Ci-gît le rapport du Conseil d’orientation des retraites...

Plume de Presse. 17 avril 2010 par Olivier Bonnet

Le grand lavage des cerveaux a commencé. Il vise à préparer l’opinion à l’antisociale réforme des retraites que vont nous imposer les libéraux - UMPistes et complices censément "de gauche", dont l’ignoble Valls dont nous ne comprenons même pas qu’il puisse ne pas être exclu du PS  ! Ou plutôt si, nous ne le comprenons que trop bien... Tous entonnent comme un seul homme le grand air de Tina*. La publication du rapport du Conseil d’orientation des retraites, censé faire autorité d’après nos élites politico-médiatiques, a permis une surenchère hypocrite autant qu’horripilante dans le registre du "vous jlmvoyez bien, on n’a pas le choix". Or ledit rapport apparaît comme parfaitement grotesque, comme l’exécute littéralement le patron du Parti de gauche, Jean-Luc Mélenchon, avec d’implacables arguments qu’il publie sur son blog (agrémentés de jolies illustrations révolutionnaires que nous reproduisons également plus bas, là où elles illustrent son propos). La réfutation s’attaque d’abord à l’horizon 2050 qui a été choisi par le Cor  : "Dire que l’on calcule pour 2050 c’est comme si on affirmait qu’en 1970 on aurait pu prévoir l’état de la société en 2010. Nous serions donc capables de prédire aujourd’hui des événements comme ceux qui ont eu lieu depuis 1970 : disparition du camp socialiste et réintégration dans l’économie de marché de 100% de la population humaine, la révolution informatique qui a permis des bonds de la productivité, le recours massif à l’énergie nucléaire, l’existence d’une industrie spatiale et des technologies de la communication, la réduction à 2% de la population active paysanne et la montée à 85 % de la population urbaine. Et ainsi de suite… Comme si en 1900 on pouvait prévoir deux guerres mondiales, la massification de l’automobile, la généralisation de l’électrification et ainsi de suite. Bref, nous tournant vers le futur, nous sommes capables de prévoir l’impact sur la production de l’émergence des biotechnologies, de l’épuisement des ressources énergétiques fossiles, du changement climatique et ainsi de suite ! Quelle foutaise ! La prévision économique à 2050 est grotesque ! Elle déshonore ceux qui s’y livrent en faisant croire à une autorité du savoir « objectif » totalement infondée."

Des "erreurs" faussent les résultats à la base

Jean-Luc Mélenchon taille ensuite en pièces les hypothèses démographiques du Cor  : "Pourquoi avoir choisi comme taux de fécondité des françaises un chiffre d’ores et déjà démenti  ? En effet le rapport se réfère au taux de 1,9 enfants par femme ? Ce chiffre était déjà celui des projections de 2007 ! Pourtant, l’évènement, largement signalé et amplement commenté ce fut précisément le passage a un 030420103370taux de fécondité de 2,1 enfants par femme. Cet indicateur a une importance tout a fait essentielle sur l’évaluation de la population active du futur. En particulier il fixe aussi la façon dont se succèderont les générations creuses et pleines dans le futur. Cette succession est vitale pour évaluer le nombre d’actifs par rapport aux inactifs à chaque séquence de la vie du régime des retraites par répartition. L’évaluation de la population active dans le rapport mérite sévère examen. Pour quelle raison suppose-t-on une population active stable ? Pas d’immigrés à l’horizon ? Pas d’enfants supplémentaires devenant adultes au-delà du seuil de renouvellement de la population ? Evidemment ça ne tient pas debout. Autre chose non moins étrange. Le rapport suppose, sans le dire, que la proportion des femmes présentes au travail salarié restera au niveau actuel, quinze points en dessous de celle des hommes ! Il n’y aura pas davantage de femmes au travail ? L’énorme effort de rattrapage qu’elles ont d’ores et déjà fait dans la formation et la qualification universitaire et professionnelle, au point de les placer en tête pour l’acquisition des diplômes devant les garçons n’aura donc aucun impact sur l’entrée ou non dans la vie active  ?"

