Des sans-papiers arrêtés alors qu'ils tentaient de rentrer au pays. Source : Rue89

Venant d'Italie, ils ont été arrêtés à la frontière franco-espagnole, alors qu'ils retournaient au Maroc. Victimes de la politique du chiffre.

 

La Police aux frontières à Roissy en 1993 (Pascal Aimar/Tendance floue)

On croit parfois que parler de « politique du chiffre », c'est, au choix, théorique, désincarné, militant. Mais, ce mercredi 29 avril, une salariée de la Cimade à Perpignan a fait remonter une histoire qui est tout sauf abstraite. Samedi dernier, le 25, quatre bus en provenance d'Italie ont été interceptés par la police française à hauteur de l'ancien poste frontière du Perthus, à quelques mètres de l'Espagne.

A bord, essentiellement des Marocains qui cheminaient vers leur pays d'origine. Tous avaient commencé le voyage en Italie, où ils vivaient. Aucun n'était monté dans le bus sur le territoire français, où ils se contentaient de transiter.

Le bus s'apprête à quitter la France mais, ce jour-là, la PAF décide d'intensifier les contrôles d'identité sur l'autoroute. Sur quatre bus, treize Marocains sont débarqués. Ils sont pourtant nantis d'un billet retour à destination du Maroc et ne risquent plus de mettre le pied sur le territoire français puisque la frontière est à quelques mètres.

La Cimade, qui agit auprès des migrants, ne se lasse pas de souligner l'absurdité de la chose. Ainsi, cette salariée locale qui hallucine :

« Si encore on les avait contrôlés à l'entrée sur le territoire français, en sortant d'Italie, en estimant qu'ils étaient susceptibles de descendre du bus à Marseille ou à Perpignan… Mais là, l'Espagne était à deux mètres, ils n'avaient aucune possibilité de rester en France ! »

La France, plus une destination, une zone de transit

Sur le papier, ils n'ont pas de titre de séjour valable pour l'espace Shenghen mais, dans les faits, la France n'est plus concernée par leur présence puisque c'est en Italie qu'ils avaient séjourné avant de rentrer au pays. Pourtant, après leur interpellation, les forces de l'ordre les expédient en centre de rétention, après une longue garde à vue.

Les treize personnes arrêtées samedi dernier sont toujours en rétention cinq jours plus tard. Un seul, dont le père est gravement malade, a été autorisé à rentrer plus rapidement au Maroc. Pour les autres, « il faudra attendre pas mal de jours car il y a énormément de Marocains dans les CRA en ce moment », estime la Cimade de Perpignan.

Ubuesque ? Sans doute, mais pas inédit : au mois de mars, la même salariée de la Cimade avait déjà dénombré 32 cas similaires, rien que pour des ressortissants marocains. Déjà, à l'époque, il s'agissait d'envoyer en rétention des étrangers qui transitaient par la France. La plupart rentraient définitivement chez eux.

Pour l'association, il s'agit d'une énième illustration par l'absurde de « la politique du chiffre » :

« Phénomènes récurrents, ces arrestations à la frontière franco-espagnole sont utilisées par les préfectures pour atteindre les quotas qui leur sont fixés par le ministère de l'Immigration : une fois le centre de Perpignan parvenu au maximum de sa capacité, un nouveau transfert dans d'autres CRA de la région, à Nîmes par exemple, est imposé aux personnes. Obéissant uniquement à une logique comptable, ce transfert augmente encore le stress et l'humiliation des personnes. »

Pour info, les treize Marocains arrêtés le week-end dernier ont tous été reçus par un magistrat, comme le veut la procédure. Lequel a avalisé leur envoi en centre de rétention, y compris lorsque ses interlocuteurs lui affirmaient, titre de transport à l'appui, être sur le chemin du retour. A certains, il a proposé de passer l'éponge et de les relâcher pourvu qu'ils repayent un billet aller simple.

Après moult sollicitations et plusieurs allers et retours entre la Préfecture des Pyrénées-Orientales et la PAF locale qui se renvoyaient la balle, Gilles Priéto, secrétaire général de la Préfecture, a finalement confirmé les informations dont Rue89 disposait. Mais tempère tout de même la mobilisation de la Cimade :

« Rien ne dit que certains des Marocains interpellés ne se seraient pas arrêtés en Espagne. On peut même être convaincu du contraire. »

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