi, Emmanuel Terray anthropologue qui défend la thèse de similitudes entre l'actuelle politique migratoire et Vichy, n'a-t-il jamais été inquiété.

Ce régime différencié pourrait bien avoir pris fin avec cette toute première plainte d'Eric Besson dans l'exercice de ses fonctions actuelles. Jean-Christophe Cambadélis n'est pas seul poursuivi par le ministre puisque le romancier et cinéaste Gérard Mordillat est également mentionné dans le communiqué pour des propos similaires.

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