Chatelain vs campeurs : le siège du château d'Alincourt continue

Au château d'Alincourt dans l'Oise, les tensions entre le nouveau propriétaire et les résidents du parc, dont Rue89 s'était déjà fait l'écho, ne s'apaisent pas, et le conflit s'enlise.

Depuis le rachat de la propriété en janvier, le nouveau châtelain -le multimillionnaire Alain Duménil– a décidé de déloger sans ménagement les 80 personnes qui résident dans le camping à l'année du parc, établi par l'ancienne propriétaire.

Aujourd'hui, seule une poignée d'habitants, environ quinze, vit toujours dans le parc -ce sont les seuls autorisés à y entrer et à en sortir. Les autres sont partis, terrorisés ou exténués par les méthodes de barbouze employées par les agents de sécurité d'Alain Duménil. (Voir la vidéo)


« Notre avocate ne répond ni aux courriers, ni aux appels »

Le 11 mai devait se tenir le procès entre le propriétaire et les résidents du parc, à propos des baux. Les campeurs à l'année payent en effet des loyers chaque mois pour les emplacements. Depuis janvier, Alain Duménil a encaissé tous ces
loyers.

Mais aucun des avocats ne s'est présenté à l'audience et le dossier n'est pas arrivé à temps chez la juge. Résultat : procès reporté au 22 juin. Sandrine, une des anciennes résidentes du parc que les vigiles ne laissent plus entrer dans la propriété témoigne :

« Notre avocate est injoignable. Nous ne savons même pas pourquoi elle n'est pas venue au procès. Elle ne répond ni aux courriers, ni aux appels. »

Contacté par Rue89, le cabinet de Me Christelle Monconduit nous indique qu'elle ne veut plus répondre aux journalistes. L'avocat d'Alain Duménil, Me Jean-Marc Sanchez, n'a pas non plus voulu répondre à nos questions.

Des piquets de solidarité organisés par le DAL

Tous les dimanches, l'association Droit au logement (DAL) organise des piquets de solidarité devant la grille du château, toujours cadenassée et bâchée.

Un quart d'heure après le début du rassemblement, les gendarmes de Chaumont-en-Vexin débarquent. Voici leur version de l'affaire :

« Les résidents du parc ne sont pas chez eux. Vous aimeriez, vous, que j'aille planter ma tente dans votre jardin ? Ces gens n'ont rien à faire ici. »

A la question : « Y a-t-il une décision de justice qui les interdit de rester là ? », un des gendarmes répond :

« Je ne sais pas, probablement. En tout cas, n'essayez pas de rentrer, c'est tout. »

« Les gendarmes en font le moins possible »

La même gendarmerie de Chaumont-en-Vexin a reçu une quarantaine de plaintes des résidents, faisant état de violences, dégradations, vols ou encore cambriolages qu'ils attribuent aux vigiles d'Alain Duménil. Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole du DAL :

« Autant de plaintes et rien ne bouge ! Les gendarmes en font le moins possible. Une police privée bafoue les droits de citoyens, et cela sous le regard bienveillant des autorités locales. »

Pour les quelques résistants qui habitent toujours dans leur chalet ou leur mobil home du parc, le quotidien est très difficile. Sandrine est la compagne de Mélanie, qui vit toujours à l'intérieur :

« Elle ne quitte jamais le mobile home par peur qu'il soit détruit par les vigiles. C'est ce qu'ils font lorsqu'on s'absente. Alors nous avons un “passeur”, qui lui transmet de la nourriture et des affaires. Evidemment, elle ne peut recevoir personne. »

Salvator, occupante d'un chalet :

« Ils font ce qu'ils veulent, je sais que je ne suis pas du tout en sécurité. L'autre jour j'avais un rendez-vous à 19 heures, ils ont refusé pendant quinze minutes de m'ouvrir la grille pour que je sorte. »


► Article suivi : A Alincourt, le nouveau châtelain a déclaré la guerre aux campeurs

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