Déchets nucléaires, un cauchemar durable

Agoravox. 13 octobre 2009 par Olivier Bailly


 

Le nucléaire produit des déchets. C’est un fait. Comment les gérer ? Telle est la question que posent Eric Guéret et Laure Noualhat dans Déchets, le cauchemar du nucléaire. On sort de cette enquête fouillée et pédagogique (diffusée sur Arte mardi 13 octobre à 20h45) avec l’impression d’avoir tout compris sur le nucléaire. 

Tout ? Pas entièrement : « C’est un documentaire sur les déchets nucléaires, c’est incontestable, explique Eric Guéret dans notre interview, mais au-delà c’est une vaste réflexion et un vaste état des lieux sur les rapports que le nucléaire entretient d’abord avec la transparence et ensuite avec la démocratie ». 

Le fim nous emmène de la centrale de Hanford, dans l’état de Washington, à celle de Maïak, en ex-Union soviétique, en passant par La Hague. A Hanford, on a fabriqué la bombe qui a fait sauter Nagasaki. « Dans les réacteurs du site de Hanford il n’y avait pas de circuit primaire et secondaire, c’est l’eau de la rivière qui passait directement dans le réacteur avant d’être rejetée dans la rivière » explique Eric Guéret. A Mayak, dans les années 50, une cuve a explosé causant 200 morts et saturant l’environnement de radioactivité. En 1976, un seul chercheur, Jaurès Medvedev, a alerté l’opinion occidentale sur cet avant-Tchernobyl. Il n’ a pas été écouté. Car déjà, pour les politiques occidentaux, le nucléaire, cette énergie propre, représentait l’avenir.
 
Quel avenir ? Le film interroge de nombreux intervenants : Anne Lauvergeon, Corinne Lepage, des chercheurs, des associations (Greenpeace, notamment), mais peu de politiques, finalement, qui semblent avoir abandonné le dossier aux technocrates. A la fin Hubert Reeves demande : « Si les Egyptiens avaient stocké du nucléaire, qui aujourd’hui s’en occuperait ? ».
 
« Les peurs font partie des choses que le monde du nucléaire n’a pas assez entendues. Manque de transparence historique et surtout manque de compréhension. Les gens ont le droit de savoir et on doit pouvoir en débattre. Il n’y a pas de tabous, pas de sujets cachés. Parlons-en ! ».
 
Qui a dit ça ? Un militant du réseau Sortir du Nucléaire, de Greenpeace, des Verts ? Non. C’est Anne Lauvergeon, la patronne d’Areva. Elle fait cette déclaration au début de Déchets, le cauchemar du nucléaire, documentaire de Laure Noualhat et d’Eric Guéret diffusé sur Arte mardi 13 octobre 2009 à 20h45. Ce dernier est aujourd’hui l’invité des RDV de l’Agora
 
"Depuis qu’elle existe, l’industrie nucléaire donne le sentiment de nager en eau trouble. Militaires ou civiles, les usines nucléaire ont toutes un point commun : elles produisent obligatoirement des déchets radioactifs qu’elles rejettent en partie dans l’environnement", tel est l’axe de cette passionnante enquête dont Anne Lauvergeon est, au même titre qu’Hubert Reeves, l’un des nombreux intervenants. Mais ce film en cache un autre. Il est non seulement consacré au retraitement ou recyclage des déchets radioactifs, mais s’intéresse aussi à une question plus vaste encore : qui décide pour nous ? Pourquoi le nucléaire est-elle une énergie si peu démocratique ?
 
Certes, cela ne date pas d’aujourd’hui, mais de l’implantation d’usines militaires, à Hanford (Etat de Washington, USA), dès 1943, ou à Maïak (ex-Union Soviétique), dès 1945. Peut-être que les opposants au nucléaire sont-ils dans une posture idéologique. Sans doute ses défenseurs n’ont pas forcément torts. Mais ces derniers admettront que la population a le droit d’être informée. Le manque d’information tue la démocratie et nourrit les fantasmes, rumeurs, théories du complot. 
 
Sur Agoravox le journaliste scientifique Vincent Crousier écrivait justement : "tout, absolument tout porte à croire que l’industrie nucléaire est, du point de vue scientifique, une « grande muette ». Discours auquel les scientifiques opposent évidemment des propos qui se veulent rassurants. Mais ces experts se voient, à leur tour, accusés soit de vouloir éviter les paniques, soit d’être tout bonnement « à la botte du lobby nucléaire".
 
