Devenir terroriste pour défendre ses richesses

Source : EcoloInfo. De Anne-sophie • 15 juin 2009 •

Pour ce 54ième ACT’Sense, je vous présente aujourd’hui une campagne réalisée pour l’organisme “Global Coalition for Peace” qui milite, aux Etats-Unis, contre la guerre en Iraq. Le concept d’affichage est conçu pour être vu sur une forme circulaire et affiché autour des pilonnes. Il est décliné autour des grenades, fusils, missiles ou tanks…

La baseline? “What goes around - Comes around” (en gros, “les choses peuvent se retourner contre vous”, autre manière de parler d’effet boomerang)

Agence: Big Ant International, New York

En réalité, cette campagne me fait rebondir sur une série d’articles parus récemment dans Courrier International et en lien direct avec mon sujet de thèse (je m’intéresse uniquement au terrorisme transnational perpétré contre les Etats-Unis).

Un constat: du terrorisme pour raison écologistes

Au cours de mes recherches, j’ai constaté que de nombreux attentats étaient perpétrés afin de contester le pillage de certaines ressources naturelles. Je n’ai pas encore eu l’occasion d’aller plus loin que ce constat car mes recherches ne traitent pas directement des causes du terrorisme transnational, mais les faits sont là.

Prenons le cas de la Colombie, pays dans lequel le nombre d’attentats perpétrés contre les Etats-Unis et les étrangers est le plus important (mon étude se situe entre la fin des années 1960 et 2006). Les cibles préférées des groupes terroristes sont les pipelines, co-gérés avec les compagnies pétrolières étrangères. Les terroristes de l’ELN (Armée de Libération Nationale) justifient leur action en affirmant que le gouvernement Colombien donne ses précieuses ressources naturelles aux puissances étrangères. Certes, le trafic de drogue est aussi au cœur des attentats menés par les guérillas locales. Mais les attentats menés afin de contester le pillage de ressources locales ne peut pas être négligé.

Au Nigeria, les attentats perpétrés au début des années 2000 sont le fait de “jeunes en colère” qui prennent en otages des travailleurs de la plateforme pétrolière de Shell et réclament du travail et des possibilités de développement pour leur communauté.

Dans d’autres pays d’Amérique Latine certains terroristes justifient également leurs actions par le pillage des richesses. Si mes souvenirs sont bons, quelques cas peuvent également être signalés en Europe de l’Est (mais cette information doit être vérifiée).

Notons que l’éco-terrorisme est également la première cause de terrorisme domestique aux Etats-Unis. Mais les raisons de ces activistes sont bien différentes de celles des activistes précédents.

Agence: Big Ant International, New York

“C’est vous les terroristes”

Et là, les articles de Courrier International offrent de quoi alimenter ces observations. Le premier article est une brève dans laquelle on apprend que la société anglo-néerlandaise Shell, “accusée de  complicité dans la pendaison, en 1995, du militant pacifiste et écologiste Kenule Beeson Saro-Wiwa, fondateur du Mouvement pour la survie du peuple Ogoni (MOSOP), au Nigeria (…) a accepté devant la justice américaine de verser la somme de 15,5 millions de dollars (112 millions d’euros) à la famille Saro-Wiwa et au peuple Ogoni, qui avaient déposé plainte dès 1996. La compagnie, qui a toujours rejeté ces accusations, évitera ainsi un procès. Avec cet arrangement, on évite là un grand scandale. Qui mériterait d’être dénoncé plus ouvertement, car les émeutes récentes au Nigeria autour des mines d’uranium relèvent à mon sens de la même logique…

Le second article est issu de The Guardian et s’intitule “Somalie, l’homme qui murmurait à l’oreille des pirates. Il brosse le portrait d’Andrew Mwangura, un ancien marin qui “a passé vingt ans à aider des collègues sous-payés, exploités, qui connaissent des difficultés en mer. Et, bien souvent, les ­difficultés en question sont liées à la Somalie“. Cet homme (dont l’histoire va faire l’objet d’un film d’Andras Hamori sur la piraterie en Somalie et dont le premier rôle sera joué par Samuel L. Jackson) dirige aujourd’hui le Programme d’aide aux marins en Afrique de l’Est, une association qui aide à résoudre les affaires d’enlèvement au large des côtes somaliennes. En voilà un petit extrait qui, une fois encore, pose la question des raisons écologiques d’engagement dans le terrorisme…

“Dès le début des années 1990, alors que le pays sombrait dans le chaos, Mwangura a commencé à ­obtenir des informations sur des navires étrangers arraisonnés au large du ­littoral somalien. Au début, il a condamné publiquement ces attaques. Puis, un jour, un preneur d’otages somalien l’a appelé après avoir trouvé son numéro d’urgence à bord d’un bateau qu’il venait de capturer. “Il m’a dit : Ce n’est pas nous, les pirates. C’est vous, les marins et les propriétaires des navires étrangers qui opérez illégalement dans nos eaux, qui êtes les pirates’.”

