Dans ses procès-verbaux, Coupat dénonce un procès en sorcellerie. Source Nouvel Obs.

SABOTAGES SNCF NOUVELOBS.COM | 23.04.2009 | 17:22

Le site Mediapart s'est procuré les procès-verbaux des interrogatoires de Julien Coupat, soupçonné d'être impliqué dans des dégradations contre des lignes SNCF. Il y explique pourquoi il refuse de parler.

Vue de la prison de la Santé (photo), où est incarcéré Julien Coupat (Reuters)

Vue de la prison de la Santé (photo), où est incarcéré Julien Coupat (Reuters)

Le site d'information Mediapart publie, jeudi 23 avril, des extraits des procès-verbaux des auditions de Julien Coupat avec les policiers puis le juge d'instruction, avant sa mise en examen le 15 novembre.
Soupçonné d'avoir commis des dégradations à caractère terroriste qui ont perturbé le trafic TGV en octobre et novembre, le jeune homme commence par refuser de répondre aux questions des policiers, avant d'expliquer son silence. Le 15 novembre dernier, neuf personnes, dites "'du groupe de Tarnac" avaient été mises en examen dans cette enquête. Julien Coupat reste le seul en détention provisoire, sa compagne ayant été remise en liberté le 16 janvier.
Une demande de remise en liberté de Julien Coupat a été rejetée le 13 mars. Il doit en formuler une nouvelle dans les jours qui viennent.

"Je refuse de répondre"


Entre son interpellation et sa mise en examen, Julien Coupat a ainsi subi douze auditions en quatre jours. Devant les policiers, le jeune homme refuse d'abord de répondre aux questions. "Je refuse de répondre", répond-il systématiquement. Il refuse également de signer ses PV, de se soumettre à un prélèvement ADN, de donner ses empreintes digitales. Puis, "à l'ultime audition chez les policiers, à l'ultime minute des 96 heures de garde à vue chez les policiers, Julien Coupat consent enfin à être plus loquace", écrit le journaliste. Et livre une justification détaillée de son silence.
"Mon arrestation est l'aboutissement d'environ une année d'enquête préliminaire dans le cadre des lois anti-terroristes. L'anti-terrorisme reproche centralement à ceux qu'il vise des intentions, des idées, et reproche des infractions seulement en second lieu comme matérialisation de ces idées et intentions", explique-t-il. Avant d'ajouter : "Si l'on suit le fil des auditions, il apparaît que me sont reprochées deux dégradations qui, pour n'être pas sans conséquences, n'en demeurent pas moins mineures, en ce qu'elles mettent en danger la vie de personne. Il va de soi dans un tel cadre que toutes déclarations à la police ne pourraient n'être qu'à ma charge".


"J'aurais eu une préscience ?"


Julien Coupat rencontre son juge d'instruction, Thierry Fragnoli, le 15 novembre, peu avant sa mise en examen. Les réponses se font ironiques, selon le journaliste. "L'antiterrorisme est la forme moderne du procès en sorcellerie. Toutes les auditions visent très manifestement à accréditer la thèse selon laquelle je serais le chef, le gourou, d'une soi-disant organisation anarcho-autonome. Il faudra qu'on m'explique le paradoxe : je serais le chef, c'est-à-dire celui qui nie l'autonomie d'un groupe de gens, qui sont réputés autonomes", explique-t-il.
Au juge qui lui demande les raisons de sa présence, dans la nuit du 7 au 8 novembre, à proximité du sabotage des lignes TGV, Julien Coupat répond : "J'aurais une prescience ? (…) Malgré mes talents avérés de voyance, je n'ai pas de solution à cette énigme".

"Ce soir-là, on s'est sentis suivis"


Selon Mediapart, le juge interroge par la suite le jeune homme sur sa personnalité, sur son autorité morale présumée sur ses amis, sur sa présence lors d'une contre-manifestation du sommet sur l’immigration des ministres de l’intérieur européens, à Vichy, le 3 novembre, sur "L’Insurrection qui vient", un ouvrage collectif que les enquêteurs attribuent principalement à Julien Coupat.
Enfin, il explique au juge sa présence, la nuit du 7 au 8 novembre, à Dhuisy (Seine-et-Marne), près d'une voie de service d'une ligne TGV qui a subi des sabotages : "Ce soir-là, dès que nous nous sommes engagés sur les petites routes, on s’est sentis suivis. Cela ne correspondait pas à des techniques de contre-filatures très élaborées, mais juste au fait de s’arrêter au milieu de nulle part et de voir ce qui vient (…) A partir de là, même si c’est effectivement un sentiment assez oppressant, il y a quasiment un caractère de jeu à s’arrêter et à voir venir les voitures en reconnaissance", explique-t-il.

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