Commerce de bois illégal : l'hypocrisie française

La police brésilienne inspecte des coupes de bois amazonien (/Paulo Santos/Reuters).

L'Europe s'attaque à la lutte contre le commerce du bois illégal… mais sans le soutien de la France, étonnamment timide dans ce dossier pourtant crucial pour l'avenir de la planète.

Lorsque l'on achète une chaise ou un cahier, on ne pense pas forcément qu'on participe au réchauffement de la planète. Pourtant, la déforestation tropicale est responsable de 20% des émissions de gaz à effet de serre. Avec l'huile de palme et d'autres cultures, le commerce de bois illégal participe de la destruction de 13 millions d'hectares de forêt chaque année, soit un quart de la superficie de la France. D'après les estimations de WWF, entre 20 et 40% du bois industriel consommé en Europe est d'origine illégale. Les forets ainsi pillées se situent essentiellement en Amazonie et en Afrique, mais aussi en Russie et Indonésie.

Cela fait près de dix ans qu'un groupe d'associations de défense de l'environnement (Greenpeace, France Nature Environnement, WWF, Les Amis de la Terre, Sherpa) pratique un lobbying actif auprès de l'Europe, et depuis le Grenelle de l'environnement, ils pensaient que la France, principal importateur de bois tropical serait « exemplaire » comme cela leur a été promis.

Surprise : le 22 avril 2009, les députés français UMP (groupe Parti populaire européen) se sont tous abstenus alors que la majorité des députés européens (dont les socialistes français) ont approuvé le premier projet de réglementation contraignant.

Borloo, des promesses au silence

Lorsque Rue89 a demandé à Jean-Louis Borloo sa position officielle sur le sujet, son cabinet nous a renvoyé trois communiqués datant de mars et mai 2008, où le ministre de l'Environnement souhaite une position « exemplaire » de la France. L'un d'eux dit même :

« Dans le cadre de la présidence française, le ministre prendra des initiatives pour améliorer la lutte contre le commerce illégal et non durable de bois exotique. »

Or, d'initiatives il n'y eut pas et depuis c'est silence radio. Sur son site, le ministère fait un article d'actualité intitulé Importations illégales du bois : le Parlement européen veut renforcer les sanctions rédigé sur un ton neutre sans que l'on ne sache rien de la position de la France.

Ce qui semble avoir gêné les députés français (ceux du PPE uniquement), c'est visiblement que le parlement soit allé plus loin que prévu. Il est prévu une traçabilité complète de la filière, c'est-à-dire un contrôle -et des sanctions- sur tous les opérateurs et non pas uniquement sur ceux qui mettent pour la première fois du bois sur le marché.

« Un dispositif trop lourd et coûteux »

Une attitude vertueuse, mais sans doute coûteuse, que la France a décidé de ne pas soutenir. Dans une note du secrétariat général aux affaires européennes, le gouvernement le dit clairement : le rapport Lucas (dont est inspiré le texte sur lequel les eurodéputés ont voté le 23 avril) « va trop loin en proposant un dispositif trop lourd et coûteux, totalement prohibitif, qui ne proportionne pas la contrainte à l'effet recherché ».

Lorsque Rue89 a demandé son avis au ministre de l'Agriculture Michel Barnier, par ailleurs en pleine campagne pour les élections européennes, nous avons obtenu une réponse de Normand :

« La France est très sensible à la problématique du bois illégal. Sur nombre de points, nous avons, des vues convergentes avec les positions de WWF. Néanmoins, forts de l'expérience acquise en matière agroalimentaire, nous estimons qu'un contrôle aux frontières de l'Union permet d'obtenir une sécurité complète garantissant aux consommateurs la fourniture de bois légaux. »

En fait, l'abstention des eurodéputés suit une note qui leur a été transmise le 21 avril par le secrétariat général des affaires européennes, directement rattaché à Matignon. En lisant bien cette dernière, on comprend que la France se contentera d'un contrôle à l'entrée sur le marché mais renonce à un étiquetage des produits jugé « compliqué et coûteux », notamment en fonctionnaires.

Pour Grégoire Lejonc, chargé de campagne forêts chez Greenpeace France :

« Sans un système de traçabilité complet des forêts de productions au consommateur final, on ne pourra pas garantir à 100% au consommateur la légalité du bois qu'il achète et mettre enfin un terme au scandale du commerce de bois illégal en Europe. »

Il ajoute, avec les cinq associations de défense de l'environnement concernées :

« Nous espérons que la France va clarifier sa position le plus rapidement possible car les forêts anciennes sont cruciales pour l'équilibre du climat, vitales pour la biodiversité et sont le cadre de vie de millions de personnes. »

Le 22 juin prochain, lors d'un conseil des ministres de l'agriculture, la France n'aura plus d'autre choix que d'assumer sa position. En attendant, on peut toujours acheter du bois tropical certifié ou du bois produit en Europe. Mais c'est un peu plus cher.

Photo : la police brésilienne inspecte des coupes de bois amazonien (/Paulo Santos/Reuters).

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