Chaos à Berlin dans les transports en commun

Bakchich info. 19 septembre 2009 par Pierre Wassermann

A deux semaines des élections fédérales allemandes, la patate chaude berlinoise porte un nom : la privatisation progressive du réseau ferré allemand. Dont aucun candidat n’assume la dégradation.

« S-Bahn Chaos ». Cette expression, les usagers de l’équivalent du RER français, à Berlin, l’ont sans cesse à la bouche. Depuis l’hiver dernier, les pannes se suivent… et ne se ressemblent pas : des portes qui n’arrivent plus à fermer, des systèmes de freinage qui se révèlent défaillants, des wagons qui prennent feu dès que le chauffage se déclenche. Chaque pièce des machines est devenue un sujet d’angoisse pour les usagers, d’accidents potentiels et de retards permanents.

Conséquences : des foules qui s’amassent sur les quais de la capitale allemande, les chaînes locales, de radio comme de télévision, qui énumèrent les désagréments de la journée ou tout simplement, les Berlinois qui sont obligés de changer leur trajet afin d’éviter d’emprunter la S-Bahn.

Une privatisation sous cape

« J’ai mis 2 heures ¼ hier soir pour rentrer. D’habitude, il me faut entre ¾ d’heure et une heure » explique Dirk, au bord de la crise de nerfs, car il pressent déjà qu’il va arriver en retard, ce matin-là, au travail, alors même qu’il a « prévu plus que large ». Pour ce cadre dans l’électronique qui a décidé d’installer son nid dans la proche banlieue, tout allait bien jusqu’à l’an passé. Depuis, son malheur a un nom  : « les défauts d’entretien ». « Il faut d’autant plus que la S-Bahn soit rentable que la coalition au gouvernement [la CDU, le parti de la Chancelière, allié à la SPD, les sociaux-démocrates NDLR], a décidé la privatisation du réseau ferré ».

Et pour cause. A Berlin, l’ensemble du réseau est géré par la BVG (Berliner Verkehrs-Betriebe). C’est aussi la BVG qui détient le métro, les tramways et les bus. La S-Bahn, elle, est cogérée avec la Deutsche Bahn (DB), entreprise publique, l’équivalent de la SNCF. Et si la Mairie a son mot à dire dans l’ensemble, elle reste dépendante des décisions nationales. C’est là, justement, où le bât blesse. Et où Dirk a lâché le mot qui fâche : « privatisation ». Avec la privatisation programmée de la DB, toutes les filiales en subissent les conséquences. Coupes budgétaires, suppressions d’emplois, filialisation de la partie vente, externalisation de l’entretien  : l’Allemagne, prétendu modèle d’économie sociale de marché, applique les mêmes recettes que partout ailleurs, et oublie toujours plus le qualificatif « social ».

40% des effectifs de la Deutsche Bahn supprimés

En pleine période électorale, où la CDU d’Angela Merkel caracole toujours en tête des sondages, Klaus Wowereit, le maire SPD, en profite pour donner de la voix. Oubliant un peu vite qu’il a été l’un des artisans des privatisations dans la capitale… Faisant dernièrement acte de contrition, aux motivations que l’on devine, sur « la privatisation qui est la cause première du malaise dans lequel nous nous trouvons ».

Un dernier élément apporte de l’eau au moulin des détracteurs de la privatisation. Il provient de la DB elle-même. Selon son porte-parole, l’entreprise suppose que les protocoles d’entretien auraient été manipulés… Histoire, sans doute, de faire baisser leurs coûts. Morale de l’histoire ? Pour des raisons d’économie, 40% des effectifs ont déjà été supprimés. Un nouveau plan de restructuration a été annoncé… et personne, au gouvernement ni dans la direction de la DB, ne le remet en cause.

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La voix du rail
© Oliv’

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