Cochabamba : de la guerre de l’eau à la conférence alternative sur le climat plus brèves (Via Campesina)

Basta mag. 21 avril 2010 par Maxime Combes + Communiqués de Via Campesina

Une « Conférence des peuples sur le changement climatique et les droits de la Terre mère » s’est ouverte le 20 avril, à Cochabamba, en Bolivie. Une sorte de forum social sur le climat, après l’échec de Copenhague. Pauline Lavaud, de la Fondation France Libertés, présidée par Danielle Mitterrand, revient sur le symbole qu’incarne Cochabamba, dont la population s’était soulevée dix ans plus tôt contre la privatisation de l’eau.

© Justseeds (coopérative artistique)

Dix ans après « la guerre de l’eau », que représente Cochabamba pour les mouvements qui se battent pour une réappropriation de l’eau en tant que bien commun ?

Les habitants de Cochabamba en Bolivie s’étaient soulevés contre la privatisation des services d’eau et d’assainissement de la ville par l’entreprise nord-américaine Bechtel. En quelques mois, la concession des services de production et de distribution d’eau à cette entreprise privée avait engendré une explosion des tarifs pouvant aller jusqu’à 250% ! Et une accaparation des sources jusqu’alors utilisées par les paysans de la région, sans aucune amélioration en terme de taux de raccordement au réseau en contrepartie. Surtout, c’est le refus de voir cet élément vital être traité comme une vulgaire marchandise qui a poussé les habitants de Cochabamba à s’unir et résister. Dans la culture indigène, très prégnante en Bolivie, les éléments naturels sont au cœur de la spiritualité et du rapport entre l’homme et son environnement. L’idée de s’approprier la nature et de l’utiliser à des fins marchandes est tout simplement inconcevable.

Quelles ont été les conséquences de ce soulèvement ?

La spectaculaire mobilisation citoyenne contre Bechtel et le gouvernement bolivien a eu raison de l’entreprise. Bechtel a été contrainte de quitter le pays. La « guerre de l’eau » a été un temps fort pour les luttes sociales d’Amérique du Sud. Elle symbolise la résistance populaire à la logique de privatisation de tous les services essentiels dans ces pays, comme l’eau, l’électricité ou les télécommunications, sous pression des institutions financières internationales. C’est tout le mouvement international de défense de l’eau qui a repris espoir à Cochabamba. Les luttes menées contre la privatisation à travers tout le continent y ont puisé leurs forces, tout comme les initiatives pour faire reconnaître l’eau comme un droit, non seulement de l’homme mais aussi de la nature dans de nombreux pays, en Equateur, Bolivie, Uruguay ou Colombie. Le soulèvement de Cochabamba a dépassé les frontières du continent. Dix années ont passé et la « guerre de l’eau » demeure une source d’inspiration pour le mouvement de l’eau à travers le monde, ces militants qui œuvrent pour la récupération des biens communs et le rejet de la globalisation néolibérale.

Où en est la gestion de l’eau à Cochabamba ?

La 3ème Feria internationale de l’eau s’est déroulée du 15 au 18 avril. Cet événement organisé par des associations d’habitants et des ONG locales et internationales, a été l’occasion de célébrer les victoires qui ont suivi celle de Cochabamba… Et de rappeler la situation critique de l’eau, qui génère inégalités, tensions et conflits, et est l’objet de toutes le convoitises, que ce soit par des Etats ou des entreprises privées. Pour les Cochabambins, le constat est amer : dix ans après la guerre de l’eau, 55% de la population est toujours privée d’accès à l’eau potable. Elle ne croit plus aux promesses de solutions qui leur sont faites. Dans la zone Sud, le plan d’expansion promis par la régie municipale locale (la Semapa) n’a jamais vu le jour, mais des alternatives se mettent en place. A défaut d’être raccordés au réseau municipal, des comités d’habitants gèrent eux-mêmes l’eau. Cette gestion communautaire est « l’une des meilleures alternatives, car elle est efficace, et permet à de nombreuses familles d’avoir accès à ce service basique » selon leur représentant. Le renforcement de ce type de gestion et de coopération entre communautés et entreprises publiques est devenu une priorité. Tous les participants ont pris conscience de l’interdépendance de plus en plus évidente entre la question de l’accès à l’eau et celle du changement climatique.

Le 20 avril a débuté le sommet de Cochabamba : la Conférence des peuples sur le changement climatique et les droits de la Terre mère. Quelles sont les attentes des mouvements qui veulent faire de l’eau un bien commun ?

