Comprendre HADOPI, ses enjeux, ses risques (2/6). Agoravox

22 avril 2009

La baisse constante des ventes de disques n’est contestée par personne... mais il y a en revanche de profondes divergences dans l’analyse des causes. L’industrie culturelle met en avant une vision catastrophique de sa situation pour appuyer des textes répressifs en France et ailleurs. Pourtant, à bien y regarder, son chiffre d’affaire ne s’est jamais aussi bien porté...

Chapitre II : L’industrie musicale et cinématographique est-elle réellement en crise ?
 
La baisse importante de ventes de disque est un fait qui n’est pas contesté, même par les opposants à l’HADOPI. Il n’y a en revanche aucune unanimité sur les causes invoquées. Pour l’industrie, la principale voire la seule cause est le piratage. Pour les internautes, l’explication est beaucoup plus à rechercher dans la fin d’un modèle de distribution, le téléchargement (légal ou pas) permettant d’accéder de façon presque instantanée à la culture, sans avoir à se déplacer. D’ailleurs le téléchargement légal est aussi en hausse.
 
Mais les maisons de disques communiquent bien plus volontiers sur la baisse de leurs ventes de disques que sur la hausse très réelle et très constante de leurs revenus, notamment pour Universal Music (groupe Vivendi), la première major mondiale et la seule major française du disque. Quant aux bénéfices des auteurs, compositeurs et éditeurs, la collecte par les sociétés de gestion de droits vient de connaître dix années consécutives de croissance.
 
En réalité, seuls les revenus de la musique enregistrée (les disques) baissent d’année en année. Mais tous les autres revenus, en particulier ceux liés aux licences d’exploitation pour la radiodiffusion et la télévision, explosent. Avec la multiplication des médias numériques, il n’y a jamais eu autant de diffuseurs et donc de payeurs qu’aujourd’hui. La crise du disque est largement compensée par la croissance des nouveaux médias, et celle des films par la croissance des entrées en salle.
 
Le niveau de piratage est même devenu un indicateur de succès et de revenus. Les films les plus piratés sont également ceux qui ont le plus de succès en salle. Et l’Espagne, dont la jurisprudence a fait un havre de paix pour le téléchargement, est le pays du monde où le marché du disque est le plus solide !
 
Alors, pourquoi ce décalage entre le discours alarmiste des maisons de disques, soutenu par des projets de loi plus liberticides les uns que les autres, et la réalité des chiffres bruts ?
 
Parce qu’habitués à un modèle économique de biens matériels, qu’ils contrôlent de l’artiste au consommateur, d’une créativité qu’ils encadrent à leur profit, les industriels de la culture voient d’un fort mauvais œil l’irruption d’Internet et la dématérialisation de la culture, qui vient concurrencer efficacement leurs privilèges de découvreur de talents et de distributeur. Cette industrie préfère s’arc-bouter sur un modèle dépassé qu’en inventer un autre, basé sur les services et les produits dérivés, qu’elle risque de ne pas contrôler entièrement.
 
Les verrous numériques (DRM) qui ont longtemps empoisonné la vie des acheteurs de musique numérique procédaient du même phantasme de contrôle. Ils n’ont été abandonnés qu’à regret et longtemps après que leur caractère inutile et contreproductif soit démontré.
 
Mais la volonté de contrôle demeure. Elle rencontre en outre un fort écho auprès du gouvernement actuel, qui sait que les blogs, les sites alternatifs d’information et le Net en général, lui sont majoritairement hostiles, et se découvre donc une convergence d’intérêts (de plus) avec l’industrie.
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