Bientôt plus de chômeurs en fin de droits que de chômeurs indemnisés

Le Monde. 18 janvier 2010 par Rémi Barroux et Patrick Roger

Le Parti socialiste n'hésite pas à parler d'"un scandale social". Le Parti communiste en appelle au gouvernement pour faire face à "une situation d'urgence". Plus d'un million de demandeurs d'emploi devraient arriver, en 2010, en fin de droits. Un nombre supérieur aux 800 000 personnes en période "ordinaire".
A peine quatre de ces chômeurs sur dix devraient bénéficier de la solidarité nationale, par le biais de l'allocation spécifique de solidarité - ASS, un minimum social pour ceux qui ne bénéficient plus d'indemnisation chômage - ou du revenu de solidarité active (RSA), ex-RMI. Les autres n'ont droit à aucune aide.

"Le gouvernement n'a absolument pas pris la mesure de la crise", s'est insurgé Bruno Le Roux, député (PS) de Seine-Saint-Denis, mardi 12 janvier, dénonçant "l'absence totale de politique de l'emploi" de François Fillon. Le président du groupe PS de l'Assemblée nationale, Jean-Marc Ayrault, dénonce "le grand silence des voeux présidentiels sur l'emploi". Les syndicalistes invités à l'Elysée, vendredi 15, ont déploré que le chef de l'Etat tourne trop vite la page de la crise et ne prenne pas la mesure du climat social.

En 2009, le nombre de chômeurs en fin de droits a déjà enregistré une hausse de 35,2 %. Il va continuer à croître car les premières victimes de la crise, ceux qui ont perdu leur emploi fin 2008, verront leurs indemnisations arriver à leur terme à la fin de l'année. Selon les parlementaires spécialistes du dossier, c'est une véritable "bombe sociale à retardement" qui est amorcée. "Le gouvernement a jusqu'à présent ignoré cette question", insiste M. Ayrault, s'indignant que, "pendant qu'on parle de l'identité nationale, on oublie tout le reste".

Lors de la séance de questions, mardi à l'Assemblée nationale, Gaëtan Gorce a interpellé le gouvernement. "Il importe de ne pas vous défausser sur les partenaires sociaux d'une négociation qui n'aboutira pas avant la fin de cette année et de prendre des mesures concrètes pour étendre le bénéfice de l'allocation spécifique de solidarité, en y consacrant les moyens nécessaires. Il y a des bonus pour les traders, nous demandons un bonus pour les chômeurs !", a réclamé le député de la Nièvre. "C'est un sujet qui relève essentiellement de la négociation entre partenaires sociaux", lui a répondu le secrétaire d'Etat chargé du commerce, Hervé Novelli, tout en assurant que "le gouvernement prendra ses responsabilités".

Deux jours plus tard, au Sénat, Isabelle Pasquet (PCF, Bouches-du-Rhône) a demandé au gouvernement "d'agir pour ces personnes pour lesquelles il ne s'agit même plus de pouvoir d'achat mais de capacité de survivre". La sénatrice s'est attiré une réponse identique.

Le PS demande de "prolonger de six mois, dans cette situation exceptionnelle, la durée d'indemnisation". Le PCF, dans une lettre ouverte au président de la République, réclame que soit adoptée "une allocation de solidarité exceptionnelle qui prolongerait leurs droits pour une année".

Le gouvernement et les partenaires sociaux qui gèrent l'assurance-chômage se renvoient la balle. A l'Elysée, on rappelle que "dans "fin de droits", il y a "droits", et que c'est d'abord aux partenaires sociaux de modifier les règles de l'assurance-chômage". Une solution que ne goûte guère le Medef, dont le représentant, Geoffroy Roux de Bézieux, préside l'Unedic. "On a signé une convention entre partenaires sociaux qui règle les durées d'indemnisation en janvier 2009, explique-t-il. C'est difficile de changer les choses en cours." Pour le représentant du Medef, "c'est à l'Etat de prendre le relais après les 24 ou 36 mois d'indemnisation conventionnels".

Les syndicats veulent une solution rapide. "Soyons responsables, confie Stéphane Lardy de FO, et arrêtons de jouer au ping-pong entre partenaires sociaux et gouvernement sur le dos des chômeurs."

Prolonger d'un à trois mois l'indemnisation pour les partenaires sociaux, et, pour le gouvernement, ouvrir les conditions d'accès pour permettre à plus de personnes de bénéficier de l'ASS sont les deux principales pistes pour déminer le terrain.

 

Commentaires (1)

1. Jacques (site web) 21/01/2010

Me permets de vous signaler:

http://lamauragne.blog.lemonde.fr/2010/01/20/beaux-exemples-de-notre-identite-nationale/

Bien cordialement,

jf.

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