Un texte doit être adopté à la fin de la conférence. Il sera issu des travaux de la société civile, de scientifiques, d’experts et de représentants de gouvernements autour de thématiques liées au changement climatique. Ce texte pourrait être intégré aux documents de référence lors des négociations internationales pour lutter contre le réchauffement climatique, à la suite du sommet de Copenhague (la future « COP 16 »). La conférence de Cochabamba ouvre donc la possibilité à la société civile de faire entendre ses propositions. Nous souhaitons également que les gouvernements présents à Cochabamba s’engagent sur plusieurs points : ne plus participer au forum mondial de l’eau, organisé tous les quatre ans par le Conseil mondial de l’eau qui ne représente que lui-même et les intérêts des multinationales qui le contrôlent ; faire pression pour que la COP 16 soit réellement démocratique et ouverte aux organisations sociales et de la société civile ; et introduire l’eau comme sujet à part entière dans les négociations sur le climat, et pas seulement comme moyen pour la production d’énergie (hydroélectrique et agro-carburants) dans le cadre du marché des crédits carbone.

 

Cochabamba Conférence des Peuples sur le climat Brèves

Cochabamba : Les mouvements sociaux rassemblés pour un changement du système

(Cochabamba, 19 avril 2010) Le 19 avril, à Cochabamba en Bolivie, l’une des premières activités à l’ordre du jour de la Conférence mondiale des Peuples sur le changement climatique et les droits de la Terre nourricière a été l’Assemblée des mouvements sociaux. L’Assemblée a souligné l’accent mis sur le caractère populaire de la conférence, organisée par le gouvernement bolivien, suite à l’échec des gouvernements et des entreprises qui ne parvinrent pas à négocier un plan pour stopper le changement climatique lors de la Conférence de Copenhague en décembre dernier. La conférence se tient du 19 avril au 22 et a pour objectif d’amplifier la voix de ceux qui n’ont pas été entendus à Copenhague.

L’Assemblée des Mouvements sociaux a été fondée, il y a environ 10 ans, dans le cadre du Forum social mondial pour renforcer la voix et l’agenda politique des mouvements sociaux partout dans le monde.

L’Assemblée est importante “afin de mettre en place des politiques communes en vue de construire un programme de luttes, de résistance et de propositions” a déclaré Fausto Torres, membre de l’Association des travailleurs ruraux du Nicaragua et de La Via Campesina, mouvement international prônant la souveraineté alimentaire.

Selon Nalu Faria, une des organisatrices brésiliennes de la Marche globale des femmes, “L’assemblée a été très importante depuis ses débuts afin de construire un programme commun, contre, par exemple, l’Organisation mondiale du Commerce, la guerre en Irak, et maintenant le changement climatique. Pour nous, ce processus avec nos alliés est très important pour l’élaboration de politiques générales et étendues visant les changements devant être effectués.”

L’Assemblée “est la convergence des volontés de nombreux mouvements sociaux de différents pays et divers secteurs, non seulement des paysans et des migrants, mais également des syndicalistes, des femmes et des peuples autochtones. L’important est que la plupart de ces mouvements ont principalement identifié, grâce à certaines des politiques communes, que le système doit changer,” a déclaré Carlos Marentes du Projet des travailleurs agricoles du Texas, aux USA, également membre de la Via Campesina.

En effet, lors de l’Assemblée d’aujourd’hui, le consensus sur le besoin d’un changement systémique a été obtenu à une écrasante majorité. Des solutions réelles visant le changement climatique exigent une modification globale de la façon dont le ‘développement’ est envisagé, déclare François Houtart, un chercheur belge. “Parce que nous sommes face à une crise majeure qui n’est pas que financière et économique mais affecte réellement tout le système. Or, la réponse est complexe et globale. La logique du système capitaliste est à l’origine de la crise. Il est donc important pour tous les mouvements de comprendre cela, et de voir quelle est leur place dans cette lutte globale en vue de changer le système étant donné qu’ils sont ceux qui essaient d’exprimer les besoins et les luttes populaires. Si les changements politiques ne sont pas soutenus par les mouvements sociaux, ils seront très fragiles.”

Lors de l’Assemblée, plusieurs intervenants ont mis l’accent sur la justice climatique. “Le changement climatique n’affecte pas de la même façon les gens,” déclare Faria. “Il y a des éléments de genre, de classe et de race, et des relations entre les pays du Nord et du Sud.”

Un autre thème commun aux différents intervenants a été que les solutions en vue de résoudre le problème du changement climatique, proposées par les gouvernements et les entreprises des pays industriels du Nord, sont inadaptées et ne feront qu’empirer la crise climatique. Selon Henry Saragih, Coordinateur général de La Via Campesina, “A l’heure actuelle, les transnationales et les gouvernements de pays industrialisés proposent de fausses solutions.” L’une des solutions proposée par l’industrie est la séquestration du carbone dans les plantations de palmiers à huile cultivés pour la production des agrocarburants et qu’ils dénomment ´’forêts’.