L’homme a envoyé à Mwangura des photographies et des listes de bateaux qui pillaient les réserves de poissons de Somalie, parfois à 5 milles nautiques de la côte, et qui endommageaient les bateaux et les équipements de pêche locaux. “J’ai compris que ces Somaliens se défendaient, qu’ils n’étaient pas des pirates, explique Mwangura. Ils avaient tort d’agir comme ils le faisaient, mais pêcher et dégazer illégalement, c’est mal aussi.” Plus la Somalie s’est enfoncée dans l’anarchie, plus la nature défensive des attaques s’est muée en délinquance pure et simple, mettant en danger la vie de milliers d’hommes d’équipage. “Les gens sont devenus trop gourmands, poursuit Mwangura. Les mafiosos somaliens ont compris que la prise d’otages était un bon moyen de gagner de l’argent. Ils se sont modernisés, se sont mis à utiliser des radios et des téléphones par satellite.” Et, soudain, les portables de Mwangura ont commencé à sonner jour et nuit, et il s’est retrouvé en liaison avec des gens qui recherchaient des informations ou qui en transmettaient.…”

Agence: Big Ant International, New York

Enfin, citons aussi cet article de Javier Diez Canseco du journal La Republica au sujet de la propriété des terres d’Amazonie. Le journaliste explique que “la convention n° 169 de l’OIT et la déclaration de l’ONU sur les droits des peuples autochtones ont rendu obligatoire la consultation des peuples sur les ressources de leurs terres“. Or le président Alan García ne respecte actuellement pas cet engagement et de nombreuses grèves prennent place actuellement dans le pays, avec l’Association interethnique de la jungle amazonienne (AIDESEP) notamment, qui “a pour but de défendre les terres communales, le droit des communautés indiennes à se prononcer sur les politiques qui les concernent, la protection de l’environnement ou l’utilisation écologique des ressources naturelles comme outil de développement, et non comme moyen de remplir les coffres de multinationales qui n’ont que faire de l’impact de leurs activités sur la forêt ou le pays”.

Comme l’explique l’article, le président péruvien “a décidé de moderniser l’Amazonie en faisant un bien mauvais usage des pouvoirs que lui a accordés le Congrès dans le Traité de libre-échange (TLC) signé avec les Etats-Unis en janvier 2009. Le gouvernement a, dans la foulée, promulgué une série de décrets qui suppriment la protection constitutionnelle et légale des terres communales; il a également aboli les redevances en faveur des paysans et des Indiens pour l’exploitation des ressources qu’elles contiennent. Alberto Fujimori [président de 1990 à 2000] avait lancé ce processus sur la côte et dans les zones montagneuses. Alan García veut désormais l’étendre.”

Et le journaliste de poser cette question: Imaginez que, sur simple décision de l’Etat, une compagnie minière ou pétrolière vienne exploiter une ressource dans le parc près de chez vous, sous les fenêtres de votre maison ou de votre lieu de travail, et qu’elle puisse capter et polluer l’eau du quartier sans rien demander aux habitants. Vous ne seriez pas indigné ? Vous ne vous révolteriez pas ?

Agence: Big Ant International, New York

Il s’agit d’une question que je me suis souvent posée au cours de mes recherches… et que je me pose encore. Loin de moi l’idée de promouvoir la violence, mais je pense que ceux qui l’emploient le font en dernier recours… Pour moi, au-delà de la problématique sous-jacente des inégalités et de la pauvreté, la question est intrinsèquement liée à la définition même du terrorisme (un mot trop facilement utilisé aujourd’hui, nous l’avons vu récemment avec l’exemple de Julien Coupat): bien souvent, c’est l’histoire qui choisit… les terroristes ne se reconnaissent jamais comme tels, et se voient en général comme des combattants de la liberté… c’est lorsqu’ils arrivent à leurs fins qu’on leur accorde le titre dont ils se revendiquent ou qu’on les qualifie, a posteriori, de résistants… Indirectement, cela m’évoque Kant et sa réflexion sur “le juste”, le légal et le légitime

Et vous, que feriez vous si on venait vous piller ainsi?

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