Corse(s), l'amour vache !

La Télé Libre. 8 novembre 2009

 

 

Réalisation: John Paul Lepers
Images: Matthieu Martin
Montage: Smaïn Belhadj
Enquête: Marion Galland
Directrice de production: Caroline Lançon
Musique originale: Romain Dudek

LaTéléLibre - ON Y VA! • France • (2009)• 52′•

France 4 : Pourquoi avoir choisi ce sujet ?
John Paul Lepers : Je fais partie de ces Français qui ont eu des expériences désagréables lors de séjours en Corse. Mauvais accueil, voire un sentiment d’être méprisé en tant que « Pinzutu », le surnom des continentaux sur l’île. Certains amis et confrères journalistes ont même été victimes de menaces s’ils ne respectaient pas les coutumes dites locales : ne pas poser les questions qui fâchent. C’est donc sur ce sentiment d’exaspération que j’ai commencé l’enquête. Par nature, je suis convaincu des vertus du dialogue et de l’humour, je me suis dit que ça valait le coup d’essayer en mettant les pieds dans le plat avec le gros camping-car et cette inscription gentiment provocatrice : Corse(s), l’amour vache !.. S’il y a de l’amour, c’est qu’il y a de l’espoir…
F4 : Qu’est-ce qui vous a le plus surpris lors du tournage ?
JPL: Quand nous avons embarqué à Marseille, les ouvriers du bateau (pour a plupart Corses), on plaisanté en nous regardant, «tu crois qu’il va tenir combien de temps leur camion avant de sauter ? ». C’était une blague, bien sûr, mais on s’est demandé si on n’était pas en train de tenter le diable. Certes, nous n’avons pas été reçus toujours à bras ouverts, et beaucoup nous ont fermé les portes, mais notre séjour avec les nationalistes a dissipé les craintes de violence à notre égard. Lors des journées internationales de Corte, qui rassemblent des indépendantistes du monde entier, les natios Corses, ont fait preuve d’une grande ouverture d’esprit. Ils étaient disponibles pour me parler, et ont accepté des questions directes sans sourciller. Ils ne m’ont pas convaincu, mais j’ai été agréablement surpris de la liberté qu’ils m’ont accordée.
Et puis Stella, une indépendantiste pure et dure, qui a fait de la prison, m’a fait découvrir l’histoire du peuple corse, et notamment cette indépendance éphémère mais exemplaire de 1755 à 1769. Une période où le général Pascal Paoli inventa une démocratie éclairée pendant 14 ans. Juste avant que les Français n’envahissent l’île…
F4 : Avez-vous changé vos à-priori sur les Corses ?
JPL: Oui et non. La Corse je ne pourrais pas y vivre, en tout cas en tant que journaliste. Trop de pressions, de sous-entendus, pas assez de liberté individuelle ni de débat démocratique. Par contre, avec ce voyage j’ai complètement revu mon sentiment quand à l’accueil des touristes. Les corses ont fait des efforts, ils se sont professionnalisés et c’est tant mieux. Ils ont compris que sans les « étrangers », c’est à dire nous les « pinzuti » et les européens, ils n’ont aucune chance de s’en sortir, d’un point de vue économique.
Enfin, j’ai compris que vivre sur une île comme la Corse, c’est génial parce que les paysages sont magnifiques et préservées, mais que c’est aussi une souffrance d’appartenir à un monde clos, où tout le monde se connaît et se surveille. Un psychiatre m’a bien expliqué cette «mentalité corse », repliée sur elle-même à cause des invasions successives, et qui a aboutie à ce sentiment d’assiégé perpétuel. Selon lui, c’est le “syndrome corse”. D’autres îles comme Malte, Chypre ou la Grande-Bretagne se sont défendues en se projetant vers l’extérieur. Grâce à la forteresse naturelle que représente la montagne et son maquis, le peuple Corse s’est protégé de l’étranger, mais en se recroquevillant sur lui même. Il est devenu méfiant et susceptible.

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