"Le président français qui replacera l’homme au centre du nucléaire et qui considérera vraiment les enjeux pour sa propre population sera le président français le plus important de l’histoire" soulignait Alain de Halleux, auteur du documentaire RAS : nucléaire rien à signaler.
 
Selon un sondage européen cité dans le film d’Eric Guéret et de Laure Noualhat, les ¾ des européens ne croient pas ce que lui raconte l’industrie nucléaire. Et ce sont les déchets radioactifs qui sont au centre de cette crise. « Les déchets sont dans la nature » souligne Greenpeace. Ça pollue la mer, ça arrive dans la chaîne alimentaire et ça risque de finir dans votre assiette ».
 
Le film souligne qu’en moins de 50 ans les pays nucléaires ont immergé plus de 100 000 tonnes de déchets dans les différents océans. Catastrophisme ? Les pro-nucléaires peuvent arguer que les accidents liés au nucléaire sont moindre, du point de vue environnemental, que ceux liés au charbon ou au pétrole. Ils sont surtout, pour l’heure, moins visibles. Attendons un peu. Mais même si la recherche avance (le film n’en fait hélas pas état), nous ignorons comment se comporteront les déchets radioactifs dans un avenir plus ou moins lointain, quel que soit leur mode de stockage. Qui, dans les siècles à venir, s’en occupera ?
 
Cela ne vaut-il pas d’être débattu ? En Italie, en Grande-Bretagne, en Allemagne oui, mais pas en France. Pourquoi ? Parce qu’en France « les politiques ne connaissent pas le dossier. Pour eux, si avec le nucléaire l’énergie coûte moins cher, alors faisons du nucléaire. Du moment que les gens sont contents », précise le journaliste Eric Ouzounian dans les RDV de l’Agora.

Avec Tchernobyl les populations ont pris conscience que nos « élites » nous mentaient sur le nucléaire. Mais Tchernobyl n’est pas la première catastrophe du genre. En 1976, Jaurès Medvedev révèle qu’il y a eu un grave accident dans l’Oural, vingt ans auparavant. Quand il fait ses révélations, les scientifiques occidentaux refusent de le croire « parce qu’à cette époque ils se demandaient si oui ou non ils allaient développer cette énergie »...

Aujourd’hui le site de Maïak est l’un des plus irradiés au monde. L’explosion d’une cuve de refroidissement mal entretenue avait été comparable à celle d’une charge de 75 tonnes de TNT, contaminant 15 000 km2 à la ronde, tuant 200 personnes sur le coup en exposant 270 000. L’accident nucléaire le plus grave du monde avant Tchernobyl a été gardé secret. A Muslimovo, le premier village arrosé par la rivière contaminée, il y a encore des habitants qui ingèrent quotidiennement des doses de plutonium. L’ingénieur de la CRIIRAD filmé sur les lieux ne cache pas ses inquiétudes face au taux de radioactivité. C’est l’un des moments forts du film qui n’en manque pourtant pas.

Tomsk7, en Sibérie, est une " ville nucléaire" de 125 000 habitants fermée aux étrangers. C’est ici que la France envoie par convois de trains ses déchets radioactifs. Les députés de la Douma n’ont pas voix au chapitre. Les déchets sont entreposés sur une espèce de parking, sans véritable protection. Qui décide de la santé des citoyens ?

A l’usine de retraitement de La Hague la population respire en permanence de l’air radioactif. L’usine, en 1999, a rejeté dans l’atmosphère plus de krypton 85 que toutes les explosions atomiques faites pendant des décennies. Pour l’ingénieur, accompagné du responsable de communication, de l’usine, il n’y a pas de contamination, mais une « absence d’impact ».

Areva considère qu’elle est en dessous des normes. Mais, interroge un intervenant, dans le film, est-ce que ces normes basées sur le modèle Hiroshima sont pertinentes ? Là-bas les gens ont été exposés à une irradiation intense mais externe et très courte. La Commission Internationale de Protection Radiologique considère que le modèle de risque sans seuil, celui qui estime que toute dose, même très faible, augmente bien les risques de cancers, est le plus réaliste.

