EDF sous-évalue-t-elle le coût des déchets nucléaires et du démantèlement des centrales ?

Source : L'Observatoire des multinationales, par Rachel Knaebel, mis en ligne le 18 février 2017

Excellent article de l'Observatoire des multinationales, signé Rachel Knaebel, publié hier sur le site. Nous en publions quelques extraits ci-dessous, en guise de synthèse, mais vous engageons à lire la version intégrale sur le site de l'Observatoire.

Nucleaire demantelement 1Qui va payer, et combien, pour la gestion des déchets nucléaires ? Étrangement, la question se pose avec davantage d’acuité dans les pays qui ont décidé d’abandonner progressivement le nucléaire que dans ceux, comme la France, qui continuent pour l’instant à produire des déchets radioactifs pour plusieurs dizaines d’années.

Mi-décembre, le Parlement allemand a approuvé la création d’un fonds d’État pour financer le traitement de ces déchets nucléaires. Celui-ci sera géré par les autorités, mais abondé par les groupes énergétiques gestionnaires des centrales nucléaires du pays. Les dernières arrêteront leurs réacteurs en 2022. La loi votée avec le soutien des conservateurs, des sociaux-démocrates et des écologistes, obligent ces groupes – au nombre de quatre, trois Allemands et un Suédois – à verser 23,5 milliards d’euros à partir de juillet 2017. Les députés du Bundestag seront par ailleurs partie prenante de l’administration de ce fonds.

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EDF accusée de ne pas mettre assez d’argent de côté

Nucleaire edf failliteUne étude des comptes d’EDF réalisée par le cabinet d’analyses financières AlphaValue à la demande de Greenpeace, conclut en novembre que le groupe énergétique français « sous-provisionne drastiquement » les coûts de démantèlement des centrales et de traitement des déchets nucléaires (1). En clair, EDF ne mettrait pas assez d’argent de côté pour gérer la fin des centrales et la gestion des déchets. Le cabinet a comparé les pratiques d’EDF à celles de ses voisins allemands et du français Engie. « Il en ressort qu’Engie, RWE ou Eon ont correctement provisionné leurs dépenses de déconstruction par rapport au coût moyen. En revanche, d’après ces calculs, les provisions passées pour sécuriser la charge de financement de la déconstruction des réacteurs français est loin d’être suffisante », écrit le cabinet d’audit. Selon lui, il faudrait ajouter dès cette année entre 33 et 52 milliards d’euros pour couvrir correctement le coût de la gestion des déchets. L’écart est donc énorme. Et les provisions réalisées par EDF potentiellement inférieures aux besoins.

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Nucleaire stockageSuite à cette étude, Greenpeace a déposé plainte contre EDF et son PDG auprès du parquet financier, pour délits boursiers. L’ONG les accuse de présenter un bilan inexact et de diffuser des informations trompeuses sur les comptes. « Le 16 décembre, nous avons appris que le parquet national financier avait ouvert une enquête préliminaire », précise aujourd’hui Greenpeace. Le 1er février, un rapport (2)parlementaire sur la « faisabilité technique et financière du démantèlement des installations nucléaires de base » pointait, lui aussi, qu’il était vraisemblable qu’EDF ne prévoit pas assez d’argent pour assurer le démantèlement des centrales. « Les hypothèses optimistes sur lesquelles EDF a bâti ses prévisions, de même qu’un certain nombre de dépenses lourdes négligées, conduisent à s’interroger sur la validité des prévisions, d’autant que dans le même temps, certaines charges semblent sous-évaluées », soulignent les deux auteurs du rapport, les députés Barbara Romagnan (PS) et Julien Aubert (LR).

Nucleaire edf faillite 2Autre problème : EDF place les sommes provisionnés à cet effet dans des actifs, sur les marchés. L’entreprise les investit, à travers une société dédiée, EDF Invest, dans des infrastructures, de l’immobilier et même des fonds d’investissement… Ce qui pose la question de la sécurité de ces placements à l’aune des risques d’instabilité financière. En outre, les choix d’EDF pour faire fructifier ces sommes sont parfois surprenants. L’entreprise qui, rappelons-le, appartient à 85 % à l’État français, vient ainsi il y a quelques mois, d’acheter avec ces provisions destinées aux démantèlement et au traitement des déchets, une part dans l’aéroport de Nice, que l’État avait décidé de privatiser.

Notes

(1) Voir l’étude ici : http://www.alphavalue.fr/secure/portal/files/AV_EDF_Greenpeace.pdf

(2) http://www.assemblee-nationale.fr/14/rap-info/i4428.asp

 

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