Cet accord avec le Saint-Siège qui s'assoit sur la laïcité

 

Un dimanche, c'est le jour que Nicolas Sarkozy a choisi pour publier au Journal Officiel un décret qui torpille un des piliers de la laïcité : désormais, la France reconnaît les diplômes de l'enseignement supérieur catholique à égalité avec les diplômes publics. Dans un silence médiatique assourdissant.

Décret - accord entre la France et le Vatican sur les diplômes de l'Enseignement supérieur

Dans son discours de Latran du 20 décembre 2007, Nicolas Sarkozy jugeait "dommageable" que les diplômes des universités catholiques ne soient pas reconnus par l'État français. Le "dommage" est maintenant réparé. Le décret du 19 avril précise urbi et orbi que cet accord vaut pour "reconnaissance mutuelle des périodes d'études, des grades et des diplômes de l'enseignement supérieur". Sont concernés le baccalauréat, la licence, le master et le doctorat. De fait, la loi de 1880 qui préservait l'autorité unique de l'Etat en matière d'attribution de diplômes est abolie.

"Proprement inacceptable"

Le 18 décembre dernier, la France et le Vatican avaient signé un accord préalable, soulevant des volées de critiques, notamment de la part de la Conférence des présidents d'université qui l'avait jugé "proprement inacceptable". Gênés aux entournures, Bernard Kouchner et Valérie Pécresse avaient alors publié un communiqué précisant que seules les "disciplines canoniques" étaient concernées et que les universités conserveraient le droit de reconnaître ou non les diplômes visés par le Vatican. Les mécréants étaient ainsi invités à retourner méditer leur sujet...

Un décret tout puissant

Las, le décret publié prévoit que seule la Congrégation pour l'Education catholique peut définir la "liste des institutions ainsi que des diplômes concernés", dans tous les domaines, autant sur le sol du Vatican que dans l'hexagone. En outre, la reconnaissance des diplômes - profanes (économie, médecine...) ou canoniques (théologie...) - par les universités françaises est automatique.

Cette législation est issue du "processus de Bologne", par lequel les États européens se sont engagés à établir d'ici à 2010 un "espace commun de l'enseignement supérieur" qui devait voir la naissance de diplômes européens reconnus par tous. Sauf que le décret va largement au delà des propositions émises dans ce cadre, qui ne prévoyaient aucune automaticité, pas plus qu'il ne devait concerner les diplômes nationaux.

Nicolas Sarkozy bientôt canonisé ?

"Lorsqu'il s'agit de morale, l'instituteur n'approchera jamais le curé ou le pasteur" clamait Nicolas Sarkozy, lors de son discours de Latran. Et lorsqu'il s'agit d'éducation ? Pas mieux, si l'on s'en tient à ce décret. Un des piliers de la laïcité, la loi de 1880 entérinée en 1905 par la loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat, vient d'être torpillé... dans une indifférence médiatique quasi-générale.

(Article publié sur le site "Les mots ont un sens")

 

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