On voit bien que les hypothèses choisies par le Cor sont si absurdes qu’elles invalident totalement par avance le chiffrage auquel elles aboutissent, et qui sera martelé jusqu’à l’écœurement tel un épouvantail à usage médiatique. La fourchette s’établira donc entre 72 et 100 milliards, somme calculée suivant des pré-supposés faux, répétons-le. Mais même s’il fallait trouver 100 milliards à l’horizon 2050 (dans un monde que nous ne sommes même pas capable d’imaginer), serait-ce vraiment cette catastrophe apocalyptique que nous prédisent nos manipulateurs ? Nullement, répond Mélenchon : "les 72 ou 100 milliards, c’est en 2050 ! C’est donc à la richesse de l’époque qu’il faut se reporter pour faire des comparaisons. Quelle sera-t-elle ? Personnellement je n’en sais rien. Mais le Cor le sait ! Il affirme même que cette somme à trouver représentera au maximum 3% de la production de richesse lpdu moment. Ça mérite qu’on s’y arrête. D’abord pour dire que ce n’est rien, 3% ! Pas grand chose en tout cas. Quand les puissants ont déplacé en trente ans dix points de richesse produite des poches du travail vers celles du capital, comment peut-on dire que la manœuvre inverse, limitée à trois points et étalée sur quarante ans serait impossible ou ruinerait l’économie ?" Tata Parisot, pourquoi tu tousses ? Sans le spectre de la ruine des entreprises qu’elle brandit justement avec constance, la patronne du Medef n’a aucun argument. Et si l’on arrêtait définitivement d’écouter ses exhortations capitalistes décomplexées ? Mélenchon ramène la problématique sur le seul terrain pertinent, celui de la volonté politique.

Le partage des richesses !

"Il est urgent de ramener sans cesse le débat là où il est en réalité : à la question du partage des richesses, répète inlassablement le sénateur et eurodéputé. La seule question posée est celle de la part des richesses produites qui ira en salaires et celle qui ira au capital. Le modèle économique dans lequel, en 2050, 115 milliards d’euros seraient prélevés sur 3800 milliards produits est parfaitement viable. Il 030420103366est même plus performant que celui qui prévoit d’enfoncer dans la pauvreté une part croissante de la population qui alors ne produit ni ne consomme. Pour ceux qui ne suivent pas le calcul et qui se laissent intimider, notons que cela laisse 1785 milliard de richesses supplémentaires par rapport à aujourd’hui à partager pour les profits, les salaires et les investissements et les cotisations sociales !" Eh bien voilà : dit comme ça, ce n’est plus si compliqué, et la situation ainsi mise en lumière est assurément loin de revêtir le caractère dramatique qu’on nous dépeint. Dénonçons cette escroquerie intellectuelle qui avance pour écraser l’opinion avec la force d’une division de panzer : "La meute de 2005, l’année du référendum sur la constitution européenne, s’est reformée à propos des retraites, écrit encore un Mélenchon en pleine forme. D’un côté tous les bien-pensants avec leurs arguments en béton armé en faveur de la «  seule politique possible », la stupéfaction à peine feinte en face de qui tient tête, et la raillerie au bord des lèvres pour qui n’est pas d’accord. Le système médiatique, évidemment, s’est aussitôt mis en boucle pour mouliner du sensationnel, au mépris de la vérité, dans un bel exercice de bourrage de crane qui avait déjà fait la gloire de la séquence référendaire. Premier prix de mauvaise foi au journal LeMonde.fr qui présente une addition de 2600 milliards d’ici 2050 pour le « besoin de financement  » supplémentaire pour le système de retraite. « L’info » ainsi prémâchée est aussitôt moulinée à perte de vue chez les collègues qui évoquent « le trou d’environ trois mille milliards ». Il est clair que cette vague de propagande est le lever de rideau du débat sur les retraites. Cette mise en scène catastrophique est un conditionnement politique sans fondement." Sans doute, le fondement objectif à cette "grotesque campagne d’affolement" (titre du billet de "Méluche") n’existe-t-il pas, cher Jean-Luc. Mais lorsque la communication utilise ses armes de diffusion massive au service du mensonge, une contre-vérité mille fois répétée prend finalement les atours d’une réalité subjective, celle de la vision libérale consacrant la dictature des oligarchies économiques sur le peuple, avec la complicité active de la droite et de la plus grande partie de la "gauche de gouvernement". Mais chut ! nous sommes paraît-il en démocratie... Mélenchon s’explique aussi dans une interview vidéo accordée à quatre blogueurs, parmi lesquels le camarade Vogelsong (récit et vidéo en ligne sur son blog Piratages) : "Il s’agit d’abrutir les gens en leur faisant peur ! (...) Donc Le Monde écrit comme titre un mensonge (il faudrait sans réforme 2600 milliards d’euros (...) personne ne regarde ce que ça veut dire, personne ne vérifie l’hypothèse, et vous retrouvez ça partout : la catastrophe. (...) Moi, ça va me prendre quoi, deux ou trois jours pour remonter la pente. Le temps que nos réseaux recommencent à inonder. C’est pour ça qu’on s’y est tous mis : Filoche, moi sur mon truc... On est déjà je ne sais pas combien à mouliner du contre-argument. Mais vous imaginez, nos petits lance-pierres ?" D’où aussi la contribution modeste d’un petit blog sabre au clair... Chaque grain de sable sera utile pour tenter de contrer la propagande libérale dont l’article du Monde, déjà cité plus haut, constitue une parfaite illustration.