Le cheminement du film, on l’aura compris, nous emmène de La Hague aux Etats-Unis en passant par la Russie. Il nous emmène aussi au coeur du pouvoir. En France, le pouvoir nucléaire est détenu par une « aristocratie républicaine », des ingénieurs brillants issus du corps des mines. »La politique a complètement abandonnée l’ensemble du secteur énergétique à ce groupe de technocrates. Ce n’est pas ça, la démocratie », constate avec raison un intervenant.

Aujourd’hui, cette industrie doit résoudre trois questions : la sécurité, les déchets et la démocratie. Il est indubitable que Déchets, le cauchemar du nucléaire irritera les pros-nucléaires. Mais qu’attendent-ils pour nous démontrer que ce contient ce film est faux ?
 
Pour les Rendez-vous de l’Agora Olivier Bailly reçoit Eric Guéret, réalisateur de Déchets, le cauchemar du nucléaire.

Olivier Bailly : Votre film traite des déchets du nucléaire, mais aussi de la perception que la population en a.
Eric Guéret : C’est un documentaire sur les déchets nucléaires, c’est incontestable, mais, au-delà, c’est une vaste réflexion et un vaste état des lieux sur les rapports que le nucléaire entretient d’abord avec la transparence et ensuite avec la démocratie. Au départ, quand j’écris le film, il y a une partie technique sur les déchets et une autre partie qui interroge ces rapports à la transparence et à la démocratie. Cela devait constituer une partie spécifique. Au montage celle-ci a complètement disparu dans la mesure où finalement cela imprègne l’ensemble du film de la première à la dernière phrase. On commence et on finit dans la transparence et au milieu il y a l’inquiétude des gens qui ont envie de savoir.

OB : A partir de quand cette inquiétude se manifeste-t-elle dans la population ?
EG : On peut classer les inquiétudes des populations par rapport au nucléaire en trois phases. La première, qui vient assez tôt, est illustrée par le mouvement pour la paix qui luttait contre l’arme atomique. Le point d’orgue de ce mouvement c’est la fondation de Greenpeace en 1970. C’est une première phase contre l’arme. Il y a une deuxième phase dont le point culminant est l’accident de Tchernobyl. Là c’était une peur du risque, d’accidents qui étaient plus sur le nucléaire civil. Première phase militaire, deuxième phase plus civile. Et puis, aujourd’hui, nous sommes sur la troisième phase qui s’est déportée sur les déchets. Maintenant l’inquiétude des populations se porte sur leur gestion. Mais en fait ces inquiétudes sont présentes depuis le début.

OB : Pensez-vous comme Anne Lauvergeon que les craintes à propos du nucléaire naissent du manque d’information ?
EG : Je ne pense pas ça. Le film commence par une citation de l’Eurobaromètre. C’est toujours très intéressant de voir les sondages européens et pas les français parce qu’en France nous sommes tellement manipulés que les sondages le sont globalement aussi. Cela dépend comment on pose les questions. Ce sondage dit que les ¾ des gens se sentent désinformés, mais il dit aussi autre chose, qu’on n’a pas mentionné : pour avoir de l’information les gens ont principalement confiance (à 80%) dans les ONG. La confiance envers le gouvernement et l’industrie nucléaire est très faible, de l’ordre de 10 à 20%. Cette inquiétude est ancrée dans les populations.

OB : Les politiques ne maîtrisent absolument pas le dossier

EG : Dans ce film nous avons fait la démonstration qu’il y a de quoi avoir quelques inquiétudes. Il y a un manque d’information réel. On n’a pas croisé une situation où l’on n’a pas découvert de choses cachées. Une industrie qui planque tout en permanence, cela ne rassure pas. Si les choses sont cachées c’est que globalement il doit y avoir des problèmes, sinon on le dirait. Mais c’est presque banal de dire ça, sauf que ce met en perspective le film, c’est que dans les pays, qu’ils soient démocratiques ou totalitaires, la problématique est la même.

OB : Ce qui est frappant, dans les cas de Hanford, aux Etats-Unis, et de Maïak, en Russie, c’est la même absence d’information.
EG : C’est la même problématique. Sauf qu’à Hanford il n’y a pas eu les mêmes problèmes qu’à Maïak, pour des raisons techniques. Mais mais au niveau de la recherche de l’information, on est confronté aux mêmes problèmes. On n’a pas plus pu rentrer sur le site de Hanford ni sur celui de Maïak et on a fait de la même manière des prélèvements autour du site et fait appel aux associations locales pour avoir des infos.

