Crise: Nous sommes des hommes, pas des numéros!, clament les Grecs

Marianne2. 12 mars 2010 par T.Andriamanana, R.Soubrouillard

Les Grecs ne se laisseront pas faire. Ils refusent de payer les pots cassés pour les spéculateurs. Le pays subit une vague de contestation sociale face aux mesures d'austérité du gouvernement: hier, 90% des salariés du pays étaient en grève, selon les syndicats. Revue de Web.




Dessin : Louison


Depuis quelques semaines, la Grèce est secouée par un mouvement social. Jeudi 11 mars, une nouvelle grève générale a paralysé le pays. A Athènes, dans la capitale, plus de 100 000 manifestants ont battu le pavé à l'appel notamment de la Confédération générale des travailleurs grecs (GSEE, un million de membres) et de la Fédération des fonctionnaires (Adedy, 375 000 adhérents). Des affrontements avec les forces de l'ordre ont émaillé le défilé où les banderoles en disaient long sur l'ampleur du malaise et de la contestation : «Même s'ils nous terrorisent, les mesures ne passeront pas», «Nous sommes des hommes, pas des numéros», ou encore «L'Europe doit changer où elle sombrera».

Les manifestants protestent contre les mesures d'austérité du gouvernement social-démocrate de Georges Papandréou. Le pays est actuellement touché par une grave crise économique. En cause, une vague de spéculation sur la dette grecque via les désormais fameux Credit default swaps, ces produits financiers qui permettent aux spéculateurs de faire leur beurre  sur la dette d'un Etat. Paris, Berlin et Athènes, avec Jean-Claude Juncker, président de l'Eurogroupe, viennent de demander à la Commission européenne l'ouverture d'une enquête sur ces CDS.

En revanche, Paris et Berlin divergent encore sur l'opportunité de la création d'un Fonds monétaire européen. Même si mercredi 10 mars, à la suite d'une rencontre avec la chancelière Angela Merkel, François Fillon a démenti toute « divergence de vue ».

Plus de 100 000 personnes dans les rues d’Athènes.

Le blogueur Spartacus propose un récit détaillé des premières manifestations : « Après l’annonce des nouvelles mesures d’austérité le mercredi 3 mars (baisse du revenu total des travailleurs du secteur public entre 15 et 30 % et entre 5 et 10 % pour ceux du secteur privé, si on additionne les effets de toutes les mesures prises bout à bout), le principal syndicat du secteur public (ADEDY) a appelé à la grève pour le 5 mars (débrayage partiel) et pour le 16 (pour la journée) ».

« L’envoyé spécial » de Spartacus décrit l’occupation du ministère de l’Economie, tolérée par la police et le gouvernement, dans la journée du 4 mars. Au total, 60 manifestations furent organisées en cette journée du 4 mars. Une journée décrite comme plutôt apaisée du fait de l’absence de « la majorité des militants du milieu anarchiste ».

En fait, chacun redoutait déjà « la grève de 24 heures du 11 mars (l’ADEDY (NDLR : la fédération des fonctionnaires), sous la pression des travailleurs, a avancé la date de la grève et la GSEE (Confédération générale des travailleurs grecs), pour éviter un possible lynchage de son président a du annoncer qu’elle y prendrait aussi part) » écrit le correspondant de Spartacus.

Et de poursuivre « Les principaux journaux nous ont informés que la restructuration va s’intensifier dans le secteur privé aussi, avec la fin de toute forme de sécurité de l’emploi et davantage de baisses de salaire. Ceci va survenir parce que "nos partenaires européens" l’exigent. Dans les mêmes journaux, les politiciens néolibéraux écrivent des articles sur l’inefficacité des nouvelles mesures, demandant le licenciement de milliers de travailleurs du secteur public ». Rien de tel pour mettre un pays à feu et à sang. Le résultat ne s’est pas fait attendre.