UneLe Monde sur le banc des accusés

Venant de qui passait autrefois, il y a bien longtemps, pour le "quotidien de référence", la désinformation du Monde est emblématique. "Il faut prendre la mesure du trucage que représente le chiffre du titre du Monde.fr qui proclame : «  sans réforme il faudrait 2600 milliards d’euros pour sauver les retraites en 2050  », assène Mélenchon. (...) il faudrait mettre alors en toute logique mettre en regard les PIB cumulés. En supposant qu’il n’y ait aucune augmentation de celui-ci (ce que le rapport du Cor contredit lui-même), le déficit de 2600 milliards serait à comparer aux 80 000 milliards de PIB cumulés sur 40 ans !" @rrêt sur images précise : "Non seulement le quotidien a choisi d’additionner et de cumuler "les déficits prévisibles" pendant quarante ans sans tenir compte du fait que les besoins de financement sont annuels, mais il ne dit pas, par exemple, que le PIB aura lui aussi doublé en 2050 selon le Cor." "Tout cela est ridicule !, assène Mélenchon. Comment les commentateurs font-ils pour ne pas le voir ? LeMonde.fr peut-il faire le calcul et constater que ses 2600 milliards rapportés au 80 000 milliards représentent bien seulement 3% du total !" Notons que le leader du Parti de gauche n’a pas utilisé de point d’interrogation alors même qu’il posait une question. Davantage qu’une erreur de ponctuation, nous nous plaisons à y lire le signe que la réponse est connue de tous : si Le Monde faisait le calcul pour annoncer en Une : Retraites : un déficit de 3% du PIB en 2050, qui cela effraierait-il ? Volonté de faire du sensationnel pour vendre du papier ou manipulation politique pour façonner l’opinion à la doxa libérale et l’amener à la serviture volontaire ? Nous laissons à chaque plumonaute le soin de trancher.

 

*There is no alternative

L’illustration représentant Laurence Parisot avec une pancarte autour du cou "Prends l’oseille et tire-toi" provient du site Bellaciao.

Commentaires (4)

