Conti: Une mobilisation comme celle-ci, ça regonfle les pneus !

Libération. 24 juin 2009

REPORTAGE

Près de 700 salariés de l'usine Continental de Clairoix ont manifesté mercredi matin à Paris, pour réclamer l'arrêt des poursuites enclenchées contre sept des leurs, en raison du saccage de la sous-préfecture de Compiègne en avril dernier.

Julien LALOYE

Les salariés de Continental refusent de laisser tomber leurs collègues

Les salariés de Continental refusent de laisser tomber leurs collègues (© AFP Pierre Verdy)

On les pensait au bout du rouleau, épuisés par trois mois de lutte intense depuis la fermeture de leur usine de Clairoix le 11 mars dernier, désireux de partir en vacances et profiter de leur prime de 50 000 euros obtenue auprès de la direction de l'entreprise Continental... Il n'en est rien. Les salariés de «Conti» étaient près de 700, mercredi matin, à avoir fait le trajet de Compiègne jusqu'à la place Vendôme, sur les 1100 salariés que comptait l'usine de fabrication de pneus.

Sono, pétards, fumigènes, pancartes et refrains vindicatifs, tout l'attirail des grandes heures de la mobilisation est de sortie. Pas pour obtenir un bonus supplémentaire où une indemnisation salariale plus importante, mais pour soutenir les sept salariés de l'usine qui sont poursuivis en justice pour le saccage de la sous-préfecture de Compiègne le 21 avril dernier.

Ce jour-là, près de 200 salariés dépités par la décision du tribunal de Sarreguemines de confirmer le plan social décidé par la direction de Continental, s'attaquaient au poste de garde de l'entreprise pneumatique, puis saccagaient les bureaux de la sous-préfecture de Compiègne, renversant les dossiers et détruisant les ordinateurs, pour des dégâts estimés après coup à 30 000 euros.

Les «Conti» attendent un «geste» de la part d'Alliot-Marie

Sept d'entre eux ont été formellement identifés et sont en attente d'un jugement qui devrait être connu le 17 juillet prochain. Ils risquent jusqu'à sept ans de prison et 75 000 euros pour «destruction volontaire». Parmi eux, Xavier Mathieu, délégué CGT et meneur de la révolte des Conti, tient le micro en tête de cortège. Il réclame «la relaxe et la fin des poursuites pour lui et ses camarades», comme «preuve de bonne volonté de la part de la nouvelle locataire de la place Vendôme», ajoute un membre du collectif meusien de lutte venu en soutien.

Mais de bonne volonté, point à signaler chez Michèle Alliot-Marie. La nouvelle ministre de la Justice indique qu'elle ne peut pas recevoir la pétition des «Conti» pour cause «d'emménagement dans ses nouveaux locaux». Afin de bien faire passer le message, des CRS bloquent l'accès au ministère de la Justice. «Au moins avec le Medef, on avait pu aller jusque dans le hall» ironisent quelques-uns.

Il en faut plus pour arrêter les «Conti», qui ont vu d'autres depuis le début des hostilités, en mars dernier. Ils restent plantés là, apostrophant les «patrons voyous» et fustigeant «une nouvelle fois l'absence des politiques» lorsqu'il s'agit de se mobiliser. Seule le NPA, et dans une moindre mesure, le Parti communiste, sont épargnés.

Besancenot en «guest star»

Olivier Besancenot, justement, bloqué par les forces de l'ordre, réclame de se joindre au cortège. «Laissez-le passez ou ça va péter» houspillent les «Conti». Le leader trotskyste arrive à se frayer un chemin jusqu'au micro, entre tapes viriles sur le dos et poignées de mains admiratives. «Merci d'être là», crie-t-il à la foule. «Grâce à vous ensemble, on va déplacer les montagnes et aboutir l'interdiction des licenciements». «Sans mauvais jeu de mot, une mobilisation comme celle-ci, ça regonfle les pneus» conclut le dirigeant du NPA, sous un tonnerre d'applaudissements. Claude Bartolone, député PS arrivé un peu plus tard, aura moins de succès. Mais comme les «Conti», il souhaite que l'Etat «retire sa plainte».

Les leaders syndicaux promettent de ne pas lâcher le morceau: ils contacteront jeudi le cabinet de Michèle Alliot-Marie pour obtenir un rendez-vous. Le jour même où le pré-accord sur les conditions de licenciement, conclu entre l'intersyndicale et l'équipementier automobile, doit être entériné à Bercy. Les salariés de «Conti» entendent bien faire d'une pierre deux coups.

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