“La Via Campesina estime que ce n’est pas la bonne solution parce que les transnationales utilisent la crise climatique pour s’agrandir et trouver de nouvelles opportunités de négoce. Il est temps que les peuples et les mouvements sociaux se réunissent afin de rechercher de véritables solutions au changement climatique,” déclare Saragih, qui, avec 300 délégués de La Via Campesina assiste à la Conférence de Bolivie pour envoyer le message au monde que l’agriculture paysanne durable peut refroidir la planète.

La Via Campesina a été présente lors des réunions officielles des Nations unies sur le climat depuis décembre 2007 à Bali. Alberto Gomez, coordinateur de la région d’Amérique du Nord de La Via Campesina, a évoqué le plan de l’organisation en vue de mobiliser des milliers de gens pour la conférence sur le climat à venir qui se tiendra à Cancun, au Mexique, en décembre prochain. La Via Campesina à Mexico s’organise pour une grande mobilisation à Cancun, mais également dans chacun des Etats du pays et dans d’autres pays. “Il y aura des manifestations de masse à Cancun,” déclare Gomez.

Isabella Kenfield, Via Campesina

 

Bolivie : La Via Campesina participe à l’inauguration de la Conférence des Peuples sur le climat

(Cochabamba, 20 april, 2010) Ce matin, Itelvina Masioli, dirigeante Brésilienne du mouvement paysan international La Via Campesina a fait un discours lors de l’inauguration de la Conférence des Peuples sur le changement climatique et les droits de la Terre Mère. Le Président Bolivien Evo Morales était l’orateur principal devant une assemblée de plusieurs milliers de personnes.

La conférence, organisée par le gouvernement bolivien après que les négociations de Copenhague sur l’arrêt du changement climatique se soient soldées par un échec, en décembre dernier, se tient du 19 au 22 avril. Son but est d’amplifier les voix de ceux qui n’ont pas été entendus à Copenhague.

“Nous sommes ici avec le Président Evo Morales pour jouer un role actif dans cette mobilisation mondiale pour la défense de la Terre Mère,” a dit Masioli. “Notre planète est en danger, et si notre planète est en danger, alors la vie est en danger.”

“Nous discutons ici de deux grands projets. D’un côté se trouve le projet du capital, de l’impérialisme qui signifie pillage, qui signifie mort, ce sont toutes les fausses solutions au changement climatique et nous les rejetons entièrement”.

“Nous affirmons que nous devons changer le système et non le climat,” continue Masioli. “Nous voulons construire un autre projet : un projet de vie. Un projet basé sur des principes qui défendent la vie, la Terre Nourricière, basé sur un autre modèle de développement économique, politique et culturel. Voila pourquoi nous sommes ici”.

L’invitation de La Via Campesina par le gouvernement bolivien, à parler lors de l’inauguration de la conférence symbolise l’importance que le mouvement a acquis depuis sa fondation en 1993 en tant qu’expression mondiale des paysans. Masioli est l’une des 300 délégués de La Via Campesina rassemblés à la conférence pour envoyer au monde le message suivant : une agriculture diversifiée durable peut refroidir la planète.

“En tant que paysans du monde, nous voulons réaffirmer notre promesse et notre engagementde défendre la Terre Nourricière,” dit Masioli. “Nous croyons fermement que les vraies solutions à toutes les crises dans ce moment historique où nous vivons, sont des solutions basées sur une réforme agraire complète et sur la souveraineté alimentaire en tant que principe et droit des peuples.”

A la fin de son discours, Masioli a offert à Morales les drapeaux de La Via Campesina et de la Coordination latino-Américaine des organisations paysannes (CLOC). “Nous allons offrir nos drapeaux de La Via Campesina et de la CLOC – nos symboles les plus puissants – car le Président Morales est parmi les fondateurs de ces deux importantes organisations paysannes en Amérique latine et dans le monde et aussi parce que, lui seul, est assez crédible pour convoquer cette assemblée”.

Commentaires

  • sylvie L
    • 1. sylvie L Le 24/04/2010
    OK ! merci Marina !....

    Sylvie
  • Marina
    • 2. Marina Le 23/04/2010

    Sylvie,

    Voici un avant-goût de ce qui se passe en Amérique latine à travers les allocutions (en anglais, avec traduction en espagnol) des premiers ministres de trois pays membres de l'ALBA (Alliance Bolivarienne des Amériques - pour Notre Amérique):
    1)Roosevelt Skerrit de Dominica,
    2)Ralph Gonsalves de Saint-Vincent et les Granadines et
    3)Winston Baldwin d'Antigua et Barbuda.

    http://www.vtv.gov.ve/videos-emisiones-anteriores/34079

    Très bonne “écoute”!
    Marina
  • sylvie L
    • 3. sylvie L Le 22/04/2010
    B R A V O !!!

    nos gustaria mucho a nosotros del Cercle de Gindou organizar un "forum" sobre lo que pasa en latino america... que les parece ???....

    Un abrazo
    Sylvie

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