1. la mère tapedur 23/04/2010

Oulala la Miss Airelle!! On se croirait revenu au bon vieux temps de l'élection de Mister Obama. Tous les laissés pour compte, les petits, les obscurs, les sans grades, ils vont retrouver l'espoir et la confiance... Confiance en quoi, et confiance en qui?? Peut on faire confiance aux hommes politiques? Même s'ils sont "intègres", ils doivent composer avec d'autres forces qui pensent d'abord à leurs intérêts. Ils doivent se méfier de leur propre égo, de la fascination pour le pouvoir, de ces kyrielles de conseillers, de serviteurs, d'opportunistes qui gravitent autour qu'il suffit de sonner, à n'importe quelle heure, pour voir le moindre de ses désirs, de ses souhaits, de ses décisions, même si elles sont éminemment politiques, aussitôt réalisés. Un dirigeant même très à gauche, et je ne parle pas des socialistes englués dans leur confort bourgeois, n'est pas à l'abri. Exercer le pouvoir, c'est l'île de la Tentation, 24h sur 24. Quant à la France que nous aimions, j'aimerais avoir des précisions... C'est quoi la France que nous aimions? Pour moi, elle existe la France que j'aime, la Terre que j'aime, avec des montagnes, des forêts, des cascades, des soirées entre amis sous un tilleul centenaire, des passants qui chantent dont on reprend la chanson... Mais c'est moi qui me la façonne, sans passer par l'intermédiaire de négociants, de marchands d'espoir et d'illusions, qui agitent le bulletin de vote comme un goupillon...Voilà ce qu'il faut apprendre aux gens! Qu'ils arrêtent d'alimenter un système pseudo démocratique qui ne profite qu'à une poignée. Le salut commence par le respect de soi même et de son cercle proche: famille, voisinage, collègues de travail, la caissière au supermarché etc... Dès qu'il y a un contact humain, même si il y a divergence de points de vue, conflits d'intérêts... Garder le respect et le sens du partage et de la bonne répartition des richesses... Et il n'y aura plus besoin des hommes politiques faiseurs de promesses. IL y aura des hommes politiques utiles pour tous les aspects techniques, mais ils n'auront pas plus d'importance qu'un planteur de carottes. C'est pas gagné non plus!! Chacun de nous doit se recentrer et se réaligner; Action, intelligence, compassion: Mains, Esprit et coeur...pour réaliser les Grandes Retrouvailles, les Noces alchimiques entre nos deux principes... La politique doit aussi se sublimer... Bon courage à tous.

2. Airelle 21/04/2010

C'est vrai que ce n'est pas gagné, si la Gauche revient (ce que j'appelle de mes voeux), ils ne feront sûrement pas de miracles ... mais s'ils redonnent confiance et espoir à tous les laissés pour compte de la Sarkocratie, ce sera la première étape vers les retrouvailles avec la France que nous aimions !!!

3. la caboche 20/04/2010

Merci chére Airelle de nous apporter ces précisions sur la saga Sarkozy. Avant de faire de la politique et des affaires, les Sarko brothers étaient probablement scénaristes pour la série Dallas. Dans l'hypothèse que Sarko ne soit pas réélu en 2012, que va faire le successeur? Va t'il revenir sur ces réformes, ces privatisations, que tout le monde trouve iniques? Ou bon an mal an, se verra t'il obligé de conserver les choses en l'état, car il est très difficile techniquement de revenir sur des réformes, certes injustes, mais dont l'abrogation risque de coûter des points de croissance à la nation et d'aggraver encore les déficits? Parions que nos chers socialistes, à l'instar de ceux qui gouvernent la ville de Cahors seront fermes et intransigeants et qu'ils remettront tout le système à plat,afin que le pays retrouve l'équité et la justice sociale, aidés en celà par nos chers communistes qui jamais ne sont dans la compromission. Bref, c'est pas gagné.Sarko se sert, goulûment, c'est dans son caractère et grand seigneur, laisse des restes pour le suivant. Mais la France est riche et grasse et il y a encore pleins d'économies sur les livrets d'épargne, gérés par la caisse des dépôts, citée par Miss Airelle. Quand il y a une belle vache dans un pré, avec une mamelle bien gonflée, les couleuvres se précipitent pour s'aggriper avidement à l'un des pis!

4. Airelle (site web) 19/04/2010

Sarkozy ne veut pas "sauver les retraites", il veut favoriser ceux qui veulent développer le système d'assurance privée : Médéric ( Guillaume Sarkozy) et Caisse des Dépôts !!! Donc, Nicolas diminue les retraites et Guillaume propose des complémentaires aux salariés les mieux payés !!! (décidément, ils sont partout, les Sarkozy, l'an dernier, avec la grippe mexicaine, c'était François !!! des vautours !!!)

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