Ecole : y'a comme un malaise

Alternatives économiques. 21 janvier 2010 par Louis Maurin

La mobilisation des jeudi 14 et 21 janvier 2010 révèle le malaise des enseignants... Elle pose la question du rôle donné à l'école dans notre pays, et des moyens que les pouvoirs publics sont prêts à lui accorder.

La plupart des syndicats enseignants appelaient à la grève le 21 janvier dernier dans l'éducation nationale pour refuser les suppressions de poste. Au total, 100 000 emplois de fonctionnaires de l'Etat auraient été supprimés depuis 2007 (en incluant l'année 2010), dont environ 40 000 dans l'éducation nationale, soit 4 % du total des effectifs. Rien que pour cette année, l'éducation nationale devrait perdre 16 000 postes. La politique de non-remplacement d'un départ en retraite sur deux va devenir de plus en plus délicate à mettre en œuvre. Elle va de plus en plus toucher à des organes vitaux pour le système éducatif. « La réduction de l'offre de l'enseignement, la diminution des moyens pour lutter contre l'échec scolaire, la dégradation des conditions de travail et d'enseignement vont à l'encontre des objectifs affichés par le gouvernement en matière de réussite de tous les jeunes », estime le Snuipp (syndicat national unitaire des instituteurs et professeurs des écoles). L'UNL, représentant les lycéens, dénonce de son côté « des classes de plus en plus chargées, des options supprimées, des remplacements non assurés et une dégradation croissante des conditions de vie et de travail des élèves ».

De nombreuses données mettent en effet en évidence la réalité de la stagnation du système éducatif français depuis quinze ans (1). De 1995-1996 à 2007-2008, la durée de scolarisation a légèrement diminué, passant de 19 à 18,6 ans. Même stagnation pour le bac : les deux tiers d'une génération l'obtiennent (dont un peu moins de la moitié le bac général), mais on reste loin de l'objectif des 80 % d'une classe d'âge affiché depuis les années 1980, et ce pourcentage stagne depuis 1994. La baisse des taux de scolarisation a été très nette durant la période 1995-2000, puis s'est stabilisée.

Pour partie, ce phénomène résulte de la forte reprise de l'emploi de 1997 à 2000, qui a incité des jeunes à entrer plus vite sur le marché du travail. Mais il traduit aussi un investissement de plus en plus réduit dans l'école : rapportée à la richesse produite chaque année, la dépense d'éducation a diminué d'un point, de 7,6 % à 6,6 % en une dizaine d'années.

Les situations diffèrent selon les cycles d'enseignement. La France se situe un peu au-dessus de la moyenne des pays comparables pour les dépenses par élève dans l'enseignement secondaire. Mais elle est nettement en retard pour l'enseignement supérieur. On y dépense 11 600 euros par étudiant, contre 17 000 en Suède, par exemple. Mais ce que l'on dit beaucoup moins souvent, c'est que l'écart est encore plus défavorable au cycle primaire (maternelle et élémentaire). Un élève y coûte 5 500 euros, contre 7 700 en Suède : 40 % de plus ! Or, c'est dans les petites classes que s'acquiert le socle des connaissances et que naissent les inégalités sociales. La France devrait repenser son enseignement pour les plus jeunes et y investir davantage.

Sauf à se lancer dans une course perdue d'avance pour concurrencer les pays en développement, c'est bien sur la matière grise qu'il faut miser. Cette problématique est au cœur de tous les discours officiels, et en particulier de celui de Nicolas Sarkozy et du gouvernement autour du « grand emprunt ». Mais les politiques réellement mises en œuvre sont en complète contradiction avec ces belles paroles...

 

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