Climat : le cri d'alarme des Etats insulaires

Le Monde. 22 septembre par Hervé Kempf

L'incapacité d'agir équivaudrait à un génocide silencieux" : par ces mots terribles, le premier ministre de la Grenade, Thomas Tillman, a signifié à New York, lundi 21 septembre, l'angoisse des petits Etats insulaires face au changement climatique.

Plus tôt, en ouverture du Sommet de l'Aosis (Alliance des petits Etats insulaires), le président des Maldives, Mohamed Nasheed, n'avait pas été moins violent, estimant que les conséquences du réchauffement climatique équivalaient à "un meurtre de masse". Les membres de l'Aosis sont persuadés que plusieurs de leurs Etats sont physiquement menacés de disparition, notamment du fait de la montée des eaux.

"Nos pays souffrent déjà alors que la température moyenne ne s'est élevée que de 0,8 °C, a affirmé M. Nasheed : érosion, blanchiment du corail, salinisation des eaux, inondations, multiplication des cyclones. Si le réchauffement doublait et dépassait 1,5 °C, cela signifierait que des nations insulaires seraient rayées de la carte."

Plus de vingt chefs des 42 Etats de l'Aosis étaient présents à cette réunion tenue la veille du Sommet climatique organisé par l'ONU, mardi 22. Ils ont adopté une déclaration visant à influencer les grands Etats dans la préparation du traité de Copenhague : elle affirme que la communauté internationale devrait s'efforcer de limiter le réchauffement global à 1,5 °C. C'est une revendication importante et nouvelle, alors que les Etats du G8 ne se sont fixé pour objectif, lors de leur réunion à L'Aquila, en juillet, qu'une limitation à 2 °C de la température mondiale. "Pour nous, qui sommes déjà impactés à 0,8 °C, ce chiffre de 1,5 °C est déjà un compromis", a précisé M. Thomas. La Grenade, pourtant placée en dehors de la route des ouragans, a été ravagée en 2004 par l'ouragan Ivan, qui a causé des dégâts estimés au double du produit intérieur brut du pays.

"Liste d'interdictions"

Les Etats de l'Aosis s'estiment "victimes" du changement climatique et jugent que les pays les plus riches doivent assumer "leur responsabilité historique" dans la création du problème. Mais ils ne se veulent pas seulement accusateurs. Dans son discours introductif, M. Nasheed s'est voulu constructif, estimant que, au lieu de bâtir un traité qui apparaisse "comme une liste d'interdictions", les Etats pourraient proposer "une liste d'actions que l'on pourrait et que l'on devrait faire, comme investir davantage dans les technologies vertes".

La démarche de l'Aosis vise à accroître la pression sur les acteurs plus puissants de la négociation climatique. L'association existe depuis 1989. D'abord conçue comme une ligue de micro- ou petits Etats ayant du mal à se faire entendre isolément, elle s'est focalisée sur les problèmes d'environnement à partir du Sommet de la Terre de Rio de Janeiro en 1992, avec d'autant plus de sérieux que les impacts du changement climatique sont chaque année devenus plus concrets.

L'Aosis a toujours été proche des organisations écologistes. Elle pourrait se liguer lors de la conférence de Copenhague avec le groupe des pays le moins développés pour faire entendre la voix des petits. Ensemble, ces nations craignent que les grands Etats, qui se retrouvent dans le Forum des économies majeures, scellent un accord en oubliant leurs préoccupations.

Malgré son faible poids économique ou démographique (environ 300 millions d'habitants), la légitimité de la démarche de l'Aosis est reconnue. M. Rasheed sera l'un des huit chefs d'Etat à prendre la parole mardi à l'ONU sur le climat, après le président des Etats-Unis et avant le président de la Chine.

Les annonces de la Chine très attendues à New York

Alors que les chefs d'Etat et de gouvernement sont attendus au siège des Nations unies, mardi 22 septembre, pour tenter de débloquer la négociation climatique, le secrétaire exécutif de la convention climat, Yvo De Boer, a reconnu que le texte de 200 pages aujourd'hui sur la table était "un foutoir absolu, qui ne faisait aucun sens". A tel point que les traducteurs ont annoncé qu'ils étaient incapables de le traduire. Parallèlement, M. De Boer s'est montré optimiste sur les mesures que doit annoncer le président chinois Hu Jintao à New York. "Elles vont positionner la Chine en leader de la lutte contre le changement climatique", a-t-il expliqué en souhaitant que cet engagement de Pékin pousse les Etats-Unis à aller de l'avant. Pour accepter un accord à Copenhague en décembre, les Etats-Unis exigent que les pays émergents s'engagent eux aussi à réduire leurs émissions de CO2. Ce mouvement de la Chine est donc très attendu.

Eclairage Début de dégel dans les négociations sur le climat

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