DÉBAT - Le réchauffement climatique et l’Afrique

La preuve est faite. L’Afrique commence à subir les effets du réchauffement climatique. Les conditions météorologiques changent, et le nombre de sécheresses et d’inondations augmente avec la hausse des températures de l’air et de l’eau. Symbole de ce phénomène, les glaciers de la chaîne du Ruwenzori, en Afrique centrale, ont fondu de moitié en trente ans.

Pour les populations, les conséquences de ces phénomènes sont graves. Fermiers, éleveurs, communautés de pêcheurs et populations urbaines sont tous affectés par la baisse de la productivité agricole et un accès à l’eau de plus en plus aléatoire. Les maladies à vecteur comme la malaria se contractent aussi plus facilement : si les températures augmentent de seulement 2 °C, 40 à 60 millions d’Africains supplémentaires seront exposés aux risques d’infection.

Le déclin des récoltes atteignant 50 % dans certaines régions africaines, il devient impératif de trouver de nouvelles sources de revenus pour répondre aux besoins des populations locales. La nécessité et le difficile accès aux ressources vitales entraînent déjà des mouvements migratoires nationaux et transnationaux, exacerbant les tensions sociales et, dans de nombreux cas, les risques d’instabilité politique et de violence.

Ces mutations climatiques ont aussi d’immenses implications économiques. Les recettes issues des activités agricoles représentent plus de la moitié du Pib et des emplois de nombreux pays africains. Elles vont inexorablement décliner. Et tandis que les revenus nationaux se contractent, l’augmentation des dépenses publiques devient, elle, de plus en plus indispensable. Les ministres des Finances et de l’Environnement de plusieurs pays d’Afrique se rencontrent à Kigali cette semaine pour définir un plan d’action. Leur rôle est primordial, car les problèmes posés par le changement climatique ne peuvent être résolus par une approche timorée ou exclusivement sectorielle. De leurs décisions dépendent la croissance économique du continent et la réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement.

Il reste cependant des raisons d’espérer. La lutte contre le changement climatique présente aussi des opportunités, permettant l’essor de nouveaux secteurs et une plus grande diversification des économies africaines.

Certains programmes de lutte contre le réchauffement climatique peuvent générer des revenus significatifs pour les entrepreneurs et les gouvernements des pays pauvres, tout en aidant les pays riches à respecter leurs obligations internationales en matière de développement durable. Ainsi, le Mécanisme de développement propre (Mdp) permet aux pays industrialisés d’investir une partie de leurs programmes nationaux dans ceux des pays en développement, les aidant à se prémunir contre les effets du réchauffement climatique.

Grâce à d’autres programmes comme l’initiative de réduction des émissions dues à la déforestation et à la dégradation des forêts, les pays africains bénéficient de subventions internationales pour entretenir leur patrimoine sylvestre, ce qui permet d’assurer la pérennité de l’absorption du dioxyde de carbone, mais aussi de préserver les sols, les ressources en eau et, d’une manière générale, la biodiversité des forêts africaines.

Les stratégies à long terme de lutte contre le changement climatique peuvent ainsi aider les pays africains à effectuer « un bond en avant » énergétique et technologique. A cette fin, les gouvernements doivent mettre en place des politiques de rénovation des infrastructures nationales et régionales, combinées à des mesures de soutien du secteur privé et favorisant les investissements dans les énergies renouvelables (éolienne, solaire, géothermique et exploitation de la biomasse). À titre d’exemple, des tarifs incitatifs et des mesures permettant aux producteurs d’énergie locaux ou indépendants d’approvisionner leur réseau électrique national doivent être implémentés d’urgence là où ils ne le sont pas encore.

Afin de garantir une future économie verte basée sur l’utilisation efficace des ressources naturelles, il est aussi essentiel d’obtenir un soutien financier et technologique des pays les plus riches. Ce ne serait que justice : l’Afrique abrite 13,8 % de la population mondiale, mais ne consomme que 2,3 % de l’énergie fossile utilisée chaque année dans le monde.

Reconnaître le cas moral posé par l’Afrique, le continent le moins responsable du réchauffement climatique, mais le plus affecté par ses conséquences, ne suffit pas. Les gouvernements africains doivent s’accorder sur la manière dont ils comptent adapter leurs économies, protéger leurs populations et définir le type de soutien qu’ils attendent de la communauté internationale.

Tout d’abord, les gouvernements africains doivent élaborer des stratégies nationales de développement reconnaissant le besoin de s’adapter au changement climatique et d’investir dans des infrastructures et des énergies propres. Il est aussi fondamental de promouvoir et d’accélérer la mise en place de projets « clés en main » visant à apporter aux communautés africaines les énergies abordables et renouvelables encourageant durablement leur développement.

Ensuite, les organisations internationales comme la Banque africaine de développement, les commissions économiques régionales, l’Onu et les institutions de Bretton Woods ont besoin de financements additionnels, d’accroître leurs compétences techniques et de s’impliquer stratégiquement afin d’accompagner le mieux possible les gouvernements africains dans cette tâche.

De son côté, tout nouvel accord international sur le climat doit prendre en compte les besoins spécifiques des pays sous-développés, dont la plupart se situent en Afrique, et inclure des engagements irrévocables leur garantissant l’accès à des ressources financières, ainsi qu’à des transferts de technologie et de savoir-faire en provenance des pays riches. Il devrait également accommoder le Mécanisme de développement propre et d’autres programmes similaires en fonction des besoins des pays africains, au cas par cas, ce qui n’est pas le cas actuellement.

L’importance de la conférence de Copenhague, en décembre prochain, ne peut être sous-estimée. Pour faire entendre leur voix, les pays sous-développés doivent affirmer une position claire. Ils doivent notamment définir un plan d’action avec leurs partenaires pour assurer le financement de ces mesures d’adaptation à travers de nouvelles sources de financement, y compris la bourse du carbone, mais aussi s’assurer que les engagements existants en matière d’aide internationale sont bien respectés.

Que ce soit pour l’Afrique en général ou les pays en développement, il ne sera guère aisé de parvenir à un consensus sur la position à tenir au cours des négociations. L’Afrique n’est pas un monolithe, et les besoins de ses différents pays varient énormément. Toutefois, il est impératif que les pays en développement affirment, en collaboration avec la Chine et les partenaires du G77, une position commune solide, défendue par l’ensemble des chefs d’État africains, afin d’amorcer une campagne politique et diplomatique en vue d’obtenir un accord durable, équitable et solidaire à Copenhague, en décembre.

La réunion des ministres des Finances et de l’Environnement africains à Kigali, cette semaine, doit fédérer les pays africains autour d’une position commune avant le sommet de l’Union africaine, en juillet, et des négociations décisives de Copenhague, en décembre. Il y a bien plus en jeu que le sort des glaciers des Monts de la Lune.

PAR Kofi ANNAN et Nicholas STERN

Kofi ANNAN

ancien Secrétaire Général des Nations Unies et dirige l’Africa Progress Panel :

www.africaprogresspanel.org

Lord STERN

Professeur d’Economie et de Sciences politiques à la London School of Economics et l’auteur du rapport Stern sur l’économie du changement climatique.

 

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