OB : Vous interviewez le scientifique Jaurès Medvedev qui avait alerté l’opinion en 1976 sur une catastrophe nucléaire, équivalent à ce que sera plus tard Tchernobyl, à laquelle que les Occidentaux ne croyaient pas...
EG : Ce que ne dit pas Medvedev dans le film c’est qu’il s’est fait traîné dans la boue. En Angleterre il a été traité de menteur. Les gens ont dit que ce qu’il avançait était impossible. Ils l’ont nié en bloc. Ça l’a tellement énervé d’ailleurs qu’il a écrit un livre. L’histoire est la suivante : on demande à Medvedev d’écrire un article dans the Scientist. Il cite cet accident, mais il en parle comme d’un lieu commun, sans savoir que les gens ignoraient son existence. L’article fait l’effet d’une bombe, on peut le dire, et il découvre qu’en Occident, l’opinion n’est pas au courant. Effectivement il a révélé au monde occidental l’existence de l’accident de Maïak. Mais il a fallu pas mal de temps pour que les gens l’admettent.

OB : Dans quel contexte arrive cette polémique ?
EG : On est en plein choc pétrolier. L’industrie du nucléaire, un peu comme aujourd’hui avec le développement climatique, a une vraie possibilité de se développer. A l’époque la question est le prix du pétrole. On attaquait alors le plan Messmer qui est un développement en masse de l’énergie nucléaire civile avec la construction de centrales partout. Donc révéler cet accident tragique - il n’y avait pas encore eu Tchernobyl, on était encore sur cette idée que le nucléaire était totalement sûr -, c’était juste inadmissible par rapport à l’ambition politique et industrielle. L’accident de Maïak, en 1957, caché par les Russes et la CIA, et le nuage de Tchernobyl qui s’arrête à la frontière française, c’est la même histoire.

OB : Vous avez rencontré de nombreux experts. Quel est celui dont les propos vous ont le plus étonné ?

E G : On a rencontré pas mal d’experts, mais on a eu du mal à avoir des gens de l’industrie... Parmi les experts indépendants il y a les gens de la CRIIRAD qui nous ont accompagné tout le long du film. Il y a deux choses. Cette région de Maïak où l’on découvre finalement qu’il y a réellement du plutonium dans la rivière. C’est une information tragique. Sur le terrain avec Christian, l’ingénieur, on a passé une heure sur place. Au bout d’une heure il a compris. Je le filmais quand il m’a dit : "on se tire, maintenant, on a pris notre dose". Quand on est rentré en France il m’a dit que quand il regardera le film il pensera à la dose qu’on a pris tous les deux.
Maintenant, j’y ai passé une heure, il y a des gens qui y vivent. Il faut être relatif par rapport à ça. Ce qui était quand même choquant, c’est que déjà sur le terrain on mesure une radioactivité. On a ramené un prélèvement de boue qu’on a analysé et dans lequel on trouve du plutonium 239. C’est la matière première d’une bombe atomique. Ça veut dire que si on en retrouve dans la boue, le site en a recraché massivement dans l’environnement. Cela a une durée de vie de 16 millions d’années et le plutonium est une matière fatale pour l’homme. Vous en ingérez et vous avez un cancer, c’est sûr à 100%.

OB : A Hanford aussi l’histoire est incroyable

EG : Oui, rappelons que les réacteurs nucléaires possèdent deux circuits : un primaire et un secondaire. Dans le premier l’eau est en contact avec les barres de combustibles qui chauffent. Et le deuxième refroidit cette eau-là. Mais ces deux eaux ne sont pas en contact. Dans les réacteurs du site de Hanford il n’y avait pas de circuit primaire et secondaire, c’est l’eau de la rivière qui passait directement dans le réacteur avant d’être rejetée dans la rivière. Quand on a apporté cette information-là, les conseillers techniques qu’on avait sur le film ne nous ont pas cru et nous ont demandé de vérifier cette information. L’eau sortait irradiée du réacteur, directement dans la rivière. Ça a tournée plusieurs dizaines d’années comme ça.

OB : A la Hague vous filmez le tuyau qui rejette directement dans la mer les déchets
EG : C’est un scandale environnemental permanent qui a malheureusement toujours existé. Les usines de retraitement, même si on les vend comme des usines de recyclages, produisent énormément de déchets. En traitant les déchets elles en produisent énormément. Et les déchets liquides, les plus embêtants, on les envoie dans le courant et on les retrouve partout.