«Les billets de blogs sur la crise ont été rares en général»

D’après Global Voices, « les billets de blogs sur la crise ont été rares en général, car les blogueurs grecs sont sous le choc des effets potentiellement désastreux des développements à terme et du lourd battage médiatique, mais depuis la plus grande partie de la nouvelle année, Twitter bourdonne d'une frénésie de discours, d'analyses, de spéculations, de colère, de frustration et d'humour sauvage sur la crise grecque». Et ce d'autant plus que, jeudi 11 mars, les journalistes étaient en grève comme 90% des salariés du pays (selon les syndicats). Résultat: pas d'info sur les radios et les chaînes de télévision, pas de journaux le lendemain.

«De violents affrontements, poursuit Global Voices, ont éclaté entre des jeunes casseurs et des policiers jeudi à Athènes, en marge d'une manifestation contre les mesures d'austérité.

Selon le correspondant d’un journal canadien : «lors des incidents, plusieurs centaines de jeunes habillés de noir, casqués et portant des lunettes de ski ont frappé des policiers à moto, en faisant tomber plusieurs, tandis que les forces anti-émeute tiraient des gaz lacrymogènes et des grenades assourdissantes pour tenter de disperser la foule.

Un peu plus tôt, des anarchistes avaient lancé des pierres et cocktails Molotov sur la police, cassant à coups de masses les vitrines d'une dizaine de magasins, banques, bijouteries et l'entrée d'un cinéma. Ils ont aussi brûlé des poubelles et une voiture, saccagé des arrêts de bus et arraché des morceaux de marbre de balustrades pour en faire des projectiles.

Les commerçants se dépêchaient de baisser leur rideau au passage du cortège et des hommes d'affaires en costume les yeux irrités par les gaz couraient se mettre à l'abri, alors qu'à quelques pâtés de maisons on continuait de déjeuner aux terrasses des restaurants.
La police a déclaré avoir arrêté au moins neuf émeutiers présumés et compter deux blessés dans ses rangs
».

Les retraités balançent des oeufs

Sur son blog et sur Twitter, le photo journaliste Teacher Dude avouait son scepticisme quant à la capacité du gouvernement Papandreou à mettre en œuvre son plan d’austérité et à contenir la grogne sociale : « Les doutes subsistent toutefois sur la capacité d'Athènes à mettre en œuvre des changements aussi radicaux au vu du ressentiment public massif qu'ils ont provoqué chez les syndicats de fonctionnaires du pays. Déjà les réformes proposées des systèmes de cotisations de retraite des policiers et des militaires ont été reportées devant l'opposition rencontrée.
De même, la capacité des services des impôts grecs notoirement corrompus à sévir contre l'évasion fiscale a été mise en doute par les Grecs familiarisés depuis longtemps avec les appels de ce genre des partis politiques de gauche comme de droite. Comme le disait un chauffeur de taxi pince-sans-rire de Thessalonique, sortir la Grèce du piège où elle se trouve en augmentant les impôts revient à écoper le Titanic avec une passoire.

A côté des grèves et des manifestations publiques, il y a aussi la crainte que l'agitation sociale montante ne déclenche une répétition de la révolte prolongée un mois durant qui a balayé le pays en décembre dernier à la suite de la mort d'un adolescent, qui aurait été abattu par la police au centre d'Athènes
».`
Aujourd’hui sur Twitter, il a proposé un récit en live des événements à Thessalonique où manifestaient 14 000 personnes. A 13 heures : « la police s’est montrée agressive intervenant quand rien ne se passait, comme pour provoquer les manifestants ».

Il décrit une colère croissante : « Que peut on dire d’une situation où les profs doivent se protéger des gaz lacrymogènes et les retraités sont tellement en colère qu’ils balancent des œufs sur les policiers ».

Et en France ?

La Grèce n'est pas un cas isolé. En Islande, autre problème, mais même conclusion, les citoyens refusent également d'être les dindons de la farce spéculatrice. Un référendum a très largement rejeté (93%) le plan de remboursement à la Grande-Bretagne et aux Pays-Bas des 3,5 milliards d'euros de dettes de la banque islandaise Icesave.

En France, on reste beaucoup plus clame. Mais les blogueurs du Vrai Débat avaient déjà noté ce sondage IFOP qui disaient qu'« une nette majorité de Français déclarent regretter le franc (69%, contre 61% en 2006 et 48% en 2002) ». Le vent commence à tourner pour la BCE et les fanas de l'Euro.
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