OB : Vous interviewez un expert de la Hague en présence de son responsable de la communication. On a l’impression que ces gens sont tiraillés, qu’ils ne savent pas où ils en sont

EG : Je ne voulais pas les charger. Une fois qu’on a vu ça on a juste eu envie d’écrire « on est désolé pour vous. On vous demande un truc impossible ». On ne peut pas défendre le fait de rejeter tout ce qu’on rejette dans l’environnement sans avoir le droit de le dire. Ils sont complètement coincés par leur stratégie de communication. On est dans le déni total d’information. Ils arrivent à le défendre lorsqu’ils mettent des supers experts en communication comme on risque d’en avoir bientôt pour dire qu’on raconte n’importe quoi, mais quand on prend les gens qui travaillent sur le site c’est ce qu’ils disent et ils ne peuvent pas se défendre.

OB : Pour revenir à la déclaration liminaire d’Anne Lauvergon, dans votre film, pensez-vous que cela augure d’une changement de mentalité ?
EG : Non. Je pense qu’ils sont obligés aujourd’hui de prendre en compte le fait qu’il y a une inquiétude. Maintenant je pense qu’ils dépensent plus de moyens sur la communication, pour rassurer, que sur les moyens techniques pour changer ce qui pose problème. De toute manière ils ne peuvent pas tellement changer ce qui pose problème donc s’il y a une inquiétude c’est de la com’ et c’est ce que fait Anne Lauvergeon dans le film. Les vrais problèmes on n’en parle pas plus.

OB : A quoi sert l’Autorité de Sûreté Nucléaire ?
EG : C’est le gendarme du nucléaire. Cela sert à quelque chose. C’est eux qui fixent les normes, les règles, c’est eux qui contrôlent toutes les installations. Après, le problème, c’est qu’ils ont une pensée qui est à fond pour l’industrie nucléaire. Ce qu’on peut se demander c’est dans quelle mesure ils sont indépendants et critiques.

OB : Vous évoquez le corps des mines, cette "aristocratie républicaine" qui dirige le nucléaire. C’est spécifique à la France, ce fonctionnement ?

EG : Oui. Dans le cas du nucléaire, c’est flagrant, c’est un pouvoir dans le pouvoir. C’est transversal. Ce qui est incroyable c’est qu’ils sont partout, dans le domaine énergétique. Avec un petit problème : ce sont des ingénieurs donc ils ont une vision technique et scientifique, mais n’ont aucune représentativité ni légitimité démocratique. Ce ne sont pas des politiques. Ils accaparent le pouvoir, entre autres sur l’énergie, et c’est un vrai souci. Dans le film nous posons la question. On peut changer les gouvernements, les ministres, à partir du moment où celui qui décide la stratégie ne change pas, vous ne changez rien. Ce qui explique que de droite ou de gauche, depuis le départ, la politique nucléaire est la même. Ce ne sont pas les politiques ni vous ni moi qui décidons. Quel pouvoir on veut avoir ?

OB : Alors qu’ailleurs en Europe on commence à prendre en compte l’avis de la population, en France cela ne change pas ?

EG : Pas pour l’instant. Le rapport à la transparence et à la démocratie est un peu en cascade. Si vous dites la vérité les gens veulent donner leur avis et si vous leur demandez leur avis une fois qu’ils sont informés ils refusent. Donc c’est une industrie qui fonctionne si vous ne dites pas tout et si vous ne posez pas de questions. C’est problématique.

OB : Comment l’industrie du nucléaire peut-elle regagner la confiance de la populations ?
EG : Dans cette impasse des déchets il n’y aura pas de confiance tant qu’il n’y aura pas de solution apportée. Ce n’est d’ailleurs pas forcément une réponse technique, mais peut-être qu’informer les gens et leur demander ce qu’ils en pensent est une forme de solution. Personnellement je pense, qu’on le fasse ou non, que l’on développe ou non le nucléaire, que si on doit le faire il faut que ça soit un choix collectif. C’est une industrie qui a tellement d’impact, pour tellement de temps, c’est tellement lourd de conséquence que si on décide qu’il faut du nucléaire pour mille raisons décidons-le ensemble et assumons-le ensemble. Mais arrêtons de nous le faire imposer contre notre volonté et surtout de manière totalement occulte.
 
Crédit photo